Le dermatologue Ibrahima Ndiaye a mis en garde, ce samedi, contre les « graves » conséquences sanitaires de la dépigmentation artificielle, un phénomène qu'il qualifie de véritable problème de santé publique au Sénégal. Le spécialiste s'exprimait lors du Salon international de la beauté, du cosmétique et de l'hygiène, où il a expliqué que cette pratique, présente depuis plus d'un demi-siècle dans le pays, expose ses utilisateurs à de nombreuses complications dermatologiques et générales durables.
Le docteur Ndiaye a indiqué que les corticoïdes et l’hydroquinone sont les deux principaux produits utilisés, des substances détournées de leur usage médical et largement disponibles sur le marché. Selon lui, l'usage quotidien et prolongé des corticoïdes détruit le microbiome de la peau, cette flore protectrice qui défend l'organisme contre les infections, favorisant ainsi l'apparition de mycoses récidivantes, de la gale et d'infections bactériennes sévères comme l'érysipèle. Il a également listé plusieurs effets secondaires cutanés tels que l'acné cortisonique, l'augmentation anormale de la pilosité, les vergetures, l'atrophie cutanée et les allergies de contact.
Concernant l'hydroquinone, le spécialiste a alerté sur les risques de phototoxicité liés à l’exposition solaire, susceptibles de provoquer une pigmentation foncée irréversible appelée pseudo-ochronose exogène. Au-delà des atteintes locales, le dermatologue a insisté sur les répercussions systémiques de ces produits qui pénètrent dans le sang lorsqu'ils sont appliqués sur de grandes surfaces pendant des années. Il a notamment cité l'hypertension artérielle, le diabète, le syndrome de Cushing, les atteintes rénales, des complications neurologiques, ainsi que des risques de faible poids du nouveau-né chez la femme enceinte.
Après avoir distingué la dépigmentation artificielle de pathologies médicales comme l'albinisme oculocutané et le vitiligo, le docteur Ndiaye s’est inquiété de l’émergence de nouvelles formes de dépigmentation non médicalisées, telles que les injections, les perfusions de glutathion ou les traitements au laser. Regrettant que la dermatocosmétologie échappe de plus en plus aux spécialistes au profit de non-dermatologues, il a conclu son intervention en plaidant pour un combat multisectoriel incluant une implication accrue des autorités sanitaires, du commerce et des douanes pour contrôler l'importation et la commercialisation de ces produits dangereux
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