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Chronique
Chronique: Faim de justice
Vendredi dernier, je suis passé devant l’Hôtel Indépendance où sont allongés des grévistes de la faim, agents de l’établissement. Ces travailleurs observent depuis une quinzaine de jours une diète volontaire pour réclamer leurs droits. J’ai été choqué par leur désarroi. La vile situation que vivent ces concitoyens et concitoyennes au péril de leur vie n’est pas normale.

C’est à la fois triste et révoltant. Ils sont dans leur bon droit en exigeant environ 130 millions pour 6 mois d’arriérés de salaires et un plan social en vue de la liquidation de l’entreprise qui ne répondrait plus aux normes en vigueur. Quoi de plus normal que d’être payé et indemnisé quand on est sous la menace d’un licenciement ?

Cependant, j’émets des réserves sur les moyens et modalités utilisés par les grévistes pour rentrer dans leurs fonds. Un combat pour légitime qu’il soit, n’autorise pas tous les sacrifices, surtout celui-là. Je les exhorte à inscrire au cœur de leur démarche l’action et non la passivité. S’affaler sur des matelas en refusant de s’alimenter est synonyme de démission, de capitulation et de désespoir de leur part devant l’injustice criante dont ils font l’objet.

Ces valeureux femmes et hommes assoiffés, j’allais dire, affamés de justice et de contribution à l’effort collectif de développement, doivent comprendre qu’ils doivent encore se battre contre leurs bourreaux quels qu’ils soient. En reprenant les armes d’un combat d’espoir qui explore jusqu’à leur extrême limite toutes les voies de recours légales et licites.

Ils n’ont pas besoin de ces munitions pitoyables pour survivre à leur misère provoquée mais doivent avoir recours aux armes de l’intelligence, de la persévérance et de la force notamment morale pour résister. Susciter la pitié n’est pas une méthode de lutte pérenne. Car, comme le dit si bien l’adage, tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir. Il ne faut jamais baisser les bras. La réussite est au bout de l’effort.

La grève de la faim, à quelle fin ?

Au Sénégal, le chantage affectif ou l’appel à la détresse n’est pas toujours utile. Un pays où plus de 1800 personnes sont mortes dans le naufrage du bateau «Le Joola», où des personnes s’immolent par le feu pour réclamer des droits, sans que cela ne prête réellement à conséquence, on se leurre en croyant que quelques larmes ou des jours de faim peuvent valablement être efficaces.

Les droits n’y sont pas offerts sur un matelas et ont tendance à s’y arracher. Ces grévistes doivent par voie de conséquence refuser de s’anéantir et d’être ensevelis dans un linceul de compassion. Ils ont l’obligation de ne pas hypothéquer leur santé et leur dignité ; ces biens sont précieux et valent plus que 6 mois de salaires ou un quelconque plan social.

Travailleurs, l’Hôtel Indépendance n’est pas une fin, cet outil de travail est juste un moyen qui vous permettait de vous réaliser. En le perdant, vous perdez une bataille et non la guerre de la vie. Votre redéploiement est possible. Continuez le combat actif et ne limitez pas vos ambitions à cette bâtisse même si vous y avez investi des dizaines d’années de vos vies.

Mon intention n’est pas de rajouter de la détresse, déjà profonde, à la détresse de ces compatriotes mais de leur dire amicalement et à tous ceux qui sont ou seront tentés par ce modus operandi : Levez vous et (re) gagnez votre indépendance. Les clés de votre liberté et de votre succès sont essentiellement entre vos mains. Vos familles, vos proches et vos amis ne méritent par le sort que vous voulez vous donner.

Je n’ai pas voulu, à travers ce plaidoyer, insister sur la responsabilité des autres acteurs impliqués dans cette douloureuse affaire. Pour la bonne et simple raison que je lance un cri du cœur à ces concitoyens que j’appelle au sursaut et non à l’affaissement moral et physique. Aux autres, insouciants, qui favorisent ces actes de désespoir un réquisitoire produit sur eux, souventes fois, très peu d’effets. Leur conscience, s’ils en ont encore, et l’histoire les jugeront. En fin de compte, il ne faut jamais désespérer de la justice humaine et celle divine et immanente
Abdoulaye SYLLA
syllaye@gmail.com

