Le nombre de morts enregistrés lors des violentes manifestations qui ont secoué le pays entre les 1er et 2 juin fait débat. Au Sénégal, c'est la guerre des chiffres entre le pouvoir, l'opposition. Amnesty International s'en mêle aussi.
En effet, le gouvernement sénégalais a annoncé 16 morts. « Au cours des derniers jours, nous avons enregistré 16 décès. Les personnes appréhendées au cours de ces événements sont principalement des individus dangereux et armés. À ce jour, 500 individus ont été interpellés, parmi les personnes interpellées, nous avons enregistré également des mineurs et des personnes de nationalité étrangère. La majorité de ces personnes arrêtées étaient en possession de cocktail Molotov, armes blanches, armes à feu de gros calibres », selon Ibrahima Diop, Commissaire Divisionnaire et Directeur de la sécurité publique au cours d'une conférence de presse tenue, dimanche 4 juin 2023.
Du côtés de Pastef Les Patriotes, parti de l'opposition. Ce sont 26 personnes tuées et quatre autres non identifiés. Ce qui fait un nombre de 30. « La presse internationale après avoir démenti les propos de justification du gouvernement, nous vous montrons des preuves à l’appui que les violences viennent du camp du pouvoir. Nous avons recensé 26 décès et il y en a quatre autres qui ne sont pas encore identifiés », a fait savoir le Secrétaire national à la communication de Pastef lors d’une conférence de presse.
Amnesty International parle au moins 23 morts, dont plusieurs par balles enregistrés à Dakar et Ziguinchor, lors des manifestations violentes du 1er et 2 juin. L'organisation demande une enquête indépendante sur la répression meurtrière lors des manifestations
Bassirou Sarr, 31 ans, tailleur et résidant de Pikine Guinaw-Rails (banlieue de Dakar) est décédé à la suite d’un tir à la tête, ce 2 juin. Selon son frère Issa.
« Bassirou avait son atelier de couture près du camp Thiaroye, et ce vendredi 2 juin, il y avait des manifestations spontanées dans la zone. Comme plusieurs autres, il était sorti voir cet attroupement de gendarmes et de manifestants près de leur atelier de travail, lorsqu’il a été atteint d’une balle dans la tête. Il est mort sur le coup et les militaires du camp de Thiaroye ont transporté son corps dans le camp. Ils ont demandé aux gendarmes et aux manifestants qui étaient juste devant leur camp de déguerpir. Nous avons perdu notre frère et nous voulons que justice soit rendue. Depuis vendredi, nous n’avons même pas pu récupérer son corps et l’inhumer convenablement ».
Amnesty International a pu consulter le certificat de genre de mort de Bassirou Sarr, établi par l’hôpital général Idrissa Pouye de Grand-Yoff qui établit que le décès résulte d’un « traumatisme crânien par arme à feu ».
Comme Bassirou Sarr, le rappeur-producteur Abdoulaye Camara dit « Baba Kana », 38 ans, a aussi perdu la vie dans ces manifestations.
« Ce samedi 3 juin, Abdoulaye était parti rendre visite à l’un de ses amis à Ouagou Niayes. Sur le chemin du retour à Niarry Tally, il a rencontré une foule de manifestants et de policiers et a été touché par balles. Dans des vidéos qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux, on voit qu’il a ensuite été frappé par les policiers du commissariat de HLM alors qu’il était à terre et trainé dans la rue. Durant toute la journée de dimanche, nous avons fait des aller-retours au commissariat de HLM et de Dieuppeul pour savoir s’il était là-bas, mais c’est au niveau de la brigade des sapeurs de Dieuppeul qu’on nous a dit qu’un corps supposément ‘ramassé dans la rue’ avait bien été déposé là-bas par la police le samedi soir. Finalement, ce lundi nous avons pu retrouver son corps à la morgue de l’hôpital Dalal Jamm à Guediawaye », a déclaré Djiby*, un proche d’Abdoulaye Camara, à Amnesty International.
Amnesty International a pu analyser plusieurs vidéos montrant la police donnant des coups à Abdoulaye Camara alors qu’il était à terre et visiblement mal en point.
Fallou Sall, ouvrier ferrailleur de 17 ans à Thiaroye-sur-Mer, a été atteint par balles le vendredi 2 juin alors qu'il rentrait du travail. Selon son père rencontré par Amnesty International, il a succombé à ses blessures le lendemain. Il avait été blessé par balle au cou et, selon son père, il est resté gisant à l’hôpital toute une journée sans être opéré. Sa famille est en attente de résultats de l'autopsie.
À Ziguinchor, Souleymane Sano (25 ans) et Ousmane Badio (17 ans) ont été victimes de tirs par les policiers lors des manifestations du 1er et 2 juin.
Issa, ami de Souleymane Sano, a rapporté à Amnesty International : « J’étais avec Souleymane Sano près du complexe CIA lorsqu’un policier a mis un genou à terre et lui a tiré dessus. Nous avions quitté notre quartier Lindiane vers 17h ce 2 juin pour manifester. Vers le complexe CIA, les policiers ont appelé du renfort et ont tiré des grenades lacrymogènes pour nous disperser, ce qui nous a fait fuir. Souleymane s’est retrouvé dans une impasse et s’est caché derrière un lampadaire lorsque le policier est descendu de la voie principale, l’a visé et lui a tiré dessus. Il a été blessé sur le flanc. Je suis allé vers lui, je l’ai secoué mais il ne répondait pas. Avec d’autres manifestants, on l’a mis sur une moto Jakarta pour l’hôpital régional, où il a été déclaré mort ».
Amnesty International a pu consulter le certificat d’inhumation de Souleymane Sano qui conclut à une « mort violente par traumatisme thoracique dû à un impact d’un projectile d’arme à feu ».
Ousmane Badio, 17 ans, a également été victime d’un tir mortel le 1er juin à Ziguinchor, lors des manifestations. Selon son oncle et son grand-père, Ousmane a été atteint par balles à 200m de chez lui à Korentas (quartier de Ziguinchor), où des manifestations avaient lieu.
« Ousmane est sorti à 17h de la maison ce jeudi 1er juin. 15 minutes après, les gens sont venus nous dire qu’Ousmane était tombé. Il n’a pas duré dehors. Il a été atteint à la poitrine et perdait beaucoup de sang. On l’a conduit à l’hôpital Silence mais il perdait beaucoup de sang en cours de route. À notre arrivée, il a été déclaré mort. Il y avait des manifestations près de chez nous; les jeunes lançaient des cailloux et les policiers ripostaient par des grenades lacrymogènes. Les témoins nous ont dit que c’est un de ces policiers qui a tiré sur Ousmane et qu’après lui, un autre individu, Souleymane Sarr, a été victime d’un tir par balles, par ces mêmes policiers. Depuis ce jour, son père est en état de choc et ne peut pas parler; Ousmane était son fils ainé. »
En effet, le gouvernement sénégalais a annoncé 16 morts. « Au cours des derniers jours, nous avons enregistré 16 décès. Les personnes appréhendées au cours de ces événements sont principalement des individus dangereux et armés. À ce jour, 500 individus ont été interpellés, parmi les personnes interpellées, nous avons enregistré également des mineurs et des personnes de nationalité étrangère. La majorité de ces personnes arrêtées étaient en possession de cocktail Molotov, armes blanches, armes à feu de gros calibres », selon Ibrahima Diop, Commissaire Divisionnaire et Directeur de la sécurité publique au cours d'une conférence de presse tenue, dimanche 4 juin 2023.
Du côtés de Pastef Les Patriotes, parti de l'opposition. Ce sont 26 personnes tuées et quatre autres non identifiés. Ce qui fait un nombre de 30. « La presse internationale après avoir démenti les propos de justification du gouvernement, nous vous montrons des preuves à l’appui que les violences viennent du camp du pouvoir. Nous avons recensé 26 décès et il y en a quatre autres qui ne sont pas encore identifiés », a fait savoir le Secrétaire national à la communication de Pastef lors d’une conférence de presse.
Amnesty International parle au moins 23 morts, dont plusieurs par balles enregistrés à Dakar et Ziguinchor, lors des manifestations violentes du 1er et 2 juin. L'organisation demande une enquête indépendante sur la répression meurtrière lors des manifestations
La liste des victimes dressé par Amnesty international
Bassirou Sarr, 31 ans, tailleur et résidant de Pikine Guinaw-Rails (banlieue de Dakar) est décédé à la suite d’un tir à la tête, ce 2 juin. Selon son frère Issa.
« Bassirou avait son atelier de couture près du camp Thiaroye, et ce vendredi 2 juin, il y avait des manifestations spontanées dans la zone. Comme plusieurs autres, il était sorti voir cet attroupement de gendarmes et de manifestants près de leur atelier de travail, lorsqu’il a été atteint d’une balle dans la tête. Il est mort sur le coup et les militaires du camp de Thiaroye ont transporté son corps dans le camp. Ils ont demandé aux gendarmes et aux manifestants qui étaient juste devant leur camp de déguerpir. Nous avons perdu notre frère et nous voulons que justice soit rendue. Depuis vendredi, nous n’avons même pas pu récupérer son corps et l’inhumer convenablement ».
