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Crise Sonko–Diomaye : le dilemme des mouvements souverainistes africains (Par Innocent GNELBIN)



Crise Sonko–Diomaye : le dilemme des mouvements souverainistes africains (Par Innocent GNELBIN)
La crise qui se dessine aujourd’hui entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye dépasse largement une simple rivalité personnelle. Elle révèle une contradiction historique que rencontrent presque tous les mouvements progressistes lorsqu’ils passent de l’opposition à l’exercice réel du pouvoir.
 
Pendant des années, le Pastef a incarné l’espérance populaire d’une souveraineté retrouvée. Le mouvement a porté les aspirations d’une jeunesse confrontée aux inégalités, au chômage, à la corruption et à la dépendance économique héritée du système postcolonial.
 
Mais conquérir l’État ne signifie pas immédiatement transformer les structures profondes du pouvoir.
 
Les États africains demeurent insérés dans un système économique mondial où les marges de souveraineté restent limitées par :
- la dépendance monétaire ;
- le poids de la dette ;
- la faiblesse industrielle ;
- la dépendance technologique ;
- et les rapports de force géopolitiques internationaux.
Autrement dit : un gouvernement peut changer sans que l’architecture réelle du pouvoir économique soit immédiatement transformée.
 
C’est là que surgit la contradiction.
D’un côté, une dynamique populaire exigeant des ruptures rapides. De l’autre, les contraintes d’un État fragile confronté aux risques de déstabilisation économique, monétaire et sociale.
 
Dans ce contexte, deux orientations émergent souvent :
- une ligne de rupture plus offensive fondée sur la mobilisation populaire ;
- une ligne privilégiant davantage la stabilisation institutionnelle et la préservation des équilibres économiques.
 
Cette tension ne relève pas seulement des personnalités. Elle exprime les difficultés réelles auxquelles se heurtent les projets souverainistes africains lorsqu’ils passent du discours à la gouvernance.
Car la souveraineté ne se décrète pas uniquement dans les slogans. Elle se construit dans les rapports de force matériels :
- productifs ;
- financiers ;
- technologiques ;
- énergétiques ;
- et géopolitiques.
 
Un État qui dépend massivement des importations, de la dette extérieure et des financements internationaux ne peut engager des ruptures brutales sans risques majeurs d’inflation, de crise budgétaire ou de tensions sociales.
 
Mais l’histoire montre aussi un autre danger : celui des mouvements de rupture progressivement absorbés par l’appareil d’État.

Beaucoup commencent par justifier des compromis temporaires au nom du réalisme. Puis, peu à peu :
- la logique technocratique domine ;
- la mobilisation populaire s’affaiblit ;
- les élites administratives reprennent le dessus ;
- et le projet initial perd son horizon historique.
 
Lorsqu’un mouvement abandonne la formation politique, l’organisation populaire et le lien vivant avec les masses, l’État finit souvent par transformer le mouvement plus vite que le mouvement ne transforme l’État.

Le véritable défi consiste donc à éviter deux pièges :
- l’utopisme irréaliste qui ignore les contraintes matérielles ;
- et le pragmatisme sans horizon qui normalise progressivement le système existant.
 
La souveraineté africaine ne peut être uniquement électorale ou symbolique. Elle doit devenir économique, industrielle, technologique, énergétique et alimentaire.
Cela exige :
- une stratégie productive ;
- des mécanismes financiers alternatifs ;
- des alliances régionales solides ;
- et une préparation populaire capable de soutenir les périodes de transformation historique.
 
La crise sénégalaise constitue ainsi un moment important pour toute l’Afrique. Elle révèle que les mouvements souverainistes arrivent désormais à une étape décisive : celle où les slogans doivent se transformer en doctrine concrète de gouvernement.

Car le véritable enjeu historique n’est pas simplement de remplacer des dirigeants. Il est de construire des États capables de défendre durablement la souveraineté populaire dans un système mondial encore profondément inégal.
 
Innocent GNELBIN
Président de Force aux Peuples
Essayiste ivoirien et Militant Progressiste.

Charles KOSSONOU

Mardi 2 Juin 2026 - 10:14


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