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Incendie puits de gaz: les habitants de Ngadiaga font le procès de la société américaine Fortesa

Ce samedi 19 décembre 2020, le réveil a été brutal pour les populations du grand village de Ngadiaga et d’autres localités environnantes comme Thiéry, Keur Mbir Ndao, Dieuleuk Peul et Wolof, dans la commune de Notto Gouye-Diama. Raison de cette émotion, voire cette inquiétude : l’explosion d’une conduite de gaz dans l’usine Fortesa. L’incendie qu’elle a provoqué n’était toujours pas neutralisé au moment où ces lignes étaient écrites.



Incendie puits de gaz: les habitants de Ngadiaga font le procès de la société américaine Fortesa
Dans le grand village de Ngadiaga, commune de Notto GouyeDiama, l’explosion d’un puits de gaz de la société Fortesa, spécialisée dans la transformation du gaz en électricité au Sénégal, depuis samedi 19 décembre 2020, continue de semer la panique auprès des populations. Le feu n’est pas encore éteint et a déjà occasionné d’énormes dégâts matériels. A l’origine du sinistre, une fuite de méthane, un gaz hautement gaz inflammatoire.

L’explosion se serait produite au moment où l’ingénieur américain en charge de l’entreprise Forteza était en train de brancher un groupe électrogène. Il y aurait eu une étincelle avant que l’irréparable ne se produise. Ce genre de feu, qui ne peut être éteint que par des spécialistes avec des techniques spéciales, n’est pas facile à maîtriser. L’entreprise qui travaille depuis 2004 dans cette zone de Ngadiaga ne disposerait pas d’un plan d’intervention d’urgence.

Sur les lieux du sinistre, le maire de la commune de Notto, Magueye Ndiaye, manifestement angoissé, interpelle le chef de l’Etat Macky Sall sur la nécessité de « dégager des moyens appropriés pour régler ce problème ». Il affirme avoir en son temps attiré, en vain, l’attention de qui de droit sur le fait que « les  conditions  de  sécurité  pour l’exploitation  du  site  gazier n’étaient  pas  réunies ».  A l’en croire, « les faits nous ont donné raison. Les populations courent un grand danger avec ce puits en feu, et l’onde de choc pourrait même atteindre  les  habitations  environnantes ».

Aucun centime reçu par la mairie de l’exploitation du gaz
Selon Maguèye Ndiaye, qui souhaiterait de « larges concertations entre l’Etat, les sociétés gazières et les populations impactées par l’extraction », « la mairie  de  Notto Gouye-Diama n’a jusqu’ici encore reçu  aucun  centime  de  l’exploitation et la jeunesse n’est employée que pour les postes subalternes de gardiens, au grand dam des diplômés, laissés en rade ». Et d’alerter : « les populations de Ngadiaga et même  de  Dakar,  sont  en  danger. Aujourd’hui, si les vannes ne sont pas  fermées,  la  catastrophe  peut arriver jusqu’à la capitale, à cause du pipeline ».

Le maire et les populations, qui disent avoir plusieurs fois interpellé l’État, lancent un énième cri du cœur aux autorités. Selon Samba Gadiaga, membre du collectif pour la défense des intérêts de Ngadiaga, « depuis que Petrosen et Forteza ont commencé à exploiter le site, nous ne vivons que dans des difficultés.  Aujourd’hui  le  danger est là, permanent, avec l’explosion de ce puits ».

A l’en croire, « le chef de l’Etat qui, en tant que directeur général  de  Petrosen,  a  séjourné dans la base de production du site où  il  a  fait  ses  premières  expériences,  connait  mieux  que  quiconque  les  difficultés  de  la localité ». Sur place, beaucoup de jeunes de la localité sont unanimes sur le fait qu’« actuellement tout le village est en danger. Certains ont quitté  leurs  maisons  pour  sauver leur  peau  par  peur  d’inhaler  le gaz ».

Mor Ndiaye, membre du collectif pour la défense des intérêts de Ngadiaga, se veut catégorique : « A Ngadiaga, si l’on vous dit qu’il y a une entreprise qui produit du gaz, vous  n’allez  pas  nous  croire.  Cela parce  que  les  habitants  ne  se  retrouvent pas dans cette entreprise qui ne fait rien pour les populations autochtones. Ici, il n’y a ni eau potable ni poste de santé et pourtant l’usine, qui exploite notre gaz depuis 1976, aurait pu prendre tout cela  en  charge.  Récemment  on  a tenu une manifestation pour alerter,  aujourd’hui  l’histoire  nous  a donné raison ».

Une grande manifestation des populations après la maitrise des flammes
Ces populations de Ngadiaga et villages environnants, qui annoncent une grande manifestation après la maitrise des flammes, sont loin d’être rassurées par les propos du colonel Cheikh Tine, commandant du groupement d’incendie et de secours n° 2 de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers qui polarise les régions de Thiès et de Diourbel. Lequel assure que « les flammes sont contenues et le danger écarté ».

Sur les lieux du sinistre, il est facile de vérifier que le périmètre de sécurité mis en place pour isoler les populations du danger laisse à désirer. Baba Mbengue, coordonnateur du collectif pour la défense des intérêts de Ngadiaga, dénonce l’insécurité dans laquelle les populations du village et des localités environnantes se trouvent à la suite de l’incendie provoqué par l’explosion de ce puits de gaz. Il s’offusque de « l’implantation dans l’insécurité totale de 11 puits de gaz dans notre localité ».

A Ngadiaga tout est priorité
Une absence totale d’infrastructures de base. Il n’y a ni poste ni case de santé ni eau, entre autres. Il arrive souvent que les braves dames de la localité, ceinturée par des tuyaux de 11 puits de gaz, se réveillent tard dans la soirée, vers 3 heures du matin à la recherche du liquide précieux. Sur les lieux, avec la précarité dans laquelle vivent les populations riveraines, il est difficile de croire qu’à Ngadiaga, du gaz naturel est extrait. Tellement ses habitants sont pauvres. Massamba Gadiaga, membre du collectif, lui parle de « désert infrastructurel qui entoure la zone ».

Il dénonce « En plus de supporter la pollution gazeuse et sonore  de  la  société  Fortesa,  nous sommes  hantés  par  la  peur.  Nos braves dames, une fois enceintes, vivent entre peur et fatigue parce que n’ayant  pas  de  structure  sanitaire pouvant les prendre en charge. Ce sont les charrettes qui les emmènent à Notto Gouye Diama lors des accouchements. La société qui ravitaille la Sococim  avec  24  groupes  électrogènes et fait un chiffre d’affaires très élevé, la vente du gaz étant estimée à 65 millions FCFA par jour, ne pense même pas, dans le cadre de la Responsabilité  sociétale  d’entreprise (Rse), à nous fournir une structure sanitaire digne de ce nom ».

Le Témoin


Mardi 22 Décembre 2020 - 19:32


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