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Chronique

Le dossier de l’Anoci (Agence Nationale pour l’Organisation de la Conférence islamique) géré par Karim Wade ressemble à s’y méprendre à un serpent de mer. Il occupe de manière répétée le devant de l’actualité depuis 2004. Controverse et passion caractérisent son évocation. Le dernier épisode de ce feuilleton porte la signature du journaliste-écrivain Abdou Latif Coulibaly connu pour son opiniâtreté. L’auteur du brûlot « Contes et mécomptes de l’Anoci », comme à l’accoutumée, dresse un tableau sombre des comptes de ce projet du régime d’Abdoulaye Wade. Ses contradicteurs parlent de règlement de comptes et d’acharnement sur la famille du Président de la République. L’essayiste pointe, lui, des malversations financières, des détournements de fonds publics, des surfacturations et des mensonges.


Karim Wade, gestionnaire de l'Anoci
Karim Wade, gestionnaire de l'Anoci
Ces quelques morceaux rapportés par la presse donnent le tournis. Selon Abdou Latif Coulibaly, « 750 millions sont dépensés rien que l’aménagement des locaux de l’Anoci, soit l’équivalent de la construction d’un immeuble à 10 étages’’.
(…) Dans cette somme, il y a 687 millions pour le bureau du président de l’Anoci Karim Wade ; 26 millions pour le cloisonnement du bureau de son garde du corps, 10 millions pour une lampe qui trône au dessus de sa tête, 9 millions pour un appareil photo » !
D’après toujours le pamphlétaire, « contrairement à l’idée répandue par les tenants du pouvoir tendant à faire croire que les travaux de l’Anoci n’ont coûté aucun franc aux contribuables sénégalais, l’Anoci a intégralement coûté au Sénégal, déduite la somme de 26 milliards pour la rénovation du Méridien Président ».
Ce qui semble choquer le plus M. Coulibaly, c’est le détournement de destination vers l’Anoci de financements pour des infrastructures prévues initialement pour des régions de l’intérieur. C’est donc un véritable pavé dans la mare du ci-devant président de l’Anoci et actuel très puissant ministre d’Etat. Karim Wade, on se le rappelle, s’était montré « extrêmement » satisfait devant « son » Conseil de surveillance et devant les députés de l’Assemblée nationale.
Si le réquisitoire de Coulibaly fait déjà fureur, c’est notamment en raison de la réputation d’enquêteur et de journaliste d’investigation qu’il traîne mais aussi du fait des sommes colossales que draine la gestion de l’Anoci. Ces deux facteurs viennent ainsi rencontrer une profonde soif de savoir comment ont été utilisées les ressources du contribuable sénégalais lors de ce sommet de l’OCI qui a duré deux jours (13-14 mars 2008).
Cette instruction à charge de Latif et l’autre instruction à décharge du Conseil de surveillance dirigée par Karim, pour utiles qu’elles soient ne peuvent totalement étancher la soif de vérité des citoyens sénégalais. L’auteur de la nouvelle parution ne semble pas s’être trompé quand il déclare que le livre n’a fait que la moitié du travail. Il est donc urgent de confier le reste du travail à un organe indépendant pour le contrôle a posteriori des comptes et travaux de l’Anoci. L’idéal serait qu’il soit un cabinet d’audit international pour lever tout soupçon de pression ou de subordination.
A défaut, la Cour des Comptes, connu pour sa rigueur mais aussi pour ses moyens matériels et humains limités, pourrait faire l’affaire. Elle a encore le mérite de bénéficier encore de la confiance de nombreux Sénégalais contrairement à l’Inspection générale d’Etat (IGE), corps d’élite de l’Administration mais qui dépend directement de la Présidence, notamment de son secrétaire général, Abdoulaye Baldé qui était le directeur exécutif de l’Anoci. Il ne peut donc être juge et partie. Egalement le traitement du dossier des Chantiers de Thiès par l’IGE laisse encore une forte odeur nauséeuse dissipée avec peine par la Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice.
Pour couper court à cette lancinante polémique, il est plus que salutaire de tirer rigoureusement au clair le financement et les travaux de l’Anoci. Cette lanterne ne peut être éclairée que par une instance suffisamment autonome et outillée. Les sempiternels appels au débat ou face-à-face peuvent orner la galerie des médias et de l’opinion publique mais ils ne règleront pas fondamentalement la question. Et bonjour le flagrant délire continu !

