Accords de pêche avec l'UE: Etat, ONG ou ancien régime, qui croire ?

La récente signature d'un accord de pêche avec l'Union Européenne a fait beaucoup de bruits. Nos mers sont devenues des sujets à polémique. Une telle situation impose de poser la question de savoir si nos territoires maritimes sont des marchandises estampillées « à louer ». Et qui dit la vérité entre l'état, les ONG et le régime précédent sur les clauses de cet accord tant controversé ?



Accords de pêche avec l'UE: Etat, ONG ou ancien régime, qui croire ?
Pour la construction d'un stade, d'un hôpital ou pour le mythe du milliard de francs, nos gouvernements sont prompts à signer un pacte avec le diable. Des responsables de l'État, stylo à la main, prêt à émarger tout ce qui  leur passe sous la main sans en mesurer les conséquences. Des accords aux termes souvent opaques, avec des partenaires, qualifiés de « pilleurs de mers » à tort ou à raison. Le dernier en date porte le paraphe du ministre de la pêche et de l'Économie maritime Ali El Haidar concernant l'accord avec l'union Européenne.

« J'ai régularisé une situation anormale », disait le ministre samaritain, mais en réalité, il s'est jeté dans la gueule du Loup en offrant à l'Union Européenne un contrat de 5 ans, donnant la possibilité à 38 navires, de fouiller de fond  en comble notre mer pour la modique somme de 50 millions d'euros. Soit 32 milliards 750 millions de francs Cfa.
 
Cet accord est une porte ouverte au pillage avec à la clef des prises annuelles de 14 mille tonnes, pendant que les pêcheurs locaux se plaignent de la raréfaction des ressources halieutiques. Donc, une telle somme vaut-elle le prix d'ouvrir nos océans comme des maisons de passe aux premiers venus ? A-t-on les moyens de contrôle nécessaires pour s'assurer que les prises autorisées seront respectées ?
 
Déjà que la marine nationale peine à surveiller correctement notre territoire maritime par manque de moyens, il serait insensé de penser qu'elle pourrait remplir cette mission de veille et de contrôle sur avec la technologie de pointe à la disposition de ces navires de l'UE. Sachant que pour appréhender le « Oleg Naidenov », ce navire pirate russe qui péchait illégalement dans nos eaux, il a fallu l'appui des forces françaises.
 
En effet, cet accord, même s'il a été signé par les deux partis, n'a pas encore été ratifié par le Parlement. Mais il suscite déjà l'ire de plusieurs franges de la population. Organisations Non-gouvernementales de défense de l'environnement (Green Sénégal), partis politiques (Rewmi, Pds) et des anciens dignitaires du régime sortant en l'occurrence le dernier Premier ministre sous Abdoulaye Wade, Souleymane Ndéné Ndiaye et Djibo Ka ministre de la pêche et de l'économie maritime entre 2004 et 2007 ont commencé à ruer dans les brancards pour dénoncer « le scandale d'un accord qui va fragiliser davantage notre économie déjà mal-en-point ».
 
Le régime en place pour sa part dédramatise et parle de régularisation d'une situation déjà existante. « C'est parce que j'ai décidé de mettre de l'ordre dans nos relations maritimes que ma décision suscite autant d'hostilité de la part de Djibo Ka et certains acteurs de la pêche. Cet accord n'est que la suite logique de ceux signés en 2006. L'Union européenne pêche gratuitement dans nos eaux depuis » a déclaré Ali El Haidar ministre de la pêche et de l'économie maritime. Selon l'écologiste, c'est dans le souci d'assainir le secteur de la pêche que ce nouvel accord gagnant-gagnant qui rapporterait 50 millions à l'état a été signé. Et de se demander : «Pourquoi l'ONG Greenpeace ne s'est-elle pas révoltée à l'époque où les bateaux de l'Union européenne pêchaient gratuitement dans nos eaux ?».
 
Des allégations que ne partage pas cependant l'ancien ministre de la pêche Djibo Ka qui dément catégoriquement. « Aucun accord de pêche n'a été signé avec l'Union Européenne durant la période pendant laquelle j'exerçais les fonctions de ministre d'État chargé de l'économie maritime » a soutenu le député.
 
Encore mieux avance-t-il « l'Union Européenne partenaire du Sénégal dans beaucoup de domaines, avait demandé qu'un accord fût négocié et signé avec le gouvernement du Sénégal qui tenait à préserver ses ressources halieutiques ». Et devrait-on se taire si on sait que l'Union européenne s'était engagée à verser à la Mauritanie une contrepartie financière de 110 millions d'euros pour les mêmes services ?
 
Et pour appuyer les dires du secrétaire général de l'Urd, Souleymane Ndéné Ndiaye de monter au créneau pour porter la réplique à Ali El Haidar. L'ancien premier de démentir aussi tout accord signé sous son magistère.
 
Un jeu de ping-pong dans lequel on ne sait même plus qui croire.  Mais une chose est sure, le seul à trinquer dans cette affaire, n'est autre que le peuple.

Pape Cheikh DIACK

Jeudi 8 Mai 2014 - 00:00



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