Amnesty International a pu consulter le certificat de genre de mort de Bassirou Sarr, établi par l’hôpital général Idrissa Pouye de Grand-Yoff qui établit que le décès résulte d’un « traumatisme crânien par arme à feu ».
Comme Bassirou Sarr, le rappeur-producteur Abdoulaye Camara dit « Baba Kana », 38 ans, a aussi perdu la vie dans ces manifestations.
« Ce samedi 3 juin, Abdoulaye était parti rendre visite à l’un de ses amis à Ouagou Niayes. Sur le chemin du retour à Niarry Tally, il a rencontré une foule de manifestants et de policiers et a été touché par balles. Dans des vidéos qui ont largement circulé sur les réseaux sociaux, on voit qu’il a ensuite été frappé par les policiers du commissariat de HLM alors qu’il était à terre et trainé dans la rue. Durant toute la journée de dimanche, nous avons fait des aller-retours au commissariat de HLM et de Dieuppeul pour savoir s’il était là-bas, mais c’est au niveau de la brigade des sapeurs de Dieuppeul qu’on nous a dit qu’un corps supposément ‘ramassé dans la rue’ avait bien été déposé là-bas par la police le samedi soir. Finalement, ce lundi nous avons pu retrouver son corps à la morgue de l’hôpital Dalal Jamm à Guediawaye », a déclaré Djiby*, un proche d’Abdoulaye Camara, à Amnesty International.
Amnesty International a pu analyser plusieurs vidéos montrant la police donnant des coups à Abdoulaye Camara alors qu’il était à terre et visiblement mal en point.
Fallou Sall, ouvrier ferrailleur de 17 ans à Thiaroye-sur-Mer, a été atteint par balles le vendredi 2 juin alors qu'il rentrait du travail. Selon son père rencontré par Amnesty International, il a succombé à ses blessures le lendemain. Il avait été blessé par balle au cou et, selon son père, il est resté gisant à l’hôpital toute une journée sans être opéré. Sa famille est en attente de résultats de l'autopsie.
À Ziguinchor, Souleymane Sano (25 ans) et Ousmane Badio (17 ans) ont été victimes de tirs par les policiers lors des manifestations du 1er et 2 juin.
Issa, ami de Souleymane Sano, a rapporté à Amnesty International : « J’étais avec Souleymane Sano près du complexe CIA lorsqu’un policier a mis un genou à terre et lui a tiré dessus. Nous avions quitté notre quartier Lindiane vers 17h ce 2 juin pour manifester. Vers le complexe CIA, les policiers ont appelé du renfort et ont tiré des grenades lacrymogènes pour nous disperser, ce qui nous a fait fuir. Souleymane s’est retrouvé dans une impasse et s’est caché derrière un lampadaire lorsque le policier est descendu de la voie principale, l’a visé et lui a tiré dessus. Il a été blessé sur le flanc. Je suis allé vers lui, je l’ai secoué mais il ne répondait pas. Avec d’autres manifestants, on l’a mis sur une moto Jakarta pour l’hôpital régional, où il a été déclaré mort ».
Amnesty International a pu consulter le certificat d’inhumation de Souleymane Sano qui conclut à une « mort violente par traumatisme thoracique dû à un impact d’un projectile d’arme à feu ».
Ousmane Badio, 17 ans, a également été victime d’un tir mortel le 1er juin à Ziguinchor, lors des manifestations. Selon son oncle et son grand-père, Ousmane a été atteint par balles à 200m de chez lui à Korentas (quartier de Ziguinchor), où des manifestations avaient lieu.
« Ousmane est sorti à 17h de la maison ce jeudi 1er juin. 15 minutes après, les gens sont venus nous dire qu’Ousmane était tombé. Il n’a pas duré dehors. Il a été atteint à la poitrine et perdait beaucoup de sang. On l’a conduit à l’hôpital Silence mais il perdait beaucoup de sang en cours de route. À notre arrivée, il a été déclaré mort. Il y avait des manifestations près de chez nous; les jeunes lançaient des cailloux et les policiers ripostaient par des grenades lacrymogènes. Les témoins nous ont dit que c’est un de ces policiers qui a tiré sur Ousmane et qu’après lui, un autre individu, Souleymane Sarr, a été victime d’un tir par balles, par ces mêmes policiers. Depuis ce jour, son père est en état de choc et ne peut pas parler; Ousmane était son fils ainé. »