Abdoulaye SYLLA
syllaye@gmail.com

Le président de l'IAAF, Lamine Diack
Le président de l'IAAF, Lamine Diack
Le président de la Fédération internationale d’athlétisme est devenu la nouvelle coqueluche de la presse. Les journalistes épient ses moindres déclarations qui sont aussitôt reprises dans leurs organes. La dernière interview que Lamine Diack a accordée à la chaîne de télévision 2sTv a ainsi fait l’effet d’un buzz, puisqu’ayant fait les choux gras de toute la presse sénégalaise le lendemain. Dans l’entretien, le président de l’Iaaf a abordé beaucoup de sujet, dont le sport naturellement puisque c’est son élément. Pourtant ce n’est pas ce qui a le plus intéressé les journalistes, qui ont plutôt porté leur choix sur d’autres déclarations de Lamine Diack qui avaient plus de relents politiques.

Il faut nous comprendre nous les journalistes, nous raffolons des déclarations fortes et des phrases chocs. Et c’est le cas de le dire, il a mis les pieds dans le plat, Lamine Diack, et jeté un gros pavé dans la marre d’Abdoulaye Wade. Par exemple sur la volonté prêtée au chef de l’Etat de se faire succéder par son fils Karim Wade, Lamine Diack dit ceci : « C’est une plaisanterie que de penser à la dévolution monarchique du pouvoir. Cela ne passera pas. Nous avons un régime présidentiel avec un président qui fait ce qu’il veut mais, la royauté c’est fini ! » Il y a un peu plus d’un an, celui qui fut maire de Dakar tenait exactement les mêmes propos, soulignant que jamais les gens de sa génération (presque la même que Me Wade) n’accepteront une telle forfaiture.

Cela sonne comme une révolte. Une révolte de gens, dont la plupart sont à la retraite ou en ont l’âge et qui depuis 2000 préféraient une posture de spectateurs à celle d’acteur de la vie sociopolitique. Ils étaient en tout très en retrait de la vie active sénégalaise. Et voilà que tout d’un coup, ils montent de plus en plus au créneau pour donner leur opinion sur la marche du pays, et n’hésite pas à occuper donc le devant de la scène médiatique. C’est le cas d’Amadou Makhtar Mbow, qui est sorti d’une longue réserve pour aller présider les Assises nationales. Ce qui lui vaut aujourd’hui un procès d’intention injuste et de basses attaques qu’il ne mérite pas, vu ce qu’il continue de représenter dans ce pays. En tout cas, cette révolte des vieux, toute passionnante qu’elle est, intrigue. D’autant qu’il vient de gens qu’ont croyaient à la retraite ou tout au moins en retrait de la vie politique active. Pourquoi subitement se rappeler au bon souvenir des Sénégalais, en prenant de plus en plus position pour dénoncer ce qui apparait à leurs yeux, et à ceux de beaucoup de Sénégalais, comme des dérives du pouvoir.

Leur montée au front, et particulièrement celle de Lamine Diack, parce que c’est lui qui est le plus en vue ces derniers temps, ne peuvent pas être gratuites et ne doivent pas être prises à la légère. Ces « vieux » ne sont pas n’importe qui. Ils ont occupé de très hautes fonctions dans ce pays. Ce qui les rend d’ailleurs comptables du bilan des 40 ans de gestion du régime socialiste, mais ne les disqualifie pas non plus pour parler de la marche du pays et dénoncer ce qu’ils croient être des erreurs, fautes ou échecs. Mais pourquoi, depuis 2000, c’est seulement maintenant qu’ils sortent de leur réserve ?

