Connectez-vous S'inscrire
PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)

Mauritanie: Les hommes et les mobiles du remaniement (Par Babacar Justin Ndiaye)



Mauritanie: Les hommes et les mobiles du remaniement (Par Babacar Justin Ndiaye)

Le remaniement du Gouvernement mauritaniencommande une double lecture autour des hommestouchés par le changement et à la lumière des mobilesnon affichés mais perceptibles.

 

En effet, des ministres qui ont longtemps tenu le haut du pavé, ont été débarqués par le Président Ghazouani.

Des personnalités venues d’horizons divers ont été cooptées et projetées devant les projecteurs, dans un contexte embaumé par un parfum pré-électoral et vicié par une tension sociale. 

 

Une grosse poussée de fièvre née d’un désastre énergétique durement vécu et, surtout, ponctuée par une série de viols, de crimes, de cyber-escroqueries et de trafics de drogue vivement dénoncés par les citoyens.

 

Il n’est donc guère étonnant que les têtes des deux ministres les plus exposés – celui de l’Énergie et celui de l’Intérieur – soient coupées sous la pression de l’opinion publique.

 

 

Reste évidemment le cas du ministre et non moins Général Hanana Ould Sidi, inamovible patron de la Défense nationale, très grandement réputé dépositaire de la confiance totale du chef de l’État.

 

À propos de lui, s’installe une « énigme », selon le motdu directeur de Confidentielafrique, Soumaïla Aïdara. Un mystère dont le blindage est percé par nos sources qui informent que l’argent de l’Union Européenne (UE)aurait été utilisé de façon non orthodoxe par le Ministère de la Défense. 

 

À cela s’ajoute le trafic d’armes découvert, le 4 septembre 2026, à la frontière du Mali dont les auteurs – des terroristes endurcis à bord de deux pick up chargés de fusils et de munitions – habitent les hameaux jumeaux de Bassiknou ou Bassikounou et de M’Bera, c’est-à-dire le terroir natal du Général Hanana. 

 

Inutile et imprudent d’en dire plus ! Au demeurant, on peut tempérer les chaudes explications, en soulignant l’âge, la fatigue et la santé du Général Hanana Ould Sidi qui fut un éphémère Commandant de la Force conjointe du fameux et défunt G5 Sahel. 

 

En tout état de cause, la mobilité des personnes nommées et/ou limogées masque difficilement les mobiles du remaniement inévitablement articulés à la soif de 3ème mandat du Président Ghazouani.

 

À cet égard, la carte électorale est parlante et les calculs électoraux sont patents au vu des profils privilégiés et bénéficiaires du décret présidentiels.

 

Ainsi, avec Ousmane Ba à la Défense nationale et Aïssata Lam à la Pêche, Ghazouani fait un visible clin d’œil à la ville de Boghé qui représente un gros réservoir électoral à l’échelle du Sud de la Mauritanie.

 

Pour la petite histoire, la nouvelle ministre Aïssata Lam est la fille d’un officier mauritanien ; tout comme sa ville natale (Boghé) est le berceau de nombreux officiers emblématiques de l’armée mauritanienne : le Colonel Dia de la Garde nationale, les Généraux Ndiaga Dieng et Félix Négri. C’est significatif en direction du vote des familles et des veuves d’anciens militaires.

 

Ce n’est pas tout. En nommant El Moktar Ould Ahmed Ould Bousseif au ministère de l’Intérieur, Ghazouani  cible électoralement les tribus guerrières de Kiffa. 

 

Avec d’autant plus de chances réelles que le nouveau ministre de l’Administration est le fils du Colonel Ould Bousseif (un des héros de la guerre du Sahara) et ancien Premier ministre mort au large de Dakar, dans le crash de son avion BUFALO, en mai 1979. Bref le Président Ghazouani table sur l’aura posthume du Colonel Bouceif.

 

Dans le même ordre d’idées, on peut lire la nomination de Mme Aïssata Ba Yahya en qualité de Ministre Secrétaire générale de la Présidence de la république. Ici, le Président mauritanien fait d’une pierre, deux coups. D’un côté, Ghazouani récompense le chef de ses espions, en l’occurrence, le Général Sow, directeur du Renseignement Extérieur et mari de la nouvelle  Secrétaire de la Présidence. De l’autre, il élargit son assiette électorale au sein de la communauté pulhar.

 

En résumé, le Plan ou le Schéma Ghazouani accoucheur du remaniement est bien ficelé et bien peaufiné. Mais, en Mauritanie comme en Algérie et à l’instar de la Guinée-Bissau, « l’État n’a pas son armée, c’est l’armée qui a son État » pour paraphraser Hocine Aït Ahmed. Depuis le 10 juillet 1978 – chute du Président Moktar Ould Daddah – l’armée régente la vie politique du pays.

 

Par voie de conséquence, les observateurs surveillent la température des casernes et guettent leurs moindresfrémissements. Car, c’est dans les garnisons et non dans les partis politiques que l’ambition à peine voilée du Président Mohamed El Ghazouani d’étrenner un mandat supplémentaire peut subir un contretemps voire un accident. 

 

Apparemment, le Président et non moins Général Ghazouani en est conscient ; puisqu’il charpentecontinuellement le Commandement, en promouvant ses hommes de confiance et en accordant des planquesdorées au Généraux retraités. Ces derniers étantcouverts de moult privilèges mais fermement interdits d’approcher la scène politique. 

 

Ainsi, la Gendarmerie nationale est coiffée par le Général Mohamed Mahmoud Ould Taya qui n’est personne d’autre que le fils du grand-frère de l’ancien Président Maouiya Ould Taya, aujourd’hui exilé au Qatar. Une nomination dont la vertu numéro un est de séduire l’influente tribu des Smassides, tribu nichée à Atar et à Ouadane (Adrar).

 

Le second effet de cette promotion vise insidieusement à  contrecarrer les agissements du Général Lebatt Ould Mayouf, un farouche opposant militaire (chose rare en Mauritanie) qui est actuellement emprisonné. Ce Général iconoclaste est un Smasside de « grande tente » et le fils du premier chef d’État-major de la Gendarmerie mauritanienne après l’indépendance.

 

Enfin que dire du solide Ould Merzoug, bien calé dans son fauteuil de Ministre des Affaires Étrangères ? Il fait partie du groupe ou de la coterie des trois : GhazouaniMerzoug et Mohamed Mahmoud Ould Cheikh. Ce dernier est le Ministre de l’Intérieur qui vient d’êtredestitué. 

 

Le secret de l’ancrage de Merzoug – brillant intellectuel et cadre d’envergure ayant fait ses preuves à l’OMVS – réside donc dans une proximité extraordinaire avec le Président Ghazouani. 

 

En effet, les trois cités plus haut (Ghazouani, Merzoug et Ould Cheikh sont originaires de la Wilaya de l’Assaba : capitale Kiffa. Ils ont, durant l’adolescence, partagé le rituel éprouvant et fortifiant de la circoncision en terre d’islam. Ce qui a justement fortifié la relation entre Ghazouani et son chef de la Diplomatie.


Babacar Justin Ndiaye

Lundi 12 Octobre 2026 - 01:17


div id="taboola-below-article-thumbnails">

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter