Comment l’Etat du Sénégal peut soutenir le football local ? (Par Salif Sakhanokho)



Après les sacres à la CAN, CHAN, UFOA, Beach Soccer en 2022, l’Etat du Sénégal a compris la nécessité de venir en aide au football local. En effet, lors de la cérémonie de réception au Palais de l’équipe nationale locale, vainqueur de l'édition 2022 du Championnat d'Afrique de football (CHAN) et celle de Beach Soccer, le président Macky Sall a demandé au ministre des Sports et aux acteurs du secteur de lui proposer un programme national de soutien avec l'implication des entreprises publiques et privées.

En tenant compte des débats qui spéculent autour de l’équipe nationale, on peut en déduire que les Sénégalais aiment le football. Cette discipline regorge de beaucoup de privilèges par rapport aux autres disciplines sportives. Pour pallier les manquements et permettre aux différents acteurs concernés de vivre pleinement le professionnalisme et sortir le football professionnel sénégalais de la situation dans laquelle il se trouve, nous proposons des solutions suivantes:
Evaluation et réorganisation

Plus d’une décennie dans le professionnalisme, il est tant que les acteurs fassent une évaluation ou le bilan des années d’expérience noir sur blanc afin de réorganiser le football professionnel. Ils doivent se pencher sur la bonne gestion financière des clubs qui sont à la recherche permanente des sources de financement avec de nouveaux textes. Car une bonne gestion des clubs nécessite la recherche d’hommes qualifiés qui s’investissent pour le salut de ce football. Il nous faut donc des dirigeants compétents et honnêtes.

Les différents acteurs impliqués au niveau des structures devront être sélectionnés en fonction de leur capacité à faire progresser le club. Ce qui favorisera une recherche permanente des qualités de gestion, d’organisation et de préparation des compétitions sur tous les plans.

Dans un monde gouverné par la compétition et dominé par la vitesse, la performance, la rentabilité, la diligence dans le traitement des dossiers doivent être les maîtres mots. Il nous faut minimiser la part du hasard dans et en dehors du terrain. Le football, ne l’oublions pas, c’est le mouvement et l’inventivité. Nous gagnons à être très regardants sur les profils des personnes aspirant à diriger les clubs, ligues et fédérations.

Le dirigeant de club s’apprécie par sa capacité à manager une équipe, à mobiliser les ressources. C’est sous ce rapport qu’il pourra apporter un plus à sa structure, servir son pays. C’est en empruntant cette démarche que des industriels passionnés de sport qui n’en   manquent  pas   au Sénégal, d’anciens joueurs (les anciens internationaux doivent être mis à contribution), des techniciens, ont édifié des clubs solides, dirigé des fédérations et des ligues fortes, des organisations crédibles.
 Impliquer la génération 2002 dans le football local

Il est compliqué que quelqu’un qui n’a jamais joué au football soit entraineur. Le ministère des Sports doit prendre cette décision en délivrant le premier degré aux anciens internationaux qui ont un certain nombre de sélections.
Infrastructures et Financement

L’Etat doit aider les clubs en leur octroyant des subventions, du matériel pédagogique et en créant davantage d’infrastructures modernes pour le football. Cela existe dans beaucoup de pays africains et pourquoi pas au Sénégal.

Avec son programme de construction et de rénovation des stades, il doit tenir compte de la nouvelle génération avec des espaces culturelles des boutiques et restaurants, réhabiliter  les anciens stades, en leur apportant les retouches et travaux nécessaires, telles la pose d’une nouvelle pelouse qu’elle soit naturelle ou synthétique, l’élargissement et la consolidation des gradins, la rénovation des tribunes officielle et de la presse ainsi que des vestiaires. Ce sont les exigences de la professionnalisation du football. Les conseils régionaux et les communes devraient aider les clubs à la mise en place de telles infrastructures en attendant que les clubs puissent construire leur complexe.

Pour le financement, l’Etat doit encourager les entreprises à s’investir dans le football professionnel en allégeant les taxes de ces dernières mais surtout en créant les conditions favorables à l’implication des entreprises dans ce football. Par exemple toute entreprise qui sponsorise un club peut bénéficier d’une baisse de ses taxes au niveau de l’Etat.