Considèrent-ils que le pays soit arrivé à un point de rupture, un point de non retour ? Au point que se taire serait coupable. On peut donc considérer que ces anciens ont décidé de réagir et d’agir pour éviter que le pays ne connaisse le même destin tragique que certains de nos voisins de la sous-région. Ils auraient forcé quelque chose à se reprocher pour n’avoir rien fait et rien dit. Et à y regarder de plus près, ils sont peut-être les seuls à pouvoir arrêter Me Wade ou en tout cas à se faire écouter de lui. Ils sont tous de sa génération, beaucoup d’entre eux n’attendent absolument rien de lui en terme d’avantages matériels ou de strapontins, ils sont au moins aussi diplômés que lui et certains occupent encore (ou ont déjà occupé) de hautes fonctions dans les plus grandes instances internationales et leur promotion ne dépend pas de lui. Et Wade éprouverait, peut-être quelque gène à les persécuter. Ce qui fait d’eux les personnes les mieux placées pour pouvoir dire, sans réserve, certaines choses au chef de l’Etat.
L’autre hypothèse qui peut être utilisée pour expliquer cette révolte des vieux par du constat qu’ils sont presque tous d’anciens caciques du parti socialiste, ces vieux qui se révoltent et qu’ils viennent prêter main forte à leurs jeunes frères dans l’opposition, qui tiennent difficilement tête à Abdoulaye Wade.

C’est sans nul doute ce raccourci dans l’analyse qui est privilégié par des libéraux, comme le Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye, le ministre de la jeunesse et des sports Mamadou Lamine Keïta et tout récemment le ministre de l’Habitat Oumar Sarr, qui ont pris leur plume et élevé la voix pour s’en prendre à Amadou Makhtar Mbow, de manière peu honorable pour eux, pour avoir accepté de présider les Assises nationales. Les Assises d’ailleurs, qui selon le chef du gouvernement ne sont que les retrouvailles d’anciens socialistes éclatés dans plusieurs partis politiques de l’opposition. Tout laisse donc croire que ces vieux n’inspirent pas confiance aux tenants du pouvoir actuel. Ils leur inspirent peut-être de la peur. Abdou Diouf ayant perdu la présidentielle 2000 grâce à une mobilisation exceptionnelle de la jeunesse, ils se disent certainement que leur pouvoir pourrait chanceler avec ces vieux qui sonnent la révolte.

Et puis ce constat anodin à première et qui pourtant intrigue : on a beau y regarder de près, on ne voit pas dans l’entourage du Président de la République quelqu’un de la même génération que lui. Aussi bien l’Assemblée nationale, le Sénat que le Conseil économique et social, plus récemment, sont dirigés par des hommes qui peuvent être ses enfants. Idem pour ses ministres et ses conseillers. Son parti, n’en parlons pas. Alors qui pour le regarder dans les yeux et lui dire certaines vérités ?
Samba Dialimpa BADJI
Rédacteur en Chef
Océan FM
www.oceanfm.sn

Chronique: Wade en 2012, la candidature de trop
Le défunt Président Senghor avait une belle formule, en wolof, pour parler de son expérience au sommet de l’Etat : « il ne faut pas racler l’écuelle du pouvoir ». En d’autres termes, un chef d’Etat doit savoir partir à temps.

Ce bon mot de Senghor garde toute son actualité à l’heure où on agite et annonce à dose homéopathique l’idée de la candidature de Me Abdoulaye Wade à la prochaine élection présidentielle. Des comités d’initiative et courants appelés 2012 se mettent en place pour pousser le Chef de l’Etat à se porter candidat à sa propre succession. La dernière sortie du porte-parole du Pds, Babacar Gaye corrobore cette volonté qui semble avoir atteint le stade de forte probabilité. L’ex-directeur de cabinet politique de la présidence déclare dans les colonnes du journal Le Populaire de ce samedi : « Wade est un point de convergence, je ne vois pas pourquoi sa candidature en 2012 pourrait gêner ».

Si cette candidature est confirmée, elle devrait objectivement gêner. En 2012, le Président Wade aura 86 ans et 93 à la fin de son mandat, s’il venait à être réélu. Dans les annales de l’histoire des pays démocratiques, nous n’avons pas encore vu un président-candidat âgé de 86 ans. Cela serait d’autant plus malvenu qu’il dirigerait, après deux mandats, un pays où l’écrasante majorité de la population est constituée de jeunes de moins de 35 ans. Quel décalage générationnel! A moins que l’actuel chef de l’Etat veuille égaler les durées de Senghor et de Diouf au pouvoir : environ vingt ans. A ce propos, l’augmentation de la durée du mandat présidentiel ramené à 7 ans a laissé planer de fortes suspicions sur les intentions prêtées au locataire du Palais Léopold Senghor de briguer de nouveau les suffrages .

