Quand on fait du tort à quelqu’un, on lui doit réparation.



Quand on fait du tort à quelqu’un, on lui doit réparation.

N’eût été la crise de l’eau, qui a duré trois bonnes semaines, le président Macky Sall aurait réussi une bonne rentrée politique. Les péripéties liées à la rupture de service de la station de pompage et de traitement de Keur Momar Sarr ont malgré tout permis au président de révéler de grandes capacités de communication… de crise. En effet, revenu malgré lui de son voyage des Etats-Unis, il a aussitôt enfilé sa tenue militaire et chaussé ses bottes pour visiter la station mal en point. Et derechef, il a tenté tant bien que mal de reprendre les choses en main.

Peu avant qu’il ne débarque d’urgence à Dakar, son Premier ministre avait vertement tancé la Sones et la Sde, promettant, au besoin de remettre en cause le contrat d’affermage de la Sde, et du coup commanditant, un audit technique de la panne et un audit organisationnel de la Sones. Le retour forcé du Président a semble-t-il stoppé la dérive punitive qu’empruntait le Premier ministre, très décidée à faire la lumière sur les raisons profondes de ces désagréments.

Il faudrait à notre PM, bien sûr, beaucoup de temps, beaucoup de lecture et beaucoup d’écoute, pour saisir une réalité aussi complexe que la réforme du sous-secteur de l’hydraulique urbaine et de l’assainissement d’avril 1995. Ce passage obligé lui évitera certainement des mesures hâtives.

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

La mauvaise passe que les sociétés d’eau ont fait connaître aux Dakarois ne devrait pas faire oublier leurs belles performances, comme en attestent toutes les statistiques. Il est rare de voir au Sénégal et même en Afrique un secteur aussi bien piloté avec des résultats aussi probants.

Doit-on oublier que sur la dizaine d’Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), seule l’hydraulique urbaine pourra atteindre les minimas requis en 2015 ? Pour autant, il serait illusoire et même irresponsable de vouloir faire passer par pertes et profits, cette première crise de l’eau du 21ème siècle au Sénégal. Car il faut bien le dire, les populations dakaroises ‘’en ont bavé’’, et les coûts sociaux, économiques, politiques sont difficilement appréciables.

C’est d’ailleurs, pour cette raison qu’il faut se jouir de la sortie présidentielle. Elle a permis de cerner la crise en faisant appel à l’Agence française de développement, au Groupe Suez Environnement et aux techniciens chinois. Mais elle a surtout calmé la colère des Sénégalais, par l’annonce de la prise en charge de la facture du mois courant par l’Etat (comprenez la Sones). En communication de crise on appelle cela, allier la reconnaissance et la réparation. C’est-à-dire faire preuve du sens aigu de la responsabilité, au nom d’un principe simple : quand on fait du tort à quelqu’un, on lui doit réparation.

Mieux, la décision de faire appel directement à François Hollande pour trouver une solution définitive au problème technique devenu structurel, permet de rassurer les Dakarois sur la pérennité de leur service. Elle ouvre surtout la voie à d’autres solutions de sécurisation du service de l’eau, pour que leur alimentation en liquide précieux ne dépende plus d’un morceau de tôle en acier de six mètres de l’eau. Même si la panne a aussi affecté la DN 800 et la DN 1200, d’après nos sources. Elles auraient subi, l’une, une déformation, l’autre une cassure. ‘’Il apparaît donc clairement que la conduite DN 800 a subi une déformation et celle de DN1200 une déchirure longitudinale ; ce qui laisse penser à une surpression découlant d’un ’coup de bélier’, donc un incident d’exploitation’’, explique la source.

Un audit technique indépendant s’impose…

Si ces informations sont confirmées, il faudrait en conclure que la panne de la station est très sérieuse. Et que le choix de connecter l’acier et la fonte, produirait une ‘’corrosion électrochimique’’ du fait de contact entre deux (02) métaux différents produisant un effet de électrochimique appelé ‘’effet de pile’’. Seul un audit technique indépendant pourra déterminer les causes réelles de la panne et les mesures correctives qu’il faut apporter d’urgence pour éloigner les possibilités d’une nouvelle panne.

Toutefois, on ne peut pas passer sous silence, la gravité d’une situation si les deux conduites sont effectivement touchées. La conduite fonte fabriquée, avec certificat de conformité dans son usine brésilienne par l’entreprise Pontamousson a coûté la bagatelle de 11 milliards de francs Cfa.  D’une longueur de 70 km, elle relie Géoul à Keur Momar et constitue une pièce maîtresse du dispositif de transport de l’eau vers Dakar.

L’important, c’est moins un débat de ‘’chiffonniers’’ et la mise en cause réciproque entre les deux sœurs siamoises la Sones et la Sde, que la capacité dans des sociétés déjà si performantes à faire preuve de résilience. Que la pièce d’acier ait été ou non fabriquée en usine ne change rien à la situation. Dans le marché signé par la Sones en 2002, il était bien indiqué la liste de toutes les pièces qui devraient ‘’usinées’’. Et cette pièce n’y figurait pas. La Sones le sait et la Sde aussi, et le cabinet de contrôle IBG également.

Cette panne, certes prévisible, ne devrait donc pas amener à jeter le bébé avec l’eau du bain. Elle n’exclut pas la nécessité de rechercher et trouver la vérité et de la dire, si mauvaise gestion, il y a eu. Pas plus qu’elle ne doit non plus faire table rase sur les remarquables performances de la Sones et de la Sde.

L’Eau, une compétence transférée ?

La Direction de l’hydraulique a déjà commencé d’après nos sources, à rédiger les termes de références pour l’audit de la Sones. A l’arrivée, on en verra les conclusions et recommandations. Il est peu probable que la Sones en sorte indemne, même si des négligences avérées ne valent pas un couperet fatal à l’une des meilleures sociétés publiques du Sénégal. Au terme de son contrat de cinq ans renouvelé, il sera certainement nécessaire de revoir les conditions d’exploitation de l’eau au Sénégal, par la Sde, une référence africaine dans son domaine.

Si l’Acte 3 de la Décentralisation va jusqu’à créer des zones régionales de développement homogènes, le transfert de compétence de l’eau à ces nouvelles collectivités locales sera d’une impérieuse nécessité. Les cadres du secteur de l’eau ont là matière à réflexion, car il y a bien des questions à se poser sur les deux champions : Sones et Sde. Et pourquoi pas l’Onas, le troisième membre de la réforme qui paradoxalement réussit de belles innovations à travers son Programme de structuration du marché des boues de vidanges et son Projet de Biogaz ? Qui a dit que l’assainissement est le parent pauvre du secteur de l’eau ? Pauvre en ressources, mais pas en idées, semble t-il.
 

Momar Seyni Ndiaye


Momar Seyni Ndiaye

Vendredi 4 Octobre 2013 - 12:38



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