Le chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade initiateur du dialogue politique
Le chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade initiateur du dialogue politique
Tout le monde applaudit la volonté affichée depuis quelques jours par le chef de l’Etat et son opposition de renouer le fil du dialogue politique. On salue par ci les vertus bien sénégalaises du dialogue, par là la capacité de dépassement incommensurable des uns et des autres. Un enthousiasme compréhensible, mais qui, somme toute, illustre encore une fois ce qu’il est de coutume d’appeler «l’exception sénégalaise», quand dans ce pays on se trouve en face d’une incongruité que l’on a du mal à s’expliquer. Le Sénégal est, en vérité, le seul pays au monde, qui se veut démocratique et où le dialogue politique n’est pas permanent, mais circonstanciel et ne se fait jamais dans le cadre strict de l’aire de jeu démocratique. Il faut toujours qu’il y ait entre la classe politique un guide religieux ou une organisation de la société civile qui propose ses bons offices pour pacifier les rapports ente le pouvoir et l’opposition.

Tant mieux si cela nous évite les drames que connaissent d’autres pays africains qui s’essaient à la démocratie. Tout de même, il y a quelque chose de vraiment singulier dans le dernier appel au dialogue politique que Me Abdoulaye Wade vient de lancer à l’opposition. C’est en effet la première fois que le chef de l’Etat joint l’acte à la parole et donne des gages de sincérité dans sa démarche. Il a envoyé des émissaires, nommé un ministre-conseiller chargé des affaires politiques et échangé des correspondances avec l’opposition rien que pour rendre possible la tenue de ce dialogue. Malgré tout, cela n’a pas empêché l’opposition de faire preuve d’une extrême prudence.

C’est qu’il y a quelque chose de suspect dans cette démarche de Me Abdoulaye Wade, qui mêle précipitation et pression, consistant à obtenir le dialogue politique, ici et maintenant, après avoir répété à plusieurs reprises qu’il discuterait plus avec les partis politiques qui ont décidé d’eux même de se mettre en marge de la vie politique nationale, en boycottant les élections législatives de juin 2007, sous le prétexte de non fiabilité du processus électoral. Le chef de l’Etat avait aussi posé comme préalable à tout dialogue avec l’opposition dite boycotteuse ou significative, la reconnaissance de sa réélection dès le premier de la présidentielle du 25 février 2007.

Apparemment, il n’en tient plus rigueur. Bien sûr, avec la ruse qu’on lui connait, il a pris le soin de préciser dans une des lettres adressées à l’opposition que la question du fichier électorale, donc de la non transparence de la présidentielle de 2007 est dépassée, dans la mesure où ceux-là qui en contestaient les résultats ont participé aux élections locales du 22 mars 2009 avec le même fichier et en sont sortis avec d’excellents résultats.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour amener Me Abdoulaye Wade à changer son fusil d’épaule, mettre de l’eau dans son vin, et à vouloir dialoguer coûte que coûte, au point même de se dédire par rapport à ses déclarations précédentes ? Les résultats de l’opposition aux élections locales y sont certainement pour quelque chose, de même que le succès des assises nationales.

Ces deux évènements on changé le rapport de force dans le paysage politique sénégalais, et le chef de l’Etat s’est rendu compte qu’il n’avait plus l’initiative du jeu. Il lui faut nécessairement une pirouette pour garder la main. D’autant qu’il ne peut plus s’appuyer sur son parti, le PDS, laminé lors des élections locales et rudement éprouvé par l’affaire Macky Sall. Parti que Me Wade a d’ailleurs décidé d’euthanasier, pour créer sur ses cendres un grand parti présidentiel. Mais en attendant, il faut gagner du temps. Et pour cela quelle meilleure solution que d’apaiser l’atmosphère politique en engageant des discussions avec l’opposition, avec cette précision qui est en réalité très vague que ces discussions «vont porter sur tout». Si tant est que Wade veut réellement pacifier ses rapports avec son opposition, il lui suffisait de déclarer qu’il souscrivait aux conclusions des assises nationales, et qu’il allait dissoudre aussi bien le Sénat que le Conseil Economique et Social et qu’il renonçait à la création du poste de vice-président, tout en réduisant la taille de son gouvernement.

Bref, s’il y a quelqu’un qui sortira victorieux de ce dialogue, c’est bien Me Abdoulaye Wade, redoutable joueur d’échec, qui a pris la peine de dérouler tout l’agenda qu’il s’est fixé au préalable avant de daigner tendre la main à l’opposition. Une opposition qui a aussi le dos au mur, parce qu’obliger de répondre à l’appel du chef de l’Etat pour ne pas se mettre à dos l’opinion. Reste maintenant à s’entourer de suffisamment de garantis pour ne pas trop perdre la face, comme cela fut le cas lors de la première tentative d’une rencontre avec Me Wade. Parce que lui a certainement déjà prévu les concessions qu’il pourrait faire, sans perdre au change.

Le feuilleton sur l’administration de l’économie au Sénégal continue de plus belle. Suite à l’épisode de l’amputation-restitution du volet économique du ministère dirigé par Abdoulaye Diop, une nouvelle escarmouche oppose le grand argentier de l’Etat et le nouveau ministre de la coopération internationale : le financement de la nouvelle compagnie aérienne sénégalaise.


Le président de la République, Abdoulaye Wade et son fils Karim
Le président de la République, Abdoulaye Wade et son fils Karim
Le ministre de l’économie et des finances (MEF) Abdoulaye Diop a eu l’outrecuidance de déclarer devant les députés qu’il n’a pas, en raison des difficultés actuelles, de ressources pour la création de la nouvelle entité devant remplacer Air Sénégal International. Suffisant pour que le département de Karim Wade monte sur ses grands chevaux en bocardant la sortie du MEF qui aurait enfoncé des portes ouvertes. Et c’est le porte-parole de Karim Wade et non moins directeur de la communication dudit ministère qui monte au créneau pour descendre diplomatiquement en flammes Abdoulaye Diop. Voici ce qu’affirme Madior Sylla : « Je ne vois pas pourquoi l’Etat devrait prévoir de l’argent pour la création d’une compagnie privée. Car, faut-il le rappeler, la future compagnie sera essentiellement portée par le privé sénégalais et le personnel d’Air Sénégal International à hauteur de 10%. Certes l’Etat sera présent, mais comme lors de la création d’Air Sénégal international, l’Etat ne sera pas présent à travers l’apport d’argent frais, mais sera présent à travers les droits de trafic dont il est le détenteur». On veut bien accorder du crédit à ces belles affirmations, mais ce qui est difficilement compréhensible, c’est l’activisme excessif des autorités dans la mise sur pied de cette société dont les capitaux seront privés. On ne voit nullement l’engagement du secteur privé qui est majeur et vacciné. L’Etat ne devait qu’assister ces promoteurs encore invisibles. Cela nous rappelle la constitution de Dakar-Dem-Dik dont on disait, avec peu de conviction, qu’elle était une société privée mais la réalité têtue a finalement démontré qu’il n’en était rien. Elle est bel et bien dans le giron de l’Etat. Soit.

Curieusement, ce qui nous intéresse dans cette polémique, c’est moins de savoir qui a raison ou qui a tort mais le dispositif en particulier communicationnel du ministre d’Etat Karim Wade. C’est le seul ministre qui a comme le Président de la République un porte-parole, un ex-présentateur du journal télévisé de la Rts et agent de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Madior Sylla est donc un communicant doublé de connaissances économiques et financières qui peut tenir la dragée haute aux détracteurs dans ce domaine.

Soit dit en passant, le département de la coopération internationale dirigé par le financier Karim Wade a pour secrétaire général, Boubacar Camara un ancien directeur général des Douanes, Inspecteur général d’Etat, docteur en droit, consultant et avocat international et comme directeur de cabinet, Abdoulaye Racine Kane, énarque et ancien Directeur de la délégation au management public. Voilà pour la partie économique.