Mais les risques d’un revers sont réels. Les doctes leçons de Senghor ne semblent pas être suffisamment retenues. Le Président-poète, mu d’un flair visionnaire, avait vu venir en léguant, certes de manière contestable, le pouvoir afin de négocier une sortie en douceur. La montée en puissance de l’opposant de « contribution » Wade aux élections de 1978 lui révélait les signes annonciateurs de la fin de son magistère en raison de l’usure pouvoir.

Son successeur n’a pas voulu suivre ses enseignements en voulant rester aux commandes publiques après presque deux décennies. Il est resté sourd aux coups de semonce des élections de 1996 et 1998 où l’opposition avait gagné du terrain malgré les manœuvres du régime socialiste. En 2000, il a été battu à la régulière.

L’histoire est en train de se répéter ou, du moins, de bégayer avec les dernières élections locales où la coalition Benno Siggil Sénégal a remporté quasiment toutes les grandes villes imposant une cohabitation à la sénégalaise à la majorité présidentielle et parlementaire. Cela vaut comme avertissement au pouvoir devant une opposition requinquée et ayant repris du poil de la bête. Elle se dit que c’est maintenant possible de faire mordre la poussière aux adversaires d’en face confrontés à une conjoncture économique et sociale difficile.

En définitive, le Président Wade jouerait gros s’il se lance dans la course à un nouveau mandat. Les nombreux jeunes électeurs qui voteront, pour l’essentiel, seront peu sensibles à l’argument éculé des « 40 ans du PS au pouvoir ». Ce parti aura eu le temps de purger sa peine au purgatoire de l’opposition et de se débarrasser de ses tares pour apparaître sous un meilleur jour. Plus globalement, l’opposition consciente que dispersée elle diminue ses chances, se regroupe. Elle met en gestation la dynamique d’une nouvelle coalition à l’image de la CA 2000, même si elle butte encore sur l’écueil du leadership. Mais la contradiction principale de la conquête du pouvoir pourrait prendre le dessus sur cette contradiction secondaire de la candidature unique. Ce qui place Abdoulaye Wade, qui souhaite «cinquante de pouvoir» au PDS presque à l’image du PS, dans l’urgence de se pencher rigoureusement sur ce tournant décisif. Continuer de dire que Wade est le seul point de convergence et donc le seul candidat crédible est une solution de faciliter qui est désuète.

Le choc frontal des ambitions au sein de la famille libérale ne vient pas pour arranger les choses dans le camp du pouvoir. L’autoproclamé actionnaire majoritaire du Pds Idrissa Seck et le leader de la génération dite du concret Karim Wade ainsi que les autres encagoulés aux ambitions encore tues se mènent déjà une bataille fratricide qui risque de dégénérer à l’approche de ces échéances électorales. Il est évident que le Chef de l’Etat ne peut pas encore officialiser sa non-candidature pour ne pas créer un remue-ménage ingérable. Mais d’ores et déjà, force est de constater que le génie politique du mathématicien Wade est devant une équation existentielle à plusieurs inconnues que ne résoudront pas les combinaisons et autres astuces dépassées souvent expérimentées. Y aller ou ne pas y aller mais avec qui ? That’s the question !
Abdoulaye SYLLA
syllaye@gmail.com

