Après plusieurs semaines de violentes manifestations qui ont déjà fait cinq morts, la journée du mardi 30 juin marquait la fin de l'ultimatum posé par des groupes de citoyens très structurés qui réclament le départ des étrangers sans papiers présents en Afrique du Sud. Pour l'occasion, de nombreuses marches anti-immigration ont eu lieu dans tout le pays en présence d'un important dispositif policier, les autorités craignant des débordements et des violences.
Marche pacifique et ambiance électrique
C'est à Durban, grande ville située sur la côte de l’océan Indien, que le rassemblement a été le plus massif avec plusieurs milliers de personnes qui ont défilé relativement dans le calme, les manifestants cherchant surtout à investir les rues pour montrer qu'ils étaient présents et qu'ils n'entendaient pas cesser leur combat.
« Au départ, je pensais que manifester ne changerait rien. Et puis j'ai vu que cela faisait la différence, que les clandestins partaient ! », explique par exemple Sakhona, croisé dans le cortège. Un peu plus loin, Carol se félicite, elle, que le mouvement ait déjà poussé 25 000 immigrés à l'exode et le gouvernement à promettre un durcissement des contrôles migratoires. « Je pense que notre combat est juste, et que nous sommes sur la bonne voie », confie-t-elle de son côté.
Reste qu'en investissant les rue du centre-ville normalement animées mais aujourd’hui désertes, les manifestants instaurent un climat hostile aux étrangers, d'autant plus qu'ils se livrent à des actes d'intimidation, s'arrêtant souvent devant des bâtiments supposément habités par des immigrés en situation irrégulière et leur demandant de partir. « Nous savons qu’ils habitent là, on connait bien les bâtiments de la ville, mais ils doivent partir, martèle ainsi une manifestante devant un bâtiment rouge et noir. On leur a dit, il faut partir avant ce 30 juin. On leur dit gentiment. On ne va pas les tuer ! Ils doivent juste partir. »
Lorsqu’un homme a commencé à leur répondre de son balcon, la police est immédiatement intervenue et leur a demandé de circuler. Celle-ci a également annoncé avoir ouvert une enquête après avoir reçu une information selon laquelle un ressortissant étranger aurait fait une chute mortelle depuis le huitième étage d’un immeuble parce qu'il se croyait pourchassé, quelques heures avant le début des manifestations.
Après avoir fait beaucoup de bruit dans des rues désertes, le cortège a terminé sa route devant un poste de police en bord de mer, où la très médiatisée Jacinta Ngobese-Zuma a pris la parole : « Aujourd’hui, nous voulons une nouvelle fois dire au président de l’Afrique du Sud que nous voulons des déportations de masse et une augmentation du budget pour les services aux frontières, exige celle qui dirige March and March, l’organisation à l’origine de cette nouvelle poussée xénophobe qui compte présenter un mémorandum aux autorités avec différentes revendications. Monsieur le président, nous voulons qu’une loi soit promulguée de toute urgence afin de réserver l’économie des townships aux seuls Sud-Africains. »
Si elle se dit apolitique, elle remercie tout de même le MK, parti de l’ancien président Jacob Zuma, l’un des seuls à avoir publiquement affiché son soutien à ces marches anti-immigrations. Car face au chômage de masse et à la pauvreté, certains partis tentent de transformer la colère en bulletins de vote, alors que les prochaines élections municipales sont prévues pour novembre.
Pendant ce temps là à Johannesburg, quelques milliers d'individus ont également défilé dans le centre-ville et en banlieue, donnant lieu, notamment en fin de journée, à des violences et des pillages sporadiques rapidement stoppés en raison de la forte présence des forces de l'ordre.
Dans la métropole sud-africaine, les chants zoulous ont résonné toute la journée, les manifestants en tenue traditionnelle, bâton et fouet à la main, prenant possession des lieux. « On ne peut plus respirer chez nous. Les étrangers doivent partir ! », lance l'un d'eux. « C’est notre dernier appel au gouvernement pour qu’il nous écoute et qu’il fasse partir tous les immigrés illégaux ! », déclare pour sa part Ngizwe Mchunu, meneur et instigateur de la marche.
Alors que tous les magasins ont baissé leur rideau de fer, un commerçant surveille, lui, le passage du cortège, espérant pouvoir ouvrir le lendemain tandis q'un peu plus loin, Elanch, un Nigérian - et l’un des rares immigrés à ne pas s’être barricadé chez lui - interroge à voix haute : « Nous, les étrangers, on se décarcasse pour créer nos propres commerces à partir de rien... Alors pourquoi est-ce qu’on nous accuse de voler des emplois ? ».
L'Afrique du Sud a déjà connu de violents débordements xénophobes, notamment en 2008 et 2015, mais de manière inédite, plus de 25 000 ressortissants de plusieurs pays africains, Malawi, Zimbabwe, Mozambique, Nigeria, Ghana, etc., ont fui ces dernières semaines par leurs propres moyens ou à bord de bus affrétés par leur pays ou par l'Afrique du Sud.
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