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Présidentielle au Bénin: une décennie de transformation économique et des défis persistants

Deux candidats sont en lice ce 12 avril 2026 pour succéder à Patrice Talon à la présidence du Bénin, qui quitte le pouvoir après deux mandats de 5 ans. Une décennie durant laquelle l’économie du pays a été profondément transformée, même si elle fait toujours face à un certain nombre de défis.



« Notre économie a été transformée ces dix dernières années », souligne Albert Honlonku, directeur de l’École nationale d'économie appliquée et de management (Eneam) à Cotonou. Il faut dire que le pays de 15 millions d’habitants connaît l’une des croissances les plus solides d’Afrique de l’Ouest : d’après les derniers chiffres de l’Institut national de la statistique et de la démographie, elle s’est établie à 8,8% au troisième trimestre 2025. C’est plus du double de l’Afrique subsaharienne (4,1% en 2025).

« Cotonou a été complètement transformée »
Le Bénin compte avant tout sur son secteur primaire, qui représente toujours près d’un tiers de l’économie. Le pays fait par exemple partie des premiers producteurs africains de noix de cajou. Cette année, il est même devenu le leader africain du coton, avec près de 650 000 tonnes cultivées.

En plus de produire, ces dix dernières années, l’accent a été mis sur la transformation locale, et c’est là que le pays se démarque par rapport aux voisins. L’un des projets phares de Patrice Talon a été la création de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, à 45 km de Cotonou. L’an dernier, cet espace de 1 600 hectares a ainsi transformé près de 13% de la production de coton du pays. Un sérieux bonus pour l’économie.

Rénovation du port de Sèmè-Kpodji, des milliers de kilomètres de route bitumés, constructions de nouveaux marchés : ces dernières années, le pays a développé ses infrastructures, surtout dans les grands centres urbains. « Par exemple, on dit souvent que Cotonou est au-dessous du niveau de la mer et subit des inondations », raconte Albert Honlonku. « Ces problèmes se conjuguent de plus en plus au passé : Cotonou a été complètement transformée, notamment avec l’asphaltage des rues », assure le directeur de l’Eneam.

Une dette publique contenue
Le pays mise également sur la montée en puissance de son secteur tertiaire, qui représente aujourd’hui près de la moitié du PIB. Le tourisme pèse de plus en plus lourd, avec plus de 1 200 milliards de francs CFA – environ 1,83 milliard d’euros – investis ces 10 dernières années et l’accent mis sur le tourisme mémoriel, ou encore le vodou.

Malgré ces nombreux investissements, « l’assainissement budgétaire a progressé », notent les analystes de S&P, entreprise américaine basée à New York et spécialisée dans l'information et l'analyse financière. Le déficit budgétaire devrait s’établir à 2,9% du PIB pour 2025, quand la dette publique atteint 51,8%, selon l’agence de notation financière américaine Fitch. C’est non seulement le résultat de la croissance économique du pays, mais aussi d’une volonté de mobiliser davantage les recettes fiscales.

Un secteur informel toujours proéminent
En dépit de ces efforts, le secteur informel représente toujours « plus de 60% du PIB », explique Albert Honlonku : « Ce sont par exemple des ménages qui ont leur petit lopin de terre. L’essentiel du secteur agricole est encore informel. Ce sont aussi des petits commerces en ville, une économie de survie. »

Si elle a été profondément transformée, l’économie béninoise fait en outre face à un certain nombre de défis. Parmi eux, il y a celui de la vie chère. Il y a deux ans, en mai 2024, des milliers de Béninois étaient descendus dans les rues à l’appel des quatre principaux syndicats. Même si l’inflation est contenue (1,2% en 2024), le taux de pauvreté reste élevé, plus d’un tiers de la population vit encore sous le seuil de pauvreté, et le pays est classé 173e sur 193 en matière d’Indice de développement humain (IDH).

Les attaques terroristes dans le Nord, un risque pour l’économie ?
L’autre défi pour l’économie du pays est de réussir à diversifier ses partenaires. Aujourd’hui, d’après S&P, 72% des exportations du Bénin partent vers le Nigeria, quand 10% partent pour le Bangladesh. « Cela pose un risque », écrivent les experts de l’agence de notation américaine, « alors que le Nigeria développe ses propres infrastructures portuaires ».

Enfin, les attaques terroristes dans le Nord du pays inquiètent certains investisseurs. « Cela pourrait pousser le Bénin à augmenter les dépenses en matière de sécurité et de défense », notent les analystes de S&P, qui s’attendent toutefois à une « continuité dans l’agenda de réformes ». L’insécurité pourrait aussi avoir un impact sur la production agricole ainsi que sur le tourisme, le Nord du pays abritant plusieurs parcs naturels prisés des visiteurs.

RFI

Samedi 11 Avril 2026 - 11:52


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