RDC: réorganisation des FARDC et retour en grâce du général Amisi

Les Forces armées en République démocratique du Congo se réorganisent avec la création de trois zones de défense. La première regroupe la capitale Kinshasa, les provinces du Bandundu, du Bas-Congo et de l'Équateur et elle est placée sous le commandement du général Gabriel Amisi dit «Tango Four». Ce général a été réhabilité après une suspension de deux ans, blanchi de toute accusation par le Conseil supérieur de la défense.



Retour en grâce du général Gabriel Amisi (C), ici en 2004, après qu'il ait été blanchi par le Conseil supérieur de la Défense. AFP PHOTO/HELEN VESPERINI
Retour en grâce du général Gabriel Amisi (C), ici en 2004, après qu'il ait été blanchi par le Conseil supérieur de la Défense. AFP PHOTO/HELEN VESPERINI

Officiellement, le général Gabriel Amisi avait perdu son poste parce qu'en 2012 il avait été accusé par le groupe d'experts de l'ONU de fournir ou de vendre des armes aux groupes armés de l'est du pays qu'il était censé combattre mais aussi de faire du trafic de minerais.

Mais ce rapport qui aurait fait tomber le général Amisi, n'est pas le premier à l'avoir épinglé : il était aussi cité dans ceux de 2010 et 2011. « Quand Goma est tombé en novembre 2012 aux mains du M23, nos recherches sont devenus un prétexte pour l'écarter », explique l'un des membres du groupe de l'époque. « Il était accusé par les autres militaires d'avoir travaillé pour Kigali et d'être responsable des défaites successives », explique un autre.

Calmer certains réseaux de l'armée

L'occasion de le remplacer par un homme considéré comme plus fiable, le général Bahuma aujourd'hui décédé, présenté comme le discret artisan de la défaite du M23. « Il y avait clairement deux poids, deux mesures. Le général Jean-Claude Kifwa  avait lui aussi été épinglé, notamment pour avoir donné des armes au chef de guerre Morgan  », poursuit cet ancien expert onusien, ajoutant qu'à ce jour, il n'a jamais été inquiété.

Le général Jean-Claude Kifwa était lui le chef de la 9e région militaire, il est aujourd'hui promu et prend la tête de la 2ème zone opérationnelle qui inclut les deux Kasaï et le Katanga.

Toujours selon l'un des anciens membres du groupe d'experts, Kinshasa chercherait, en redonnant un poste au général Amisi, à calmer certains réseaux dans l'armée - qui profitent de ces trafics d'armes ou de minerais - à l'approche des échéances électorales et de la perspective d'un éventuel 3e mandat.

Amisi: une enquête approfondie a été menée selon les autorités

Du côté du gouvernement, on affirme que le général Gabriel Amisi a été blanchi à l'issue d'une enquête approfondie. « Le Conseil supérieur de la défense a rendu public sa décision, je n'ai pas plus de commentaire à faire là-dessus », explique le porte-parole de l'armée congolaise.

Il n'y avait pas suffisamment de preuves, justifie le porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mendé, qui accuse également le groupe d'experts de ne pas avoir fourni ces fameuses preuves au conseil supérieur de défense. Je l'avais moi-même demandé à l'époque, a dit le porte-parole du gouvernement. Faux, répond Steven Hege, le patron du groupe d'experts en 2012.

« Depuis 2010, puis en 2011 et en 2012, nous avons mené toute une série d’enquête sur le général Amisi, explique Steven Hege. Dans chacune, nous avons trouvé assez de preuves, assez de témoins directs et des documents signalant l’implication du général dans une série de violation de l’embargo sur les armes, notamment en 2012, le trafic d’armes de chasse dans le territoire de Walikale et dans sa province natale de Maniema. Chaque année, nous avons une occasion d’organiser [un point] avec le gouvernement congolais avant d’aller à New York. Nous avons partagé tous les documents, toutes les conclusions de nos rapports, notamment les activités d’Amisi et ses violations de l’embargo sur les armes. Ces implications dans les réseaux mafieux, les trafics et l’exploitation illégale des minerais dans l’est de la RDC, je crois que c’était une pièce très importante dans le commerce de minerais. A travers ces activités, liées aux activités minières, il a eu des occasions de contacter et de soutenir des groupes armés illégaux.»

 


Rfi.fr

Dimanche 21 Septembre 2014 - 09:46



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