Le volet de la communication politique ne chôme pas également. Il est drivé par un certain Cheikh Diallo, journaliste, doctorant en science politique et essayiste. Un agitateur d’idées et de slogans séduisants. On peut en citer : la génération du concret, en route vers le sommet, en route vers la base… Sa dernière sortie sur la « mort programmée du Pds » entre en droite ligne de cette stratégie de communication ou de marketing politique pour mener son mentor du Point E au Palais de la République. Dans sa tribune publiée par plusieurs journaux de la semaine dernière, il théorise comme il le dit : « la mort assistée de ce parti et la naissance d’un vaste mouvement populaire basé essentiellement sur l’idéal politique et le néo-réalisme de Me Abdoulaye Wade ». Il suggère également de planifier cette mort politique ! L’idée du porte-parole politique de Karim Wade ne souffre d’aucune ambiguïté. Elle coule de source. Couler le Pds moribond pour faire renaître de son cadavre, prévoit-on, un Pdsl avec de nouveaux contours où personne ne pourra brandir l’argument commode de l’ancienneté ou des années de braise. Karim Wade dont l’appétit s’aiguise de jour en jour pourrait en être le principal bénéficiaire. Et il se prépare en conséquence. Le leader de la génération du concret après avoir essuyé une cuisante défaite aux locales du 22 mars change de fusil d’épaule. Contrôler officiellement les rênes du Pds et se faire adouber par les masses. Il ratisse large et se donne une envergure de leader national en rencontrant avec son conseiller Diallo des leaders politiques (Moustapha Niasse, Amath Dansokho, Jean Paul Dias, Khalifa Sall…).

Le dialogue politique initié par Wade et confié au ministre ad hoc Serigne Mbacké Ndiaye entre visiblement dans cette logique de séduction. Il faut opérer un choc de confiance qui marque les esprits au point de lever les suspicions les plus légitimes et tenaces.

Paul Valéry avait raison de soutenir que «la politique, c’est la volonté d’accéder au pouvoir et de s’y maintenir par la contrainte ou l’illusion exercée par les esprits ». Leçon excellemment sue chez nous notamment par les tenants et aspirants à la station suprême. Tout semble tourner autour du chic (image et emballage) et du fric (maniement des finances). Les jolies et controversées centaines de milliards «mobilisées » pour le sommet de l’Oci en sont un exemple. En d’autres termes la com’ (communication) et le kom (économie).

En plus de la chronique «Option citoyenne» que vous propose tous les mardis un imminent journaliste qui a fait les beaux jours d’une très grande rédaction de la place, un autre jeune journaliste dont le talent ne fait plus de doute au Sénégal s’adresse à vous internautes de PressAfrik.com tous les jeudis. Le rédacteur en chef de la radio Océan FM, Samba Dialimpa Badji n’a ni frontière, ni barrière et offre une lecture détachée et professionnelle de l’actualité et des faits majeurs de la société.


Chronique Blog-note: Qui aime bien……
On devrait peut-être se résoudre à accepter le fait qu’on n’en saura jamais, sur la gestion de l’ANOCI, plus que ce qui nous a été dit par ses responsables. C’est-à-dire que «c’est un exemple de transparence dans la gestion des affaires publiques au Sénégal», comme la si bien dit son président Karim Wade. Le fils du chef de l’Etat qui s’est même permis de sortir une boutade à l’image de celle d’Idrissa Seck sur l’extinction du soleil, déclarant : « Aujourd’hui, demain et après-demain, l’ANOCI a été gérée de manière extrêmement transparente » (sic). Personne ne peut donc apporter la preuve du contraire. A moins que le Président de la République, à l’image de l’affaire des Chantiers de Thiès, ne mette en branle tous les moyens d’investigation de l’Etat pour faire toute la lumière sur ce qui s’est réellement passé sur la corniche ouest, entre la Mosquée de la Divinité et le Bloc des Madeleines. Mais, Me Wade qui aime bien son fils, va certainement se garder de lancer une entreprise qui pourrait éventuellement l’amener à le châtier.

Remarquons ici que dans le cadre des Chantiers de Thiès, l’impression qui s’était dégagée, c’est que tout était mis en œuvre pour apporter la preuve des malversations, fausses ou vraies, qui étaient reprochées à Idrissa Seck, alors que pour le sommet de l’OCI, l’effort c’est de montrer que le fils du Président, en bon gestionnaire, a tout fait dans les règles de l’art. Bref, en dévalisant quelque peu le langage des juristes on pourrait dire, en prenant le tribunal de l’opinion à témoin, que dans la première affaire, on a uniquement instruit à charge alors que dans la seconde, on s’est acharné à instruire à décharge. C’est dans ce registre qu’il faut ranger le déplacement inutile – mais nécessaire pour lui – de Karim Wade à l’Assemblée nationale. Pas pour une audition mais pour une « rencontre d’information », comme avait tenu a précisé le rapporteur de la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, le député libéral Amadou DIARRA, qui a ajouté que Karim Wade et Abdoulaye Baldé tenaient à informer les députés sur le bilan de leur gestion. Mais par les échos qui sont sortis de cette sorte d’échange de bons procédés, où le cousin de Karim Wade, le député libéral faisait office de maître de cérémonie, il semble que les parlementaires ne sont pas aujourd’hui plus informés qu’ils ne l’étaient après la réunion-bilan du conseil de surveillance de l’ANOCI.

