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Législatives en Éthiopie: l'impossible élection au Tigré, quatre ans après la fin de la guerre



Ce 1er juin 2026, des millions d’Éthiopiens se rendent aux urnes partout dans le pays pour les élections législatives, qui consacreront l’élection du Premier ministre. Excepté au Tigré, région du nord ravagée par une guerre achevée en 2022, où le scrutin n’aura pas lieu.

Depuis quelques semaines, des camions aux couleurs du Parti de la prospérité, au pouvoir, sillonnent les avenues d’Addis-Abeba. Les enceintes crachent une musique entraînante, interrompue par une voix enjoignant les habitants à se déplacer aux urnes.

Ce lundi 1er juin, 50 millions d’électeurs sont appelés à voter pour les 547 membres de la Chambre des représentants du peuple, la chambre basse du Parlement fédéral. Ces derniers désigneront ensuite le Premier ministre, chef de l’exécutif en Éthiopie, où le président n’a qu’un rôle honorifique.

Mais cette année encore, comme en 2021, les élections n’auront pas lieu dans les 38 circonscriptions du Tigré. Il y a cinq ans, la région était alors en pleine guerre. Mais aujourd’hui, trois ans et demi après l’accord de Pretoria qui a fait taire les armes, « l'organisation d’un scrutin reste impossible au Tigré, en raison d’un contexte sécuritaire extrêmement dégradé et de l'effondrement du système politique », avance Muauz Gidey, chercheur à l'Institut d'études politiques du Tigré.

Ces derniers mois en effet, les tensions entre le gouvernement et la région n’ont cessé de s’intensifier. Fin janvier, des affrontements directs entre l’armée fédérale et les forces tigréennes (TDF) ont eu lieu dans la zone reculée de Tsemlet, une première depuis la fin de la guerre en novembre 2022.

D’après le chercheur, l’éventualité d’un nouveau conflit a même conduit le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), à la tête de la région, à « instaurer la conscription forcée » et « à mobiliser des milliers de jeunes Tigréens ». Et début mai, par deux fois, des avions de chasse appartenant à l’armée fédérale ont été aperçus au-dessus de Mekele, « en guise de démonstration de force », ajoute-t-il.

Le Tigré « déconnecté »

Le dialogue politique entre Addis-Abeba et Mekele est également dans l’impasse. Le 8 avril, la reconduite par le gouvernement fédéral du général Tadesse Werede à la tête de l'Administration intérimaire du Tigré a ulcéré les caciques du TPLF, dont le président du parti Debretsion Gebremichael.

En réponse, ce dernier a rétabli, mi-avril, le Parlement régional d’avant-guerre, jugé illégitime par Addis-Abeba. Ce Parlement avait organisé des élections pour la dernière fois en 2020, après le rejet du report d’un an des législatives décidé par le pouvoir éthiopien. Le scrutin, rejeté à l’époque par le gouvernement fédéral, avait été l’un des déclencheurs de la guerre, qui a fait au moins 600 000 morts entre 2020 et 2022.

Le rétablissement du Parlement d’avant-guerre est « un véritable coup d'État, aux conséquences désastreuses », souligne Muauz Gidey. « En sapant les dispositions prévues par l’Administration intérimaire, dans le but de protéger leur oligarchie politico-militaire, les anciens du TPLF ont de fait déconnecté le Tigré du cadre constitutionnel fédéral. Dans ce contexte, impossible de faire participer les Tigréens à un quelconque processus électoral. »

Pour Kinge Hadush Belay, président du parti d’opposition tigréen Salsay Weyane Tigray (Sawet), la population de la région est aujourd’hui « prise en otage », « entre un parti qui lutte pour sa survie » et le gouvernement fédéral, ce qui « ne crée pas non plus un climat propice à des élections et au dialogue ».

« On lutte pour survivre »

D’un point de vue logistique aussi, organiser des élections dans une région où patientent encore dans des dizaines de camps plus de 750 000 personnes déplacées par la guerre est inenvisageable.

Ces personnes sont originaires du Tigré occidental, où d’après Human Rights Watch notamment, des crimes contre l’humanité et une campagne de nettoyage ethnique ont été perpétrés pendant le conflit. Depuis la guerre, ce territoire est toujours administré par les autorités de la région voisine de l’Amhara qui, selon plusieurs rapports, y appliquent une politique discriminatoire à l’égard des Tigréens.

Par ailleurs, la région est depuis le début de l’année dans un état de quasi-siège économique. La distribution d’argent liquide est interrompue, et le versement du budget régional de la part du gouvernement fédéral accuse un sérieux retard.

Des difficultés qui rendent le quotidien très compliqué pour les habitants, et nourrit une profonde lassitude à l’égard de la politique. Semhal (le nom a été modifié à la demande de l’intéressé) a quitté Mekele il y a quatre mois, pour travailler dans un restaurant à Addis-Abeba. « La vie est devenue tellement difficile au Tigré, tout est cher, et on lutte pour survivre, soupire-t-elle. Alors réfléchir aux élections, s’engager dans la politique, ce n’est pas du tout la priorité pour les gens. C’est un luxe. »

RFI

Lundi 1 Juin 2026 - 09:37


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