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A quoi joue Edouard Philippe ?



Les ennuis ? Ils ne manquent pas, mais donnent parfois l’impression de glisser sur ce Premier ministre qui cultive un style à la fois sérieux et détaché. Où certains croient deviner de grandes ambitions…
Tout d’un coup son visage apparaît dans l’encadrement de la porte de son immense bureau. Il en sort à grand pas puis, d’un geste vif, tend le bras pour saisir énergiquement la main de son rendez-vous suivant. « Vous voyez ? Pile à l’heure ! », lance-t-il à la cantonade, ravi de cette entrée en matière digne d’un Jacques Chirac qu’il imite à tout bout de champ.

L’air de rien, tout Premier ministre qu’il est, Édouard Philippe ne s’embarrasse pas avec le protocole. « J’essaie de faire les choses sérieusement, sans trop me prendre au sérieux », confesse-t-il quelques minutes plus tard, son mètre quatre-vingt-quatorze lové dans un fauteuil en cuir noir style Le Corbusier.

Et pourtant… Après un été pourri, quelle rentrée difficile pour la majorité ! Démissions fracassantes des très populaires Nicolas Hulot et Laura Flessel, psychodrame autour du prélèvement à la source, retour de l’affaire Benalla, sans parler des résultats et perspectives économiques décevants. Le tout sur fond de mauvais sondages pour le duo de l’exécutif. « La vie politique est faite de choses auxquelles on s’attend, et de choses auxquelles on s’attend moins. C’est vrai pour moi comme pour tous les Français. Ça fait partie de la vie, ce n’est pas un drame, évacue-t-il. L’essentiel c’est qu’on garde le cap et qu’on continue à lancer des grands chantiers ».


«Mes relations avec le président sont excellentes»

Il est comme ça Édouard Philippe. Le genre accueillant, un brin détaché. Bien loin, en tout cas, de l’image de juppéiste arrogant qui lui collait à la peau avant son arrivée à Matignon. « Il est parfait pour le job ! Il est très abordable », applaudit le député LREM Gabriel Attal. « C’est un vrai plaisir de travailler avec lui, c’est fluide, c’est simple. Un vrai chef d’équipe », renchérit Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture.

Mais celui qui en parle le mieux, c’est encore son ami Gilles Boyer, qu’il a recruté à Matignon, et avec qui il a écrit deux polars ! « Sa grande force c’est de ne pas se mettre la pression. Ça n’a l’air de rien, mais Édouard il dort la nuit et il dort bien », jure l’ex bras droit d’Alain Juppé.

Seize mois après son arrivée rue de Varenne, celui qui était totalement inconnu des Français aurait-il fini par trouver sa place au côté du président jupitérien Emmanuel Macron ? Entre les deux, à en croire le Premier ministre, ce serait l’entente parfaite : « Nos relations sont fluides, confiantes, détendues. Si je devais les qualifier, je dirais même qu’elles sont remarquables », insiste-t-il avec emphase. Et ce depuis leur rencontre secrète au lendemain du 1er tour de l’élection présidentielle, où Philippe avait été amené au QG de campagne du candidat Macron dans une voiture conduite par un certain… Alexandre Benalla.

«Je suis une sorte de Michel Rocard»

Officiellement, pas l’ombre d’un nuage, donc. Même si une part de mystère et d’ambiguïté demeure chez le personnage. « Il a conceptualisé qu’il était un accoucheur de réformes, c’est tout, mais qu’il n’avait pas de charisme politique », glisse un poids lourd du gouvernement. « Les méchants le qualifient de directeur de cabinet du président. Les gentils parlent de lui comme de quelqu’un de discret qui fait plutôt qu’il ne parle », enchaîne un autre. Et Philippe le sait bien : « Je suis une sorte de Michel Rocard, mais sans le poids politique », reconnait-il souvent auprès de ses proches en privé.

Ce qui n’empêche pas aussi certaines tensions entre l’Élysée et Matignon. Comme avec les 80 km/h qu’il a portés à bout de bras malgré les interrogations de Macron et les doutes de Gérard Collomb. À l’heure des premiers bilans, et alors que le nombre de morts sur les routes a reculé de 16 % en août, Philippe pourrait savourer. Mais il ne fanfaronne pas : « On parle de vies cassées, fracassées, si on arrive à avoir des résultats avec cette mesure, je dirai juste tant mieux. Mais je n’irai pas faire le malin », martèle-t-il.

La ligne budgétaire que Matignon entend tenir envers et contre tout, alors que le chef de l’État enchaîne les promesses, a aussi révélé certaines frictions entre leurs cabinets respectifs. « L’impression générale depuis quelques semaines, c’est qu’il y a moins de frottements des atomes », s’étonne un ministre.

Des déjeuners avec des maires de droite qui agacent

Avec les historiques d’En Marche, les choses se compliquent également en coulisses. Et certains s’interrogent sur ses ambitions… voire un double jeu. La faute aux déjeuners qu’il organise régulièrement à Matignon avec des maires bien souvent de droite -comme Christophe Béchu (Angers), Laurent Marcangeli (Ajaccio), Gaël Perdriau (Saint-Etienne) et Karl Olive (Poissy).

Pour y faire quoi ? « On parle des réformes en cours à bâtons rompus. Puis, entre le café et la poire, on parle un peu poloche (NDLR :politique politicienne) », raconte Alain Chrétien, le maire de Vesoul, qui verrait bien Philippe dans les habits de chef d’un grand mouvement de centre droit par exemple. « Je voudrais qu’il mette les mains dans le cambouis. Mais il s’y refuse », explique-t-il. « Ce n’est pas mon job. Je ne suis pas là pour ça », renvoie d’ailleurs poliment le Premier ministre à ses invités.

Prochaine date de ces agapes : le 10 octobre. « Ça, ça va encore agacer Castaner (NDLR : le patron d’En Marche) », anticipe un proche de Macron. Philippe préfère prendre ces critiques par-dessus l’épaule. Les tensions avec l’Élysée ? « Il n’est pas impossible qu’il y ait des gens qui aimeraient en savoir plus qu’ils ne le prétendent », balaie-t-il. Les contraintes de sa fonction ? « Si j’avais voulu vivre dans le monde idéal des idées et de la perfection, j’aurais été un intellectuel ou un idéaliste. » Mais c’est la politique et ses imperfections qu’Édouard Philippe a choisies.

Salif SAKHANOKHO

Samedi 15 Septembre 2018 - 21:11



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