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Eurobonds, financement d’infrastructures ou cavalerie financière ?



Eurobonds, financement d’infrastructures ou cavalerie financière ?
La levée par le Gouvernement de 775 millions d’euros en Eurobonds sur le marché obligataire international, à un taux d’intérêt annuel de 5,375 % et une durée de 16 ans, a été abondamment commentée par les médias ; elle a été considérée comme un grand succès mettant en relief la crédibilité de la signature de notre pays sur ce marché.

Les besoins de financement invoqués à l’appui sont le rachat par anticipation de 70 % de l’émission de 2014 (expirant en 2024) et le renforcement des fonds propres de l’Etat pour le financement des projets pétroliers et gaziers en cours. Il faut rappeler que le recours à ce type de financement n’est pas nouveau. En effet, le Sénégal a précédemment levés 200 millions de dollars d’eurobonds en 2009, 500 millions de dollars en 2011, 500 millions de dollars en 2014, 1,1 milliard de dollars en 2017, et 2,2 milliards de dollars (avec rachat Eurobond 2011) en 2 tranches, la première tranche d’un milliard d’euros et la seconde d’un milliard de dollars en 2018, à des conditions de taux allant de 9,25 % en 2009, à 5,375 % en 2021 , et pour une durée comprise entre 5 et 30 ans.

Le succès de l’opération est à relier au fait que la crédibilité de la signature du Sénégal tient à divers paramètres que sont : les notations des agences internationales adossées aux analyses du FMI et de l’UEMOA sur le profil de l’endettement et l’observance des critères de bonne tenue de l’économie, les perspectives de l’exploitation à très court terme du pétrole et du gaz et des flux financiers qu’elle va générer, les garanties que constituent les clauses d’action collective des contrats d’émission, en particulier celles qui prévoient des schémas de restructuration en cas de défaut de paiement.
Toutefois, en la circonstance, le type de financement choisi ne nous parait pas être opportun et adapté aux besoins exprimés.

La destination des fonds levés
En gestion financière orthodoxe, l’affectation des ressources devrait être intrinsèquement liée à la nature de l’emploi pour lequel elles ont été levées. De ce point de vue, les investissements improductifs ou à caractère social, dont il n’est pas attendu un retour direct en revenu, devraient être essentiellement financés sur ressources concessionnelles à conditions douces.

En revanche, les investissements en infrastructures marchandes (comme l’autoroute à péage) dont on attendrait des flux financiers futurs pourraient être financés par des ressources plus chères. Les investissements annoncés n’étant pas directement marchands, leur financement par émission d’eurobonds ne nous parait absolument pas approprié.

Emprunts pour investissement ou cavalerie financière ?
Il y a de plus en plus une propension des Etats africains à recourir à ce marché obligataire, du fait de la facilité d’accès qu’il permet. Dans un contexte de surliquidité du marché international des capitaux imputable au ralentissement économique mondial, les investisseurs/souscripteurs, en mal de placements rémunérateurs, cherchent une alternative à la faiblesse des taux d’intérêts servis sur les marchés européens (souvent inférieurs à 2 %).

Dès lors, les Etats africains, qui ont accepté par le passé des taux d’intérêt compris entre 5 et 8 % sur le marché obligataire, offrent des perspectives de rendement plus intéressantes en matière de produits de trésorerie. Les risques de défaut de paiement encourus sont de mieux en mieux perçus par des souscripteurs plus motivés par les intérêts à percevoir.

La prudence devrait être de mise en matière d’émissions d’Eurobonds souscrits par des investisseurs institutionnels (Compagnies d’assurance, Caisses de dépôts et de Consignation) très liquides, et dont la motivation est le confort de leurs marges financières. Ces émissions sont libellées en devises (avec le risque de change qui s’y attache), plus onéreuses et d’une maturité plus courte que les prêts concessionnels habituels des institutions financières internationales. Les utiliser pour rembourser l’encours d’une émission précédente pourrait conduire à terme à de la « cavalerie financière », en cas de difficultés de paiement.

La dette de nos Etats, concessionnelle à l’origine, est de plus en plus « privée », ce qui rend les débours de paiement d’annuités et de coupons d’intérêts plus pesants pour les Trésors nationaux, du fait de conditions plus contraignantes en charge d’intérêts et en durée. L’émission d’obligations eurobonds devrait être utilisée de manière exceptionnelle, et strictement réservée au financement d’infrastructures marchandes et non au remboursement d’émissions précédentes dont on aurait des difficultés à honorer les échéanciers fixés.

Par Abdou Aly Kane, Chroniqueur économique

AYOBA FAYE

Mardi 8 Juin 2021 - 10:42


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