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Ouganda: Edward Rukidi Nyabongo Ier couronné roi du Tooro, sur fond de bataille de succession

Ancien journaliste de télévision, Edward Rukidi Nyabongo Ier doit recevoir la couronne ce mardi 29 septembre à Fort Portal. Les anciens du clan royal l’ont choisi, mais la mère et la sœur du défunt roi Oyo affirment qu’un fils devrait monter sur le trône. Derrière cette querelle familiale, une question plus large : qui décide qui devient roi ?



« Edward a les qualités pour réunir le trône et le peuple. » Le prince Patrick Araali Kasagama, cousin de la princesse Ruth Komuntale – la sœur d’Oyo – et parent d’Edward, veut croire que le nouveau roi y parviendra. À 56 ans, Edward Rukidi Kijanangoma, ancien présentateur du journal à la télévision nationale ougandaise, doit être couronné ce mardi 29 septembre roi du Tooro sous le nom d’Edward Rukidi Nyabongo Ier. Mais l’unité espérée par Patrick Kasagama sera mise à l’épreuve dès le début de son règne.
 
À Fort Portal, les cérémonies doivent conduire le roi désigné vers le palais de Karuziika après une procession nocturne. À l’entrée, des participants rejoueront une bataille : une résistance symbolique avant qu’il ne prenne possession du palais. Les désaccords qui entourent sa désignation, eux, ne relèvent pas du rituel.
 
Le clan choisit Edward, la famille invoque le testament
Après la mort du roi Oyo Nyimba en août, les anciens du clan dynastique Babiito ont choisi son cousin Edward pour lui succéder. Pourquoi lui ? Pour l’analyste Joseph Ochieno, interrogé par RFI, les anciens ont examiné sa lignée royale : Edward est le petit-fils d’un ancien roi du Tooro et remplit, selon lui, les critères pour accéder au trône.
 
Joseph Ochieno insiste surtout sur la manière dont le successeur est choisi. « Au Tooro, le fils d’un roi ne lui succède pas automatiquement », explique-t-il. « C’est le clan Babiito qui supervise le choix et le couronnement d’un nouveau roi. » Si Oyo souhaitait voir un fils lui succéder, ajoute l’analyste, il aurait dû en informer officiellement les anciens. « Cela n’a pas été fait ».
 
La mère du défunt roi, Best Kemigisa, et sa sœur, la princesse Ruth Komuntale, défendent une autre lecture de la succession. Elles invoquent un testament daté de 2022 qui, selon elles, désigne le fils d’Oyo comme héritier. Le Premier ministre du royaume, Calvin Armstrong Rwomiire, avait également annoncé après la mort d’Oyo que celui-ci laissait un prince dont l’identité serait révélée ultérieurement. Le président Yoweri Museveni a, lui aussi, évoqué l’existence d’un jeune héritier.
 
Ni le nom de cet enfant ni celui de sa mère n’ont été rendus publics. Best Kemigisa affirme qu’il devait rentrer des États-Unis avec la famille après la mort d’Oyo, qui y était soigné pour un cancer. Selon elle, la famille y a renoncé par crainte de l’exposer à une querelle devenue trop tendue. Les anciens du clan rétorquent qu’aucun fils ne leur avait été officiellement présenté comme héritier. L’existence et la filiation de l’enfant n’ont pas été établies publiquement de manière indépendante.
 
Le désaccord oppose ainsi les volontés écrites du roi défunt, invoquées par sa famille proche, et la décision des anciens, fondée sur les coutumes du clan.
 
Un roi attendu pour réunir le royaume
Le Tooro est l’un des royaumes traditionnels d’Ouganda. Son roi n’exerce pas de pouvoir politique officiel, mais il incarne l’identité culturelle du peuple batooro, dans l’ouest du pays. Pour l’analyste Joseph Ochieno, il est aussi un symbole d’unité et peut porter les projets de développement culturel du royaume. La succession ne change pas le gouvernement de l’Ouganda, mais elle compte pour ceux qui se reconnaissent dans ce royaume. Le président Yoweri Museveni est attendu au couronnement ; il n’a toutefois pas, rappelle l’analyste, le pouvoir de choisir le souverain à la place des institutions du Tooro.
 
Patrick Kasagama, lui, voit dans ce roi adulte la possibilité de prendre des décisions et de relancer les projets du royaume. Oyo, son prédécesseur, était monté sur le trône à seulement trois ans.
 
Edward a promis de redonner de l’élan à la vie culturelle du Tooro et à ses projets de développement. Le couronnement lui donnera les insignes royaux. Reste à voir s’il permettra aussi de rapprocher les branches de la famille qui s’opposent encore sur la succession d’Oyo.

RFI

Mardi 29 Septembre 2026 - 11:06


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