Au Mali, le journaliste Chahana Takiou sera jugé ce lundi 27 juillet devant le pôle judiciaire spécialisé contre la cybercriminalité. Cette figure de la presse malienne, directeur du journal 22 Septembre, est en prison depuis presque deux mois. Il avait déclaré, lors d'un évènement officiel, que la justice malienne contournait le droit de la presse pour emprisonner les journalistes. Poursuivi pour « atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire », Chahana Takiou aborde son procès, selon ses proches, avec foi et sérénité.
Depuis son incarcération il y a un mois et demi, famille et amis ont défilé en nombre pour lui rendre visite.
À tous, Chahana Takiou n'a cessé de répéter qu'il avait « le moral très haut », et que sa foi l'aidait à « accepter la situation », à « tenir bon », et à aborder son procès avec « sérénité ». Selon son entourage, le journaliste lit le Coran tous les jours dans sa cellule.
Loi sur la presse ignorée
Début juin, lors d'un évènement officiel consacré aux médias à Bamako, cette figure de la presse nationale avait déploré que les magistrats maliens « ignorent superbement la loi sur la presse » et « détournent la procédure », se servant de la loi sur la cybercriminalité pour emprisonner des journalistes. C'est précisément ce qui lui est arrivé : le procureur du pôle anticybercriminalité l'a emprisonné dans la foulée et inculpé pour « atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire ».
« Notre principale préoccupation, c'est sa santé »
Fin juin, ses avocats ont demandé la libération provisoire du journaliste, plaidant la clémence et invoquant son état de santé. Le procureur s'y est opposé.
Chahana Takiou souffre de diabète et de problèmes cardiovasculaires. Opéré il y a trois ans, il est soumis à un suivi rigoureux. « Notre principale préoccupation, c'est sa santé », confie avec anxiété un membre de sa famille.
Une inquiétude partagée par ses confrères. Quant aux conditions d'exercice de leur métier, les journalistes maliens ne se font plus d'illusions. Après l'arrestation de Chahana Takiou, la Maison de la presse avait dénoncé « une atteinte flagrante et grave à la liberté d'opinion et de presse ».
121e place au classement de RSF
Le lendemain de l'arrestation de Chahana Takiou, le 9 juin, un autre journaliste avait été emprisonné par le même pôle anti-cybercriminalité. Abdrahamane Keïta, directeur du journal Le Témoin, avait déploré sur un plateau de télévision que Kidal, sous contrôle des jihadistes du Jnim et des rebelles du FLA depuis le 25 avril, était actuellement « administrée » par le chef du Jnim. Il sera quant à lui jugé le 17 août prochain pour « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État » et « publication et diffusion d'informations fausses et trompeuses dans l'intention que ces informations soient considérées comme authentiques par le biais d'un système d'information».
Médias internationaux suspendus, presse locale muselée ou contrainte à un traitement « patriotique » de l'information, instrumentalisation de la loi sur la cybercriminalité : depuis le début de la Transition il y a près de six ans, le Mali a perdu 22 places au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières, passant de la 99e à la 121e place.
Depuis son incarcération il y a un mois et demi, famille et amis ont défilé en nombre pour lui rendre visite.
À tous, Chahana Takiou n'a cessé de répéter qu'il avait « le moral très haut », et que sa foi l'aidait à « accepter la situation », à « tenir bon », et à aborder son procès avec « sérénité ». Selon son entourage, le journaliste lit le Coran tous les jours dans sa cellule.
Loi sur la presse ignorée
Début juin, lors d'un évènement officiel consacré aux médias à Bamako, cette figure de la presse nationale avait déploré que les magistrats maliens « ignorent superbement la loi sur la presse » et « détournent la procédure », se servant de la loi sur la cybercriminalité pour emprisonner des journalistes. C'est précisément ce qui lui est arrivé : le procureur du pôle anticybercriminalité l'a emprisonné dans la foulée et inculpé pour « atteinte au crédit de l'État à travers l'institution judiciaire ».
« Notre principale préoccupation, c'est sa santé »
Fin juin, ses avocats ont demandé la libération provisoire du journaliste, plaidant la clémence et invoquant son état de santé. Le procureur s'y est opposé.
Chahana Takiou souffre de diabète et de problèmes cardiovasculaires. Opéré il y a trois ans, il est soumis à un suivi rigoureux. « Notre principale préoccupation, c'est sa santé », confie avec anxiété un membre de sa famille.
Une inquiétude partagée par ses confrères. Quant aux conditions d'exercice de leur métier, les journalistes maliens ne se font plus d'illusions. Après l'arrestation de Chahana Takiou, la Maison de la presse avait dénoncé « une atteinte flagrante et grave à la liberté d'opinion et de presse ».
121e place au classement de RSF
Le lendemain de l'arrestation de Chahana Takiou, le 9 juin, un autre journaliste avait été emprisonné par le même pôle anti-cybercriminalité. Abdrahamane Keïta, directeur du journal Le Témoin, avait déploré sur un plateau de télévision que Kidal, sous contrôle des jihadistes du Jnim et des rebelles du FLA depuis le 25 avril, était actuellement « administrée » par le chef du Jnim. Il sera quant à lui jugé le 17 août prochain pour « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l'unité nationale et au crédit de l'État » et « publication et diffusion d'informations fausses et trompeuses dans l'intention que ces informations soient considérées comme authentiques par le biais d'un système d'information».
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