3 ans après, 195 lycéennes encore aux mains de Boko Haram

C'est intolérable de savoir des jeunes filles violées, mises en esclavage ou envoyées se faire exploser.


3 ans après, 195 lycéennes encore aux mains de Boko Haram
Souvenons-nous, il y a trois ans les célébrités se bousculaient pour afficher leur soutien aux lycéennes de Chibok enlevées par Boko Haram.
 
Bring Back our Girls tout juste né était furieusement IN.
 
L'enlèvement le 14 avril 2014 des lycéennes revenues, malgré les menaces de Boko Haram, passer leurs examens à Chibok , dans le Nord Est du Nigeria, fut de loin le plus médiatisé.
 
Ce ne fut pourtant ni le premier ni le dernier enlèvement massif perpétré au Nigeria par les terroristes islamistes de Boko Haram.
 
Les membres de ces énergiques partisans de la Charia la plus dure, ralliés à l'Etat Islamique, sont particulièrement sanguinaires.
 
Pour eux l'éducation, dangereusement émancipatrice, doit être combattue par tous les moyens.
 
Le bilan de leurs exactions est effroyable: les victimes se comptent par milliers, les déplacés par millions.
 
Le Nigeria n'a pas l'exclusivité de ce triste record qui déborde dans les pays frontaliers.
 
Et surtout c'est le monde qui est mis à feu et à feu et à sang par d'autres islamistes, France comprise. Depuis Charlie, nous vivons au rythme d'un "Je suis..." voyageur, des fleurs, des bougies et de la peur.
 
Pourquoi dans un pareil contexte, si mal pris en compte par une affligeante campagne électorale, nous soucier des 195 lycéennes de Chibok toujours portées disparues?
 
Parce que, si Boko Haram est affaibli par des reculs militaires et des luttes intestines, il garde une grande capacité de nuisance et poursuit ses enlèvements et autres exactions.
 
Parce que c'est insupportable de voir dans les vidéos de propagande des filles terrorisées affublées de hidjabs.
 
Parce que c'est intolérable de savoir des jeunes filles violées, mises en esclavage ou envoyées se faire exploser.
 
Parce que celles qui ont recouvré la liberté, parfois devenues mères malgré elles, ont retrouvé les gaies couleurs des robes traditionnelles mais gardent dans le regard tout le poids d'un terrible traumatisme.
 
Parce qu'il faut tirer les leçons du silence coupable observé il y a 20 ans lorsque les islamistes enlevaient et assassinaient en Algérie des jeunes filles coupables de refuser le port du voile et de vouloir étudier librement.
 
Enfin et surtout, parce que le mouvement des modestes familles de Chibok qui demandent inlassablement le retour de leurs filles est une résistance admirable et pugnace qu'il faut soutenir.
 
Voici deux ans l'Ambassadeur du Nigeria en France s'étonnait que l'on se soucie tant de lycéennes au lieu de se féliciter de l'élection démocratique du Président Bouhari qui allait résoudre le problème.
 
Assez d'opacité, assez d'espoirs déçus !
 
Ce 13 avril, veille d'un anniversaire qui fait mal, nous irons devant l'Ambassade du Nigeria faire entendre notre refus de l'oubli des filles de Chibok et de tous les otages de Boko Haram. Je suis Chibok, nous sommes Chibok.
 
Signataires:

 
Huguette Chomski Magnis, Secrétaire générale du MPCT, Coordinatrice du Collectif Contre le Terrorisme
 
Nicole Raffin, Regards de Femmes Ile de France
 
Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes
 
Laure Caille, Secrétaire générale Libres MarianneS