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Mali : comment comprendre l'augmentation des prix du carburant et l'«effort» des autorités de transition



Au Mali, les autorités de transition ont annoncé une augmentation des prix réglementés du carburant. Samedi, l'essence est passée de 775 à 875 FCFA le litre, en hausse de 12%, et le gasoil de 725 à 940 FCFA le litre, en hausse de 29%. Une augmentation justifiée par la crise énergétique mondiale, avec des conséquences directes sur les prix de tous les produits à la consommation. Pour autant, cette hausse ne traduit pas un désengagement de l'État, qui maintient la politique historique malienne de subvention - mais pas suffisamment, selon les voix critiques, qui jugent la population largement flouée. Cette hausse survient également dans un contexte d'embargo jihadiste sur les importations de carburant, qui crée depuis septembre dernier déjà d'immenses difficultés d'approvisionnement.

« Les gens comprennent la situation », témoignent plusieurs Bamakois, « mais 30 % d'augmentation pour le gasoil c'est quand même trop », s'agace l'un d'entre eux. « On a été surpris », déplore un autre, notant, comme plusieurs interlocuteurs, qu'aucune annonce similaire n'a été faite dans les autres pays de la sous-région - du moins pour le moment. 

La guerre au Proche-Orient et la perturbation du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz ont entraîné une hausse des prix des hydrocarbures et des coûts de transport dans le monde entier. Au Mali, habituellement, les fluctuations du prix du baril ne se font pas immédiatement ressentir, grâce à une politique historique de subvention et de plafonnement des prix du carburant. La taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) est flottante, permettant d'amortir les prix à la pompe, lorsque les coûts opérés -ou subis- par les acteurs privés augmentent.

« Effort budgétaire exceptionnel »

Si l'augmentation des prix-plafond suscite l'incompréhension et le dépit de certains consommateurs, elle ne traduit pourtant pas un désengagement de l'État. Le président de l'Office malien des produits pétroliers (Omap) a ainsi indiqué, lors d'un entretien à la télévision d'État ORTM, que les autorités consentaient même à un « effort budgétaire exceptionnel en réduisant significativement les taxes sur les produits pétroliers d'environ 3 milliards de FCFA par mois. » « Sans ces efforts », affirme Diakaridia Dembélé, les prix à la pompe « dépasseraient mille FCFA pour l'ensemble des produits. » Si le chiffre brut de 3 milliards a de quoi impressionner les non-initiés, aucun autre élément n'a été communiqué pour mesurer l'ampleur de cet « effort ».

Selon la loi de finances 2025, les recettes attendues en 2026 au titre de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) frôlent les 189 milliards de FCFA. Un rapide calcul permet de constater que les 3 milliards de baisse annoncés par le président de l'Omap correspondraient donc à près de 20% de ces recettes. Les produits pétroliers génèrent par ailleurs d'autres ressources, issues des perceptions douanières ou encore de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée).

L' « ajustement » des prix à la pompe est ainsi censé garantir l'approvisionnement du pays tout en préservant, autant que possible, le pouvoir d'achat de la population. « Les prix pourront être révisés à la baisse dès que la situation internationale le permettra », promet encore le président de l'Omap. L'État fait en sorte que l'augmentation soit limitée, analyse un économiste malien chevronné, qui rend justice à l'action gouvernementale : « le Mali continue de subventionner le carburant davantage que les pays voisins », affirme-t-il, notant que la baisse de ces recettes fiscales et l'augmentation des dépenses de l'État poseront mécaniquement un problème d'équilibre budgétaire. 

« Le consommateur subit bien plus que l'État »

« Les autorités de transition ne veulent pas faire l'effort ou n'ont pas les moyens de faire mieux », critique pourtant un ancien ministre, pilier de l'opposition politique. Selon ce connaisseur expérimenté des finances publiques, la réduction des taxes annoncée par les autorités est loin d'être à la hauteur : « c'est significatif par rapport à ce qu'ils devaient encaisser, mais comparé à la facture globale, ce n'est pas grand-chose. En somme, le consommateur supporte bien plus que l'Etat les effets de l'augmentation. » Et de conclure : « les militaires se disent sans doute qu'ils peuvent prendre cette mesure impopulaire sans risque majeur, en tous cas à court terme. »

Carottes, viande, électricité

En tout état de cause, l'augmentation des prix à la pompe demeure considérable : +12% pour l'essence, +29% pour le gasoil, avec des conséquences directes sur les prix des marchandises. « Les carottes, la viande, tout va augmenter ! », confirme l'économiste malien, qui pointe également un enjeu important pour la société nationale d'électricité : « l'EDM (Energie du Mali) n'avait déjà pas les moyens d'assurer le million de litres de gasoil dont elle a besoin chaque jour, on va voir désormais ce que ça va donner. » 

D'autant qu'au Mali, l'approvisionnement en carburant ne dépend pas que du contexte international : depuis sept mois, les jihadistes du Jnim imposent un embargo sur les importations d'hydrocarbures en provenance du Sénégal et de Côte d'Ivoire, les deux principaux fournisseurs du pays. Si cet embargo a vu ses effets se réduire au fil des mois, l'approvisionnement demeure très erratique et largement insuffisant. À Bamako et davantage encore en région, l'arrivée de chaque convoi de carburant sous escorte militaire est une petite victoire, ou un petit sursis. 

Dans les villes où le recours au marché noir est devenu la norme et l'approvisionnement en station l'exception, les habitants peuvent craindre que les tarifs déjà prohibitifs n'augmentent à leur tour.

RFI

Mercredi 1 Avril 2026 - 10:11


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