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Ebola en RDC: une étude d'experts de l'OMS et de l'Imperial College estime le nombre de cas deux à cinq fois supérieur aux chiffres connus à ce jour

Une étude publiée le 18 mai par l'Imperial College de Londres, en collaboration avec l'OMS, estime que l'épidémie d'Ebola Bundibugyo en RDC est bien plus large que ce que les chiffres officiels montrent. Le 19 mai, le ministre congolais de la Santé Roger Kamba faisait état de 543 cas probables et 136 décès probables. Au 16 mai, date de référence de l'étude, les autorités notifiaient 336 cas suspects et 88 décès. Pour l'OMS, l'épidémie est déjà suspectée d'avoir fait 139 morts pour près de 600 cas probables au total. Selon ces chercheurs, le nombre réel de malades se situerait entre 400 et 800, et pourrait dépasser mille personnes. Les États-Unis ont classé la province d'Ituri en niveau 4 : ne pas voyager.



►La situation au 20 mai.- Depuis la publication de l'étude, les chiffres ont continué d'évoluer rapidement. Lors d'une conférence de presse tenue le 19 mai, le ministre Roger Kamba a donné le bilan le plus récent : 543 cas probables identifiés dans la communauté, 136 décès probables, 69 malades actuellement dans les centres de traitement, 32 cas confirmés en laboratoire par l'INRB. Le ministre a précisé que ces chiffres sont issus de la recherche active sur le terrain. Ce ne sont pas des cas confirmés Ebola, mais des cas supposés, identifiés sur la base de symptômes compatibles avec la maladie. Quatre zones de santé sont désormais touchées en Ituri : Mongwalu, Bunia, Rwampara et Niakunde. Auxquelles s'ajoutent Butembo et Goma. Pour l'OMS, l'épidémie est déjà suspectée d'avoir fait 139 morts pour près de 600 cas probables au total.
 
►Ce que dit l'étude.- L'étude est signée par une équipe internationale : des chercheurs de l'Imperial College de Londres, du programme OMS de gestion des urgences sanitaires à Genève, de l'OMS Ouganda, de l'OMS RDC, du ministère de la Santé ougandais et de l'Institut national de santé publique de RDC. L'Imperial College est l'une des institutions les plus reconnues au monde en modélisation épidémique. Pendant la pandémie de Covid-19, ses travaux avaient alimenté les décisions de plusieurs gouvernements.
 
La conclusion centrale est formulée avec prudence : au 17 mai, entre 400 et 800 cas de maladie à virus Bundibugyo auraient pu survenir en RDC. Les chercheurs précisent que des valeurs supérieures à 1 000 ne peuvent pas être exclues au vu des données disponibles à cette date. Ce qui donne du poids à cette fourchette, c'est que deux méthodes de calcul indépendantes y aboutissent.
 
►Deux approches, un même signal d'alarme.- La première méthode part d'un signal simple : deux malades venus d'Ituri ont été détectés à Kampala, en Ouganda. Ils avaient voyagé spécifiquement pour se faire soigner. Les chercheurs ont croisé ce fait avec les données de trafic aux points de passage frontaliers entre la RDC et l'Ouganda. Du côté de l'Ituri, environ 1 871 voyageurs franchissent ces frontières chaque jour en direction de l'Ouganda. En partant de là, ils estiment le nombre de cas probable en RDC entre 235 et 470, selon la fenêtre de détection retenue.
 
La deuxième méthode part des 88 décès suspects notifiés au 16 mai, considérés comme plus fiables que les cas, parce qu'un mort est plus difficile à ignorer qu'un malade qui reste chez lui. En appliquant ce qu'on sait des deux épidémies précédentes à virus Bundibugyo, ils obtiennent entre 400 et plus de 1 000 cas selon la vitesse de progression supposée de l'épidémie. Les deux méthodes convergent vers la même conclusion : une sous-détection substantielle.
 
►Pourquoi l'épidémie échappe à la surveillance.- Ce résultat n'est pas une surprise pour ceux qui suivent le terrain. Jean Kaseya, directeur général d'Africa CDC, l'a formulé autrement : sans les laboratoires GeneXpert installés en Ituri ces dernières années, on ne saurait même pas, dit-il, de quoi on est en train de parler. Les premiers échantillons envoyés depuis l'Ituri vers Kinshasa sont arrivés dans un état inexploitable, faute de chaîne de froid respectée. Les résultats négatifs des premiers tests, réalisés à Bunia avec un GeneXpert calibré pour la souche Zaïre et non pour Bundibugyo, ont pu retarder la prise de conscience de l'ampleur réelle. Il a fallu attendre le 14 mai pour que des prélèvements de qualité suffisante parviennent à l'INRB et confirment le virus.
 
►Ce que Washington dit en creux.- La décision américaine donne une mesure concrète de la gravité perçue de la situation. Dès le 15 mai, le CDC américain a émis une alerte de niveau 2 pour la RDC. La province d'Ituri, elle, a été classée en niveau 4 : ne pas voyager, pour aucune raison. Le gouvernement américain a ajouté une formulation révélatrice : sa capacité à fournir des services d'urgence à ses ressortissants en Ituri est, dit-il, extrêmement limitée.
 
►Des limites que les chercheurs reconnaissent eux-mêmes.- L'étude est transparente sur ses faiblesses. La première méthode repose sur seulement deux cas exportés. Les données de trafic frontalier ne capturent pas les passages informels, nombreux dans cette région. Et personne ne sait avec certitude depuis quand cette épidémie court, ce qui modifie sensiblement les chiffres finaux.
 
Le taux de létalité du virus Bundibugyo lui-même reste mal établi. Il n'existe que deux épidémies documentées de cette souche : l'Ouganda en 2007, avec 131 cas et 42 morts, et Isiro en RDC en 2012. Les chercheurs testent donc trois hypothèses : 24 %, 30 % et 40 %.
 
Ce que dit le Dr Jean-Jacques Muyembe.- Le Dr Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus Ebola en 1976, appelle à la prudence. Il faut d'abord établir la liste complète des cas, tracer les liens entre eux. C'est seulement après, dit-il, qu'on saura exactement quelle est l'ampleur du problème.

RFI

Mercredi 20 Mai 2026 - 15:38


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