Chronique: Arnaque monumentale
Malgré toute la polémique qu’il y a autour, on peut tout de même se donner bonne conscience et se résoudre à reconnaître quelques bons côtés au Monument de la renaissance africaine. Grâce à la mamelle qui la porte, la statue de Me Wade est censée être plus haute que la Tour Eiffel qui fait la fierté de Paris et la Statue de la Liberté, sans laquelle New York ne serait plus la même. Si c’est le cas, il y a bien là de quoi être fier puisque désormais, dès qu’on parlera de Dakar, on pensera aussitôt au Monument de la renaissance africaine. Les touristes vont donc se précipités par millions à Dakar, remplir les hôtels, rien que pour contempler l’œuvre colossale de l’immense artiste Abdoulaye Wade. Il ne restera qu’à se baisser au bas du monument pour ramasser les retombées financières de la statue de la renaissance africaine. Me Wade l’a si bien compris qu’il a décidé de s’adjuger les 35 % de cette manne financière attendue au titre de la propriété intellectuelle. On ne peut honnêtement pas le lui reprocher. Personne ne peut empêcher à un créateur de vouloir jouir du fruit de son œuvre. Ce sont finalement les artistes sénégalais qui vont tirés le plus grand bénéfice de cette affaire. En voyant la facilité avec laquelle Wade va profiter du fruit de son œuvre, on pense logiquement que les créateurs n’auront plus de souci à se faire pour leurs droits d’auteur. Rien n’est moins sûr, puisqu’ils attendent encore l’application de la fameuse loi sur les droits d’auteur et droits voisins votée à l’Assemblée nationale depuis près de deux ans.

Mais franchement, qu’est ce que les Sénégalais ont à faire de tout cela ? Et puis d’ailleurs comment leur faire comprendre que ce tas de bronze élevé sur une colline a coûté la bagatelle de 12 milliards de francs Cfa. On comprend qu’il y ait des gens qui s’indignent de voir autant d’argent englouti pour la construction d’une simple statue. Même si c’est pour prouver au monde qu’on est un panafricaniste convaincu. C’est un luxe qu’un pays comme le Sénégal ne peut se permettre par les temps qui courent. Normal donc que ce machin grotesque finisse par devenir le monument de la discorde. Et au fur et à mesure que la statue « conçue » par Me Wade prend de la hauteur, la polémique enfle, et on en apprend un peu plus sur l’opération montée pour financer sa construction. On ne peut s’empêcher de l’assimiler à une escroquerie. Une arnaque aussi gigantesque que le monument dont elle a permis la réalisation. Encore qu’il a fallu tirer les vers du nez aux principaux protagonistes. C’est quand même un journal et un député qui ont découvert le pot aux roses avant que les personnes impliquées daignent avouer au grand jour que l’opération n’avait rien d’illégal. C’est encore un organe de presse qui a révélé que Me Wade avait enregistré à son nom la statue de la liberté. Mais le clou, c’est quand l’artiste Wade révèle qu’il va s’octroyer 35% des retombées financières espérées du monument, pour financer les cases des tous petits, à travers sa fondation à créer. Fondation qui sera présidée par son fils. Avouons-le, c’est très malin. Imposer aux Sénégalais un monument qu’ils n’ont pas demandé, prendre leur argent pour sa réalisation et faire main basse sur les 35% des recettes. Il faut le faire et Wade l’a fait. Et pour entourer toute cette opération d’un semblant de légalité, Wade annonce qu’il va signer un contrat avec l’Etat. Mais quand c’est la même personne qui crée l’œuvre et se la commande à elle-même cela s’appelle du conflit d’intérêt. Espérons seulement qu’il ne poussera pas l’ironie jusqu’à apposer sa signature pour les deux parties contractantes : comme chef de l’Etat et comme artiste. Un contrat entre l’Etat et la personne qui l’incarne. On est là en face d’un imbroglio juridique qui donne matière à réflexion aux spécialistes du droit qui pourront en faire une étude de cas pour leurs étudiants dans les travaux dirigés.

En tout cas, une des choses qu’on retiendra au moins de Wade, à son départ du pouvoir, c’est qu’il aura construit en deux mandats plus de statues que les socialistes en 40 ans (Ce que j’avais appelé dans une chronique précédente des empreintes indélébiles). Sa première fierté, dès son arrivée au pouvoir en 2000, c’était la Place du Millénaire, mais les « très belles » réalisations de son fils sur la corniche lui ont ravi la vedette. Alors, il lui fallait une autre œuvre qui marque plus les esprits. Rien de mieux qu’une statue surélevée sur une colline et visible à plusieurs kilomètres à la ronde. Œuvre unique au Sénégal mais très familière dans les pays où le culte de la personnalité est très ancré dans les moeurs. Ce n’est certainement pas un hasard si ce sont des nord-coréens, spécialistes en monument-idole, qui ont été choisis pour sa construction. En Corée du nord aussi, un président prépare son fils à lui succéder. Seulement chez lui, c’est la règle, et donc il ne s’en cache pas. Ce n’est peut-être qu’une simple coïncidence.

