Ebola: la crainte d'une présence endémique du virus en Afrique

La mobilisation internationale se poursuit contre l'épidémie Ebola, qui sévit depuis le début de l'année en Afrique de l'Ouest.

Le nombre annoncé des cas ne cesse d’augmenter avec 3 100 morts, soit près de la moitié des 6 500 personnes infectées selon un dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Des chiffres qui donnent le vertige et font craindre une présence endémique du virus.



Les personnels de Médecins sans frontières portent le corps d'une personne décédée du virus Ebola, le 1er avril 2014 à Guekedou, en Guinée, dans un centre pour victimes de la fièvre hémorragique. AFP/ SEYLLOU
Les personnels de Médecins sans frontières portent le corps d'une personne décédée du virus Ebola, le 1er avril 2014 à Guekedou, en Guinée, dans un centre pour victimes de la fièvre hémorragique. AFP/ SEYLLOU

Près de 1 700 décès au Liberia, plus de 600 en Guinée, presque autant en Sierra Leone. Pourtant, il n’est pas si loin, le temps où le gouvernement guinéen déclarait que l’épidémie était sous contrôle. En avril dernier, aucun cas n’avait encore été confirmé en Sierra Leone.Désormais, le Sénégal annonce, après la Côte d'Ivoire, l'ouverture à Dakar d'un couloir humanitaire aérienL’organisation MSF  pourrait y repositionner un avion afin d’acheminer de l’aide et transporter ses équipes médicales vers les trois pays les plus touchés : le Liberia, la Guinée et la Sierra Leone.

L’ONG, très présente sur le terrain depuis le début de l’épidémie, tente de parer à la propagation du virus tout en protégeant ses personnels soignants. La crainte s’est confirmée il y a une dizaine de jours avec l’annonce de la contamination d’un de ses volontaires rapatrié en France, dont l’état de santé semble stable après avoir bénéficié de traitements expérimentaux à la demande de la ministre française de la Santé. Malgré le fort engagement international, un responsable des Nations unies a affirmé qu’il s’agit de la 3e phase de croissance de l’épidémie, une étape explosive.

Des difficultés sur le terrain

Le directeur des opérations à Médecins sans frontières, Brice de la Vingne, rappelle qu’à Monrovia, le centre MSF doit refuser des malades qui présentent des symptômes similaires à ceux provoqués par le virus Ebola. Ces derniers veulent absolument s’isoler car ils ne tiennent pas à contaminer leurs proches, leur famille. Mais l’arrivée massive de malades potentiels peut mettre en péril l’organisation des centres d’isolement. C’est pourquoi l’organisation humanitaire réclame des capacités d’accueil supplémentaires autres que celle de MSF.

D’autres acteurs doivent absolument s’impliquer. Des moyens étatiques et militaires sont nécessaires pour une capacité plus grande d’isolement des personnes contaminées – en attendant des traitements efficaces et suffisamment nombreux – pour les populations en détresse au Liberia bien évidemment, parce que le nombre de cas Ebola y est plus important qu’ailleurs, mais aussi en Sierra Leone et en Guinée.

Chaque organisation, qu’elle soit internationale, nationale ou locale, possède son propre protocole et ces institutions doivent s’accorder entre elles pour une meilleure efficacité. Cela reste une affaire toujours très délicate.


L’équipe du matin de médecins et infirmiers au CTE (Centre de traitement d’Ebola de Guéckédou). En raison de la chaleur sous cet équipement, le personnel ne peut rester que 45 minutes. RFI/ Olivier Rogez
L’équipe du matin de médecins et infirmiers au CTE (Centre de traitement d’Ebola de Guéckédou). En raison de la chaleur sous cet équipement, le personnel ne peut rester que 45 minutes. RFI/ Olivier Rogez

Respecter les protocoles

« Lorsque j’étais à Guéckedou, alors que l’OMS et MSF mettaient en place le fait que le cadavre, avant la fermeture du sac mortuaire, devait être vu obligatoirement par des témoins de la famille, une autre institution arrivait sur le terrain sans connaissance de ce protocole et n’en n’avait pas conscience. »

Les témoignage comme celui de ce médecin-anthropologue, Alain Epelboin, consultant Ebola à l’OMS, sont importants. Ce cas pourrait s’appliquer à d’autres exemples. Les difficultés sur place concernent beaucoup la transmission des informations.

A l’issue de la réunion qui s’est tenue en fin de semaine dernière à l’Assemblée générale des Nations unies, les déclarations portaient sur le fait que les pays durement touchés attendaient des actes. Aujourd’hui, le problème principal ne semble pas le manque de traitements, mais plutôt la faiblesse des systèmes de santé, rappelait le ministre de l’Information du Liberia.

Les engagements pris doivent être suivis d’effets

Pour MSF, il faut des lits supplémentaires et un nombre de professionnels de santé plus important. Car pour l’instant, face à l’ampleur de l’épidémie, considérée comme une « menace pour la paix et la sécurité internationale » selon l’ONU, les recommandations ne produisent pas toujours l’effet escompté sur le terrain. Le représentant d’une institution internationale ou d’une ONG en siège permanent dans le pays va concevoir des stratégies de ménagement ou de heurts politiques assez différents de ceux de son représentant équivalent au niveau national ou local.

Grâce aux réunions au sommet et aux rencontres, beaucoup de choses sont réalisées. Mais vu le nombre de personnels mobilisés, il est certain que le retour de critiques ou simplement de dysfonctionnements provenant de la base est fait systématiquement. Les travailleurs de terrain ne doivent pas rester que de simples exécutants, ils ont aussi des choses à dire, souligne un personnel sur place.

La seule volonté internationale ne peut suffire

La volonté internationale doit s’appuyer sur les acteurs de terrain, qui sont au cœur de ce risque sanitaire sans précédent. Rappelons l’exemple d'un médecin en chef du Liberia, qui a décidé de se placer en isolement, ainsi que son personnel, pour une durée de 21 jours (période maximale d’incubation du virus) après le décès de son adjoint, tué par le virus de la fièvre hémorragique.



Rfi.fr

Mardi 30 Septembre 2014 - 13:18



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