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Brexit: premier test avec la reprise de l'activité après les fêtes

Le Royaume-Uni entame sa première semaine en dehors de l’UE après avoir définitivement rompu les ponts le 1er janvier. Le Premier ministre Boris Johnson a fait miroiter une nouvelle ère pleine de promesses pour son pays, dont il souhaite faire un champion du libre-échange. Mais dans l'immédiat, c'est un pays gravement endeuillé par la pandémie et frappé par sa pire crise économique en trois siècles qui a quitté l'orbite européenne.



Le 1er janvier, vendredi dernier, le Royaume-Uni est cette fois sorti concrètement de l’Union européenne. Il y a bien un accord sur la circulation des marchandises : pas de droits de douane ni de quotas, mais des contrôles pour l’entrée et la sortie des biens. L’axe principal en Grande-Bretagne, c’est la route qui lie Douvres de l’autre côté de la Manche et Londres. C’est donc ce lundi que vont être concrètement mises en œuvre les nouvelles procédures à Douvres dans une transition tout en douceur.
 
Les files de camion, les embouteillages du mois de décembre, on ne devrait pas les revoir tout de suite. En ce lundi pluvieux et froid de janvier, il n'y a ici, à côté des douanes pile sur le port, que quelques dizaines de véhicules encore garés. Il y a moins de besoins ces dernières semaines : les Britanniques ont fait des stocks.
 
220 millions de formulaires par an
Pour ceux qui vont en tout cas franchir la frontière vers l'Europe ces prochaines heures, il va falloir de la patience. Les formalités sont nombreuses : il faut déclarer ce qu'on transporte en amont sur le Net. Cela représenterait 220 millions de formulaires à remplir chaque année, selon l’estimation d’une association patronale de transporteurs routiers.
 
Dans l'autre sens en revanche, le trafic va rester très fluide plusieurs mois. Les contrôles sont reportés à juillet. Objectif du gouvernement : repousser le vrai test du Brexit à plus tard. Car en ce moment, le pays se débat dans une deuxième vague de la pandémie très dure : les hôpitaux débordent et les soignants sonnent le tocsin. Boris Johnson l'a annoncé ce dimanche : il va encore durcir les restrictions.
 
Une « bonne chose » ou un « suicide économique »
Si le passage à Douvres s'opère, pour le moment, en douceur, les blessures laissées par le Brexit, qui a déchiré les Britanniques, ne sont pas encore refermées.
 
À quelques pas du grand marché de Borough Market à Londres, trois amis discutent à bâtons rompus. La jeune femme est hongroise, son compagnon londonien ainsi que leur ami. il aura suffi de lâcher le mot Brexit pour semer la zizanie.
 
« Moi, ça m’est égal ! déclare la jeune Hongroise. Si le Royaume-Uni peut être indépendant de l’Europe, je pense que c’est une bonne chose. » Son compagnon réagit : « Vraiment, tu penses ça ? Je crois que notre relation vient de se terminer en direct à la radio française ! [Rires] »
 
Le « panache » de Boris Johnson
La surprise passée, cet avocat d’affaires explique pourquoi lui a voté contre et ne s’en remet pas : « Soutenir le Brexit était une folie, un suicide économique. Notre nation a été trahie. C’est comme réclamer le divorce à sa femme tout en lui demandant si on peut rester vivre chez elle… C’est délirant ! » Son ami abonde dans son sens : « L’indépendance pour Londres ? On va se détacher et rejoindre l’Europe par un système élaboré de ponts et de tunnels ! »
 
Mais plus loin, un couple de retraités, lui, ne tarit pas d’éloges sur ce que vient d’accomplir Boris Johnson : « Sans son panache, on n’y serait pas arrivé. Il est un peu comme une lumière au bout du tunnel ! » affirme la dame, appuyée par son mari : « C’est tout à l’honneur de Boris Johnson d’être allé jusqu’au bout. C’était l’homme de la situation. Et en ce qui concerne l’accord, on ne pourra pas avoir mieux que ça. »
 
Boris Johnson aura été l’homme du Brexit. Il lui faudra maintenant être celui de la réconciliation, une tâche qui risque d’être longue et sinueuse. Exemple dans le monde des affaires. En effet, l'accord commercial signé entre Londres et Bruxelles fait la part belle à la pêche et à la circulation des biens, alors que rien ou presque n’est prévu pour les services, qui représentent pourtant 80 % de l’économie britannique. De nombreux employés de la City ne cachent pas leurs inquiétudes.
 
Première place financière européenne, Londres est aussi un centre inégalé en matière de services juridiques. Pour cet avocat londonien, dont le cabinet travaille principalement pour des banques, sa position est désormais fragilisée : « Beaucoup du succès de la City est fondé sur la compatibilité des jugements légaux à travers l’Europe. Or la prédominance du droit anglais dans la rédaction des contrats risque de disparaître. Pour l’instant, on a des accords bilatéraux, mais s’ils ne sont pas reconduits ? Pourquoi choisir la législation anglaise pour rédiger vos contrats si elle n’est pas compatible avec le droit européen ? Pour moi, le Brexit est une honte… »
 
« On verra au jour le jour »
Autre inquiétude : la City a perdu le 1er janvier son précieux accès au marché unique, un sacré handicap pour nombre de ses acteurs. « On avait l’habitude de servir nos clients européens depuis Londres et aujourd’hui on ne peut plus le faire parce qu’on n’a plus le passeport européen, donc ça va être très compliqué, déplore une jeune Française, employée par une grande banque américaine. Il y a beaucoup de métiers supports à la finance qui vont bouger aussi. Dans ma société, ce sont les vendeurs qui ont bougé sur le continent parce que dès le 1er janvier pour continuer à parler à leurs clients, il fallait qu’ils soient dans l’UE. Dans le futur, on ne nous a pas dit qu’on restait à Londres. Dans ma fonction, on me dit qu’on verra au jour le jour… »
 
Pour l’heure 7 500 postes ont été déplacés vers le continent - loin des 250 000 prédits par la bourse de Londres en 2016. Mais la City craint l’érosion à long terme.

RFI

Lundi 4 Janvier 2021 - 08:44


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