C’était trop beau pour être vrai. Le dernier appel au dialogue lancé par le Chef de l’Etat à l’opposition dégageait une sorte de « curiosité » qui suscitait de la suspicion légitime. Beaucoup avaient raison d’émettre sur la fréquence « Scepticisme » ou « Incrédulité » attendant de voir.


Chronique: Chassez le naturel, il revient au galop
La lettre incendiaire de Me Abdoulaye Wade envoyée à ses contradicteurs de Benno Sigil Sénégal (BSS) est venue dissiper le mince espoir à propos de ce fameux dialogue. Cela confirme à tout point de vue la logique permanente de conflit qui jalonne et caractérise l’activité politique au Sénégal. On se le rappelle, le Président de la République avait taxé son opposition de manque de courage. Elle qui passait son temps à réclamer, sans conviction, son départ du Palais dans le moelleux salon d’Amath Dansokho. Il a fallu donc que cette opposition fixe des préalables ou fasse des propositions d’ordre du jour, c’est selon, pour que le « maître du jeu » monte sur ses grands chevaux pour descendre en flammes ses « impertinents » contempteurs. L’artillerie est pour le moins lourde et disproportionnée et les munitions pétaradantes. Dans le viseur, cela donne : détournements, actes de prévarication, assassinats, sacrifices humains, trafic de drogue et autres vilénies imputées au défunt régime socialiste.

Il y a là manifestement un problème et moult questions qui confondent l’accusateur. La coalition BSS est-elle rigoureusement assimilable au Parti socialiste ? Assurément non. Talla Sylla, Imam Mbaye Niang, Me Ndèye Fatou Touré ou Madièye Mbodj, tous membres de cette coalition, ont-ils une responsabilité quelconque dans ces faits avérés ou supposés ? Encore non ! Contrairement au Président Wade qui a été socialiste jusqu’en 1972, date de sa démission du parti de Senghor. N’a-t-il pas également pris part à la gouvernance socialiste en 1991 et 1995 en tant que ministre d’Etat sans portefeuille ? Bien sûr que oui.

Mieux, aujourd’hui qu’il est « l’homme fort du Sénégal », et son premier magistrat, qu’est-ce qui l’empêche, bon sang, d’y mettre la lumière pour faire sortir ces cafards des placards de la République, sans demander une quelconque autorisation ? Faute de quoi, sa responsabilité serait engagée au même titre que la supposée culpabilité des mis en cause. Au banc des accusés, figureraient l’ex-président de la République Abdou Diouf avec qui, il échange régulièrement de bons procédés diplomatiques et Ousmane Tanor Dieng que Wade qualifiait naguère de grand républicain.

Aujourd’hui, tout cela semble remis en cause et corrobore l’adage africain selon lequel, « le séjour d’un tronc d’arbre dans un marigot ne le transformera jamais en crocodile », dût-il lui ressembler. La classe politique sénégalaise renoue avec ses vieux démons de la guerre partisane aux antipodes des vrais et nombreux ennemis qui nécessitent toutes les énergies. Ils ont pour noms : inondations, pauvreté, chômage chronique, grèves de la faim, gaspillage en haut lieu et tutti quanti.

Nous ne pensions pas si bien dire en affirmant, il y a une semaine, que le risque était grand, pour la période qui nous sépare de la présidentielle, l’appétit aidant, de voir la classe politique transformer notre pays en un vaste champ de batailles. Tous les ingrédients de ce cocktail explosif sont réunis. Espérons seulement que le Cardinal Théodore Adrien Sarr qui a solennellement convié la classe politique à ce nécessaire et sincère dialogue n’a pas prêché dans le désert. Sinon ce serait, sans vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, souhaiter la bienvenue au chaos.

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