Il y a également la tarification de certaines taxes pour verser ça au niveau du sport. Par exemple taxer l’alcool ou la cigarette, deux produits nuisibles à la santé de 1 à 5 FCFA. Ces deux produits sont les plus consommés au Sénégal. Ce sont des milliards et l’Etat n’a pas même pas besoin de décaisser de l’argent et il n’en souffrirait pas.
Médiatisation et Sponsoring

La médiatisation du football professionnel doit être effective pour permettre aux jeunes sénégalais et à la population de regarder les matchs en direct.
Encourager les investisseurs privés
Il est nécessaire d’encourager les investissements privés dans les clubs et de faciliter le recours aux partenariats public-privé. Cela signifie que demain le secteur privé pourrait financer la construction du stade et les Collectivités locales mettraient à disposition le foncier et financeraient les infrastructures d’accès nécessaires.
-Appui plus importante de l’Etat dans le domaine des infrastructures, des subventions.
-Assurer une indépendance financière des clubs.
-Faire appel aux sponsors.
-Développer les centres de formation pour les footballeurs.
-Etre en adéquation avec les autres championnats africains.
-Recruter de bons joueurs dans les autres pays pour rehausser le niveau du championnat.
 
Implication des médias notamment la télévision

La réforme du football ne peut être réussie sans une grande implication des médias, notamment la télévision qui reste un levier très important pour la promotion du sport et la mobilisation des ressources (mariage d’intérêt entre les clubs, la ligue professionnelle, la fédération). C’est avec la télévision qui connait un déploiement intéressant au Sénégal que les ressources importantes peuvent être drainées, notamment par le sponsoring. La Fédération sénégalaise de football, la Ligue nationale tout comme les clubs non-amateurs doivent se pencher sur la question en créant ou en renforçant leurs structures de communication tout en s’attachant les services d’agences marketing.
 
Dans le même le mouvement, l’Etat devrait amener la télévision nationale qui remplit un service public d’information à s’employer, à diffuser certains rencontres organisées par FSF (gratuitement) en vue de donner plus de visibilité au football local, écrasé par les championnats extérieurs. Une  autre intervention devrait être orientée en direction de Canal Horizons et des autres chaines cryptées présentes dans les bouquets. Toutes ses télévisions ou leurs opérateurs locaux devraient pouvoir dégager, du volume des recettes tirées des abonnements, des fonds pour la promotion du football au Sénégal. Les droits de diffusion des matches du championnat, de la coupe, des compétitions africaines, très regardées à l’extérieur sont également négociables avec les chaines de télévision locales et étrangères et les ressources générées redistribuées aux clubs, sur la base d’une clef de répartition bien étudiée.

 Cette forme de médiatisation peut être un appât pour attirer les sponsors qui cherchent la visibilité. Au niveau des médias, il doit y avoir des émissions parlant exclusivement du football professionnel sénégalais et aussi des internationaux. Il faut que les journalistes sportifs à travers des émissions vendent le championnat et les joueurs locaux. En Europe particulièrement en France les médias jouent un rôle très important dans ce sens.

Capital des clubs

La possibilité  pour  chaque club de  trouver un   partenaire   stratégique (société intervenant dans le sport: Lonase, Sonacos, Sonatel, Sentoo, banques et autres)  est  à  étudier.  Pourquoi,   en   tirant   les   leçons   de  l’expérience de clubs d’entreprises, difficile à pérenniser dans leur forme actuelle ne pas tendre vers des partenariats stratégiques   pour avoir des   associations   du   genre  Us   Gorée-Port,  Diaraf-Sonatel, Jeanne d’Arc-Lonase,  Ouakam-Dakar Dem Dikk, Linguère –Socas…Dans la constitution du capital  des clubs engagés, il est   souhaitable de   voir l ’actionnariat  ouvert  aux supporters, individuellement ou organisé en associations.

Renforcer la capacité des dirigeants à travers des séminaires

La Ligue sénégalaise de football professionnel en collaboration avec et la Fédération doivent organiser régulièrement des séminaires durant les vacances pour renforcer la capacité des dirigeants en termes ne marketing et de sponsoring. Egalement pour les entraineurs et  arbitres.

Cas des Supporters

Au sein des clubs, les dirigeants doivent revitaliser les comités des supporters, les remotiver car le public, les sponsors et les médias vont de pair. Ils doivent trouver des astuces pour inciter les supporters à aller au stade. Par exemple faire des jeux sur le vainqueur d’une rencontre ou sur les buteurs et gagnant sera récompensé au Stade. En plus ils doivent animer les stades lors des mi-temps en invitant un artiste ou en faisant des sketches de sensibilisation. Ils doivent travailler davantage dans ce sens pour avoir des rencontres beaucoup plus spectaculaires.

Salif SAKHANOKHO

Lundi 13 Février 2023 12:15


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