PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)



PRESSAFRIK.COM , L'info dans toute sa diversité (Liberté - Professionnalisme - Crédibilité)




Égypte : la jeunesse nubienne se bat contre l'oubli



Égypte : la jeunesse nubienne se bat contre l'oubli
En Egypte, les Nubiens réclament toujours leur droit au retour sur les bords du lac Nasser, mais leurs manifestations pacifiques sont de plus en plus réprimées par l'État.
 
Cette répression a coûté la vie à Gamal Sorour, un des célèbres militants emprisonné en septembre dernier.
 
Le conflit remonte aux années 1960, quand la construction du barrage d'Assouan eut pour conséquence la submersion de 44 villages et le déplacement de 50 000 Nubiens.
 
Cette minorité autochtone, relogée en plein désert loin du Nil, fut longtemps oubliée et marginalisée.
 
Aujourd'hui, la jeunesse tente de raviver sa mémoire et de revendiquer ses droits.
"Soleil, s'il te plait ne te couche pas… et chère patience, ne m'oublie pas… car j'ai été patient bien trop longtemps", fredonnent Hossam et son ami Maisara.
 
Cette chanson d'amour en langue nubienne est aussi une allégorie de la longue attente de cette communauté pour retrouver leur terre abandonnée 50 ans plus tôt.
 
Des paroles qu'Hossam Eldin, 26 ans, connait par cœur bien qu'il ne parle pas nubien.
 
"C'est parce que je n'ai pas été élevé dans mon village d'origine, donc je n'ai pas eu la chance d'apprendre le nubien. Les parents préfèrent nous parler en arabe pour nous aider à l'école, comme c'est langue officielle", explique-t-il.
 
Hossam a aussi regretté la discrimination par rapport à la couleur de sa peau. "À cause de notre couleur, les gens nous stigmatisent souvent en nous considérant comme des étrangers. Tous les nubiens ont vécu ça", fait-il remarquer.
 
Parce qu'il a beaucoup souffert, de cette discrimination, Hossam essaie aujourd'hui "d'aider les enfants à connaitre la langue nubienne."
 
Pour transmettre cette culture absente des écoles égyptiennes, il intervient sur la chaine NubaTube qui publie sur internet des reportages et interviews en nubien, sous-titrées en arabe et en anglais.
 
Terre des Palmiers, choc des convictions
Les Nubiens sont connus pour leur "gentillesse" et leur "hospitalité". Férus de culture, ils vivent dans des "maisons colorées" qui contrastent avec la réalité des chocs vécus au quotidien.
 
La Nubie, appelée "la terre des palmiers", est une terre des luttes.
 
Dans une vidéo de la chaine NubaTube, un vieux militaire nubien signale dans une interview qu'il avait proposé "d'utiliser la langue nubienne comme code secret de l'armée égyptienne pendant la guerre contre Israël".
                                                                                                                                       
Maisara Abdoun, 36 ans, appartient à ce groupe de reporters et traducteurs passionnés.
Il participe aussi à tous les rassemblements organisés pour demander à l'Etat égyptien de reconstruire, sur les bords du lac Nasser, les villages nubiens qui furent engloutis. Pour son combat, il a passé 72 jours en prison.
 
"On a organisé une petite manifestation pour rappeler à l'État qu'il s'était engagé à garantir notre droit au retour. Ce jour-là, les forces de sécurité avaient quadrillé la ville d'Assouan", se rappelle-t-il.
 
Au détour d'une marche improvisée près d'un café où ils s'étaient donnés rendez-vous avec d'autres activistes, battant du tambour, Maisara était arrêté puis conduit avec ses amis dans une prison militaire.
 
"On était entassés dans la même cellule, qui avait juste des petits bancs en pierre collés au mur. On dormait par terre. On était privés d'avocat devant le juge d'instruction", révèle-t-il.
 
Après une grève de la faim, dit-il, "notre codétenu, Gamal Sorour, qui était diabétique était décédé quelques jours après parce que les médicaments étaient interdits dans la prison".
 
Promesse d'un retour incertain
En théorie, la nouvelle constitution de 2014 s'engage à aménager d'ici 2024 des terres autour du lac pour que les Nubiens puissent y retourner.
 
Mais un récent décret a transformé une partie de ces territoires en zone militaire, donc inhabitable.
 
M. Abdoun regrette le non-respect de la constitution qui représente à ses yeux "la loi la plus importante" du pays.
 
"Mon village n'a pas été déplacé, mais il y a une autre nouvelle loi qui prévoit de prendre des terres à mon actuel village, pour bâtir des projets touristiques. Donc, j'ai peur que l'histoire se répète avec mon village", souligne-t-il.
 
Cette inquiétude n'est pas partagée par tous, en particulier les plus âgés comme Mohammed Sobhy, qui a créé le premier musée consacré à l'Histoire et aux traditions nubiennes sur l'ile Elephantine d'Assouan.
"Les terres autour du lac Nasser sont très vastes, s'ils pensent que c'est réservé uniquement aux Nubiens ce n'est pas juste. Je pense aussi que la situation économique de l'Égypte n'est pas bonne en ce moment, donc elle n'a pas les moyens de reconstruire 43 villages. On ne doit pas abandonner, mais être patient", suggère-t-il.
 
Mais selon la chercheuse Maja Janmyr, professeure des migrations internationales à l'université d'Oslo, "le combat actuel des Nubiens repose en grande partie sur un conflit intergénérationnel".
 
L'auteure de la mobilisation des Nubiens pour le retour aux terres ancestrales, se demande à qui revient "le droit et l'autorité pour parler au nom de la communauté en Egypte".
 
Selon la communauté nubienne, sa population est estimée aujourd'hui entre 300 000 et 3 millions de personnes en Egypte.
 
En attendant que l'Etat égyptien tienne sa promesse, 24 activistes nubiens doivent passer devant le tribunal fin janvier.
 
Ils risquent jusqu'à 5 ans de prison pour avoir manifesté 5 minutes sans autorisation.

BBC

Mercredi 3 Janvier 2018 - 14:57



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter