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Embargo de la CEDEAO sur le Mali: un économiste sénégalais prédit des conséquences désastreuses dans la sous-région



Le coup d’Etat perpétré au Mali par une partie de l’Armée et ayant poussé le président malien Ibrahim Boubacar Keita à la démission, a fait réagir les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). L’organisation regroupant tous les pays de la sous-région a mis le pays sous embargo et a prononcé des sanctions économiques contre le pays, dirigé par désormais les militaires putschistes.

Ces mesures de sanctions notamment commerciales et économiques seront certes dévastatrices pour le Mali, mais ne vont pas épargner les autres pays. Surtout le Sénégal dont le Mali est la principale destination de ses exportation s, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd). « La part des produits acheminés vers le Mali, principale destination des exportations du Sénégal dans l’Uemoa, est passée de 48,0% à 45,7% en juin, soit une perte de part de 2,3 points de pourcentage. Le ciment reste le principal produit exporté vers le Mali avec une part évaluée à 28,6% en juin 2020 contre 29,1% le mois précédent », a révélé l’Ansd, dans un rapport.

Analysant pour PressAfrik les conséquences de ces mesures prises par la CEDEAO, l’économiste sénégalais, Elhadji Mounirou Ndiaye, a d’abord exprimé ses regrets par rapport à la situation du Mali, déplorant le manque d’anticipations et de prévisions. A l’en croire, la situation, qui n’est pas la faute du peuple malien, pourrait avoir des conséquences désastreuses sur le Mali. Le Sénégal ne sera pas épargné, mais peut s'en sortir.

« Il faut d’abord exprimer des regrets par rapport à la situation qu’on pourrait anticiper, parce que le mal au niveau des pays de l’Uemoa et de la Cedeao est que il n’y a pas d’anticipations et de prévisions, alors que gouverner, c’est prévoir. La situation au Mali nécessitait auparavant des analyses et des scénarii qui prédéterminaient les attitudes à pendre. Malheureusement, on y va toujours à l’improviste et on attend que la situation (s’empire) pour prendre des décisions », a-t-il déploré d’entrée.

L’économiste sénégalais ne cautionne pas ces décisions prises par la CEDEAO, expliquant que le Mali fait 20% des exportations sénégalaises. Et dans ce contexte de covid19, a-t-il poursuivi, il y avait déjà des restrictions sur le plan commercial, des arrêts de productions, d’acheminements et d’approvisionnent.
 la CEDEAO se fragilise en prenant de mesures pareilles

Si aujourd’hui, selon M. Ndiaye, on y ajoute un embargo, on peut imaginer que la situation pourrait être désastreuse pour le Mali, alors que ce n’est pas la faute au peuple malien. Ce dernier s’est levé longtemps pour dire que « la manière dont le gouvernement fonctionne sur le plan de la gouvernance économique et politique ne lui plaît pas. Le peuple a montré que la manière dont le conflit, l’instabilité et les relations avec les jihadistes, est gérée ne lui plait pas. Il faut donc savoir que le peuple malien a pris les devants », a rappelé l’économiste.

Elhadji Mounirou Ndiaye a estimé que la CEDEAO s’auto-flagelle et se fragilise en prenant de mesures pareilles. Il aurait souhaité qu’il y ait cette propension d’anticipation et de prévision pour ne pas venir à l’improviste et finir de prendre des mesures d’embargo.
L’embargo peut être désastreux pour le peuple et l'économie malienne

Interrogé sur les conséquences des mesures, M. Ndiaye a soutenu que cet embargo peut être désastreux pour le peuple et l'économie malienne. « Parce que le Mali est un pays enclavé qui n'a pas d'ouverture à la mer. Et il compte sur les ports de Dakar, Abidjan et Cotonou. Si ces pays suivent cet embargo, ça peut être très négatif pour l'économie malienne et pour le peuple malien en général », a-t-il regretté.

Dans son argumentaire, il a fait savoir que le Mali n'est pas un pays économiquement bien loti. C'est un pays qui vote des budgets de 2.600 ou 2.700 milliards FCFA pour une population qui dépasse les 20 millions. Alors qu'au Sénégal nous votons des budgets de 4.000 milliards FCFA pour une population de 16 millions. « Vous voyez donc que le gouvernement malien est un peu coincé sur le plan des finances publiques. Qui dit finances publiques dit création des richesses. Donc c'est l'économie malienne qui est faible en général. Il ne faut pas en rajouter... », a défendu l’économiste.

A l’en croire, il faudrait quelques jours ou quelques mois d'observation pour voir les dégâts et si cette logique d'embargo est suivie, dans quelques semaines, des signes de désastre seront (visibles).
Le Sénégal a beaucoup plus de possibilités pour s'en sortir

Ces conséquences ne se feront pas sentir sur le Mali uniquement. Même si elles sont minimes, le Sénégal connaitra aussi quelques difficultés, mais il a beaucoup plus de possibilités pour s'en sortir que le Mali.

« Nous sommes dans le cadre des échanges. Je te vends et tu me donnes de l'argent. Tu as besoin de ce que je te vends et j'ai besoin de l'argent que tu me donnes. C'est ça les échanges commerciaux. Ça va être difficile pour le Sénégal sur le plan du commerce international, mais beaucoup plus difficile pour les Maliens. Le Mali importe beaucoup de produits. Certains sont des produits de consommation finale et d'autres de consommation intermédiaire ou des facteurs de production... Le Sénégal a beaucoup plus de possibilités pour s'en sortir que le Mali », a-t-il conclu.

Conscient des conséquences des décisions prises par la CEDEAO sur le peuple malien, le président Macky Sall a appelé ses homologues ce jeudi, lors d’une réunion par visioconférence « à réapprécier les sanctions annoncées, pour tenir compte des impératifs humanitaires. Les denrées de première nécessité, les produits pharmaceutiques et pétroliers ne seront pas concernés par l’embargo ».

Les chefs d’Etat de la Cedeao ont finalement maintenu l’embargo. Mais cela ne concernera pas les produits pharmaceutiques, l’électricité et le carburant.

Salif SAKHANOKHO

Jeudi 20 Août 2020 - 16:15


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