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L'administration Biden accélère l'expulsion de milliers de migrants du Texas vers Haïti

Face aux milliers de migrants qui sont désormais bloqués à la frontière entre le Texas et le Mexique, l’administration Biden a décidé d’agir : les services migratoires américains augmentent drastiquement les expulsions vers les pays d’origine de ces migrants, Haïti en tête.



Au Texas, le flot des migrants qui entrent au camp de Del Rio s’est tari. La nouvelle de la reprise des expulsions s’est vite propagée. Les 15 000 migrants qui étaient sous le pont peuvent toujours revenir sur leur pas, mais s’ils se présentent aux gardes-frontières américains dans le camp pour demander l’asile, ils risquent l’expulsion.
 
Transférés ou expulsés
À Del Rio, ceux qui leur venaient en aide ne peuvent que constater leur impuissance. Comme Santiago. Ce trentenaire est un des bénévoles de la coalition humanitaire frontalière de Del Rio (« Del Rio humanitarian border coalition ») qui aide les migrants. Il est en train de décharger des packs de bouteilles d’eau. Dans le hangar de l’organisation, on trouve aussi du nécessaire d’hygiène, des couches, des trotteuses ou des petits vélos pour les enfants, rapporte notre envoyé spécial à Del Rio, Thomas Harms. Depuis plus d’une semaine, ils étaient débordés. Des centaines de migrants passaient chaque jour. Mais ce week-end, plus rien, plus personne. « On ne sait pas vraiment pourquoi ils ne nous en envoient aucun. Normalement ils doivent venir dans ce centre avant de pouvoir quitter la ville, explique Santiago. Regardez, un bus de l’immigration vient de passer. Je pense que les autorités sont en train d’organiser où ils vont déplacer ces migrants. »
 
Arrivés depuis le Mexique dans la petite ville du Texas, en traversant le fleuve Rio Grande, ces migrants étaient massés sous un pont. De moins de 2 000 en début de semaine, ils étaient plus de 14 800 samedi, selon les chiffres du maire de cette ville frontalière, Bruno Lozano. Des images spectaculaires qui ont poussé les autorités américaines à prendre le problème à bras le corps.
 
Après le déchargement d’un camion rempli de vivres, le centre a fermé, car désormais les autorités de la ville, du Texas et des États-Unis ont décidé de tout gérer seules. Le maire démocrate de Del Rio, Bruno Lozano, a ainsi demandé aux habitants de ne plus donner de nourriture. « Nous savons que beaucoup veulent aider, mais nous vous demandons de ne plus apporter à manger à moins que nous vous le demandions. On ne veut gâcher aucune nourriture qui périme très vite sous nos fortes chaleurs donc attendez que les gardes-frontières vous contactent », a-t-il exhorté.
 
Sur les 15 000 migrants sous le pont, plus aucun ne sort libre désormais. Plusieurs milliers ont déjà été transportés vers d’autres postes frontières du Texas où doivent être traités leurs dossiers et les expulsions se sont accélérées, notamment vers Haïti.
 
Enfants et jeunes parents
Les ressortissants de ce pays pauvre et instable forment toujours une minorité des arrivées aux États-Unis, mais leur nombre augmente depuis plusieurs mois. Aux troubles politiques et à l'insécurité croissante qui agitaient déjà Haïti s'est ajouté le 14 août un séisme meurtrier qui a ravagé le sud-ouest du pays, tuant plus de 2 200 habitants.
 
Autant de raisons qui avaient poussé l’administration Biden à émettre un moratoire et à suspendre les expulsions de migrants haïtiens en situation irrégulière, pour une durée annoncée comme indéterminée, rappelle notre correspondante à Port-au-Prince, Amélie Baron. Un moratoire qui aura donc tenu un mois jour pour jour, car dès mercredi, les services migratoires américains ont renvoyé un peu plus de 80 personnes à Port-au-Prince.
 
Dimanche, c’est un tout autre rythme que les États-Unis ont imposé aux autorités haïtiennes : trois vols ont quitté le Texas et ramené plus de 320 personnes sur le tarmac de la capitale. Près de la moitié des passagers ont moins de 5 ans, des enfants nés le plus souvent au Chili, mais expulsés avec leurs parents qui avaient émigré en Amérique du Sud à partir de 2016. Bébés à leurs bras, ces jeunes trentenaires avaient quitté leur pays faute de pouvoir trouver du travail. Aujourd’hui, c’est avec angoisse qu’ils s’apprêtent à se réinventer un quotidien en Haïti.
 
Haïti déjà en grande difficulté
C'est le cas de cette jeune Haïtienne tétanisée à l’idée de sortir de l’enceinte de l’aéroport de la capitale. « Imaginez : des types sont entrés chez le président et l’ont tué. Et moi alors ? », témoigne celle qui préfère se faire appeler Jeanne pour garder son anonymat.
 
« Au départ, j’ai quitté le pays parce que je ne trouvais pas de travail. Alors aujourd’hui que je suis renvoyée ici, je n’ai aucune chance d’en trouver parce que le pays est devenu pire », souligne-t-elle. Elle vivait au Chili depuis 2016, mais a cru pouvoir mieux vivre aux États-Unis donc, en juillet, elle, son mari et leur fils de 3 ans ont entamé le périlleux voyage à travers l’Amérique centrale. « Si j’avais su comment était ce trajet, jamais je ne l’aurais fait. En voyant les conditions, j’ai vraiment regretté d’être partie parce que je vivais bien au Chili, j’avais mon commerce, mon mari travaillait. C’est ce qui nous a permis d’avoir l’argent pour aller jusqu’au Mexique. Du Chili au Mexique, ça a coûté entre 7 000 et 8 000 dollars. Du Mexique aux États-Unis, on a dépensé plus de 3 000 dollars. Et maintenant on est là, les bras ballants sans rien », se désole-t-elle.
 
Trois nouveaux avions de migrants en situation irrégulière doivent décoller ce lundi et les vols vont se succéder à ce rythme au moins pour toute la semaine. Et l'arrivée de ces centaines de personnes constitue un problème de plus pour le pays. Guiseppe Loprette, le directeur en Haïti de l’Organisation internationale des migrations (OIM), est très inquiet, alors que le pays a vécu cet été coup sur coup l'assassinat de son président Jovenel Moïse et un séisme dévastateur. « Le message clair est qu’Haïti n’est pas prête pour recevoir encore des migrants qui reviennent déjà en situation difficile dans un pays qui a beaucoup de problèmes en ce moment. »

RFI

Lundi 20 Septembre 2021 - 13:32


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