Ce qu’on ne nous dit pas, c’est : qui a eu l’initiative du passage de Karim Wade à l’Assemblée nationale ? Apparemment c’est lui-même. Et c’est encore lui et ses hommes de confiance qui ont décidé du format de l’entretien avec les députés et sénateurs, faisant même passer la consigne qu’il ne fallait pas poser des questions en Wolof, pour ne pas l’indisposer. Ce qui n’a pas manqué de créer une situation cocasse, pas très éloignée du vaudeville : une députée analphabète s’est évertuée ainsi à s’exprimer dans la langue de Molière, en estropiant au passage, bien entendu, l’auguste auteur du Tartufe. Et puis Karim Wade n’a pas fait qu’informer les parlementaires sur le bilan de l’ANOCI, il a aussi égratigné les Socialistes – et c’est la partie que beaucoup de radio on jugé suffisamment intéressante pour être passée à l’antenne – déclarant que leur sommet de l’Oci de 1991 n’a eu aucun impact sur le Sénégal. Les organisateurs de ce sommet pourront valablement se défendre en rétorquant que c’est dans l’hôtel (Méridien Président) qu’ils ont construit, que Karim et Baldé ont tenu avec « succès » leur sommet à eux.

En outre, ils s’étaient tous les deux engagés à construire des hôtels et des villas présidentielles pour accueillir les hôtes du sommet. Et c’est seulement un an après la rencontre de Dakar que le premier hôtel censé hébergé les délégations a été inauguré. Quant aux villas présidentielles, le site qui était réservé à leur construction est aujourd’hui au cœur d’un scandale foncier. Même pour ce qui est des infrastructures routières, allez demander à ceux qui passent tous les jours par la Corniche, par le CICES ou sur le pont de l’Avenue Cheikh Anta Diop, ils vous diront si ces chantiers ont amélioré la mobilité urbaine. On ignore quel est l’impact du sommet de l’OCI de 2008 sur l’économie sénégalaise, mais on a tout de même noté une coïncidence entre la fin dudit sommet et le début des tensions de trésorerie de l’Etat.

Le passage bien orchestré de Karim Wade et Abdoulaye Baldé à l’Assemblée nationale, fruit d’une véritable mise en scène théâtrale ne fait donc qu’épaissir l’écran de fumée qui entoure leur gestion de l’ANOCI, accroitre la soif de vérité d’une opinion qui ressent la désagréable impression qu’on veut lui cacher quelque chose. C’était en tout cas le sentiment des nombreux journalistes venus à la Place Soweto ce jour, avec l’espoir que Karim Wade allait enfin se livrer pour la première fois à un jeu de questions-réponses. Malheureusement, le fils du Président qui s’est contenté d’une simple déclaration s’est éclipsé dès que la première question lui a été adressée.

Le problème avec Karim Wade, c’est que ses cornacs se croient être des génies de la communication, parce qu’il leur suffit d’un sms pour voir leur champion à la une de plusieurs journaux le lendemain. Et comptant ainsi le nombre d’articles à lui consacré, ils se convainquent de sa popularité et de leur compétence en matière de communication politique. Publicité politique devrait-on dire, parce qu’en fait c’est un produit qu’ils essaient de vendre aux Sénégalais. On croyait que sa campagne électorale catastrophique lors des élections locales allait leur servir de leçon. Apparemment non. Ils continuent de croire en leur bonne étoile et restent convaincus que Karim Wade ne sera présidentiable qu’en influençant l’agenda de la presse. Seulement, ils ignorent que les médias c’est comme le soleil, à faible dose cela fait du bien, à dose exagérée, on risque de s’y brûler. Comme un certain Icare.

Le représentant du FMI au Sénégal, Alex Ségura
Le représentant du FMI au Sénégal, Alex Ségura
La question peut paraître déplacée. Mais au regard de l’interventionnisme débordant voire l’activisme remarquable du Représentant du Fmi au Sénégal, il est légitime de s’interroger sur l’étendue des pouvoirs pour ne pas dire la toute-puissance de M. Alex Segura dans la conduite de nos affaires économiques et sociales. Les non-initiés à la chose financière se demanderont, eux, s’il n’est pas le véritable ministre des finances en lieu et place de celui-là officiel qui siège au bâtiment Peytavin et faisant l’objet d’assauts d’un super ministre d’Etat. Ségura ne définirait-il pas tout simplement la politique économique du Sénégal ?!

C’est lui qui donne, certainement en tant que maître, les bons ou mauvais points au bon ou mauvais élève. Segura félicite ou réprimande avec aplomb son potache, selon sa conduite appréciée ou non du moment. Il commente à bout de champ quasiment toutes les actualités. Pour un diplomate, il est bien spécial. La métaphore du maître et de l’élève est loin d’être caricaturale. Il a même, selon l’opinion publique, accroché à son tableau de chasse la « tête de l’ancien ministre du buget, Ibrahima Sarr à l’antipode de sa doxa économique et financière.

On pourrait pousser le bouchon plus loin et même qualifier le rôle du Fmi dans nos pays de répressif. Le mis en cause en est bien conscient. Lui qui a essayé de rejeter d’un revers de la main dans le quotidien Walfadjri de ce lundi le boubou trop ample qu’il porte au Sénégal : « Ni Alex Segura, ni le Fmi que je représente ici, ne sont au Sénégal pour jouer un rôle de gendarme et intervenir dans toutes les affaires économiques de l’Etat ». Peut mieux faire comme argument.

Que l’on nous comprenne bien, il n’est nullement ici question d’exonérer l’Etat du Sénégal de ses obligations de bonne gouvernance ou de cautionner ses errements budgétaires. Loin s’en faut. Mais la souveraineté, si elle a encore un sens, voudrait que cet Etat en réponde préalablement devant les instances nationales habilitées.

N’avons-nous pas des instruments de contrôle ? A quoi servent l’Assemblée nationale, la Cour des comptes, l’Inspection générale de l’Etat, ou encore l’Inspection générale des finances ? Pas pour le décor, quand même !

Hélas que voulons-nous ? Un adage local bien de chez nous dit en substance que « le cordonnier noue la commande à la tête du client ». Les égards ne se décrètent pas. Ils s’acquièrent pour ne pas dire qu’ils s’arrachent.

Le Fmi dont l’évocation du nom et celui de sa jumelle, la Banque mondiale, rappelle à notre prime jeunesse les sombres moments d’ajustement structurel des années 80 devrait logiquement faire profil bas. Ses potions magiques ont rendu exsangues nombre de pays pompeusement dénommés en voie de développement.

Aujourd’hui le Fmi se drape d’oripeaux plus sociaux pour rendre plus reluisante son image écornée par les années de disette économique. Il aurait une approche plus humaine avec la dimension sociale de ses programmes. Récemment nous avons entendu Segura se désoler de la situation lamentable dans laquelle se trouvent plusieurs des hôpitaux sénégalais. Quoi de plus normal que ce cri du cœur s’il n’avait pas les airs d’un diktat ? Nous aurions aimé l’entendre d’abord de la bouche des personnes dont la responsabilité est de permettre aux structures sanitaires d’exercer dans de bonnes conditions.

Nous aurions également souhaité voir le Fmi aller jusqu’au bout de sa nouvelle logique sociale en recommandant au gouvernement de ne pas lever les subventions sur les denrées de grande consommation. C’est tout le contraire !

Nous aurions également voulu que le gendarme financier dise que le Sénat est budgétivore, de même que le Conseil économique et social en vue, l’Assemblée nationale pléthorique et peu représentative, les voyages incessants et les agences. Malheureusement, on allait l’oublier, ce sont des dépenses de souveraineté. La souveraineté comme l’indignation sait bien être sélective. Nous voyons d’ici l’accusation qui fuse : vous voulez brûler les pompiers du Fmi qui tentent d’éteindre le feu allumé par des pyromanes !

Ah ! La vie est belle, il est permis de changer de métier en passant par exemple de manipulateur d’allumettes à professionnel aguerri de l’extincteur. Faites vite la crise financière mondiale attend encore vos salutaires jets d’eau. Fermez le ban !

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