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14 000 décès liés à la chaleur en Allemagne, un record de morts et des questions



L'Allemagne, frappée cet été comme une grande partie de l'Europe par des canicules intenses, a connu un été extrêmement meurtrier. Selon des estimations provisoires publiées jeudi, 14 000 décès sont imputables aux vagues de chaleur estivales. Des critiques s'élèvent contre le manque de climatisation dans les hôpitaux ou d'équipements dans les résidences pour personnes âgées et la classe politique tente de réagir.

Ce bilan extrêmement lourd pour l'Allemagne a été aggravé surtout durant la dernière semaine de juin, où deux tiers des décès estivaux liés à la chaleur ont été enregistrés. Une période qui coïncide avec les plus hautes températures relevées en Allemagne, avec la barre des 41°C dépassée par endroits, même si la canicule n’a pas duré aussi longtemps que dans des pays européens plus méridionaux. Pourtant, les 14 000 décès liés à la chaleur recensés par l’Institut Robert Koch (RKI) jusqu’au 9 août sont deux fois plus élevés qu’en France et trois fois plus élevés qu’en Espagne.

Le chiffre de jeudi « est le plus haut depuis le début de ce type d'estimations qui remontent à 2016 », a indiqué Susanne Glasmacher, porte-parole du RKI. Le bulletin des médecins, qui remonte lui jusqu'en 1992 (deux ans après la réunification du pays), fait état d'un peu plus de 10 000 morts en 1994, le pire nombre qui avait été enregistré jusque-là.

Les personnes vulnérables insuffisamment protégées

Mais alors que l'automne n'arrivera que dans un mois, l'Allemagne, pays le plus peuplé de l'Union européenne avec ses 82 millions d'habitants, a déjà pulvérisé le précédent record datant de 2018 : elle avait alors enregistré 8 900 décès estimés liés à la chaleur. Le pays a plus d’habitants et compte une population vieillissante, avec, en moyenne, plus de personnes âgées que ses voisins, mais ces chiffres interrogent, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut. L’ancien ministre de la Santé, le social-démocrate Karl Lauterbach, lui-même diplômé en médecine, a affirmé que le nombre de décès était « sous-estimé », soulignant que l'Institut Robert Koch appliquait une «méthodologie plutôt prudente».
 
Comme ailleurs, ce sont les personnes de plus de 75 ans qui ont été les plus touchées. La chaleur n'entraîne en effet que rarement la mort de manière directe, comme c'est le cas par exemple lors d'un coup de chaleur. Dans la plupart des cas, il s'agit d'une combinaison de températures élevées et de pathologies préexistantes, telles que des maladies cardiovasculaires, pulmonaires ou rénales, qui conduit au décès. C'est pourquoi on parle de décès liés à la chaleur.
 
L’insuffisante protection de ces personnes vulnérables, le manque d'équipements pour lutter contre la chaleur dans les résidences pour personnes âgées ou de climatisation dans les hôpitaux ont été largement critiqués. Karl Lauterbach a abondé dans le sens des membres de son parti, le SPD, qui ont proposé dimanche dernier d'inscrire dans la Constitution allemande la protection de la nature et l'adaptation au changement climatique comme « missions communes » de l'État fédéral et des Länder (régions).
 
20 milliards d'euros rien que pour les hôpitaux et les maisons de retraite ?

« Une protection efficace contre la chaleur coûte cher », a-t-il remarqué, jugeant « justifié » le projet de ses pairs du SPD, partenaire minoritaire du gouvernement du chancelier conservateur Friedrich Merz. Karl Lauterbach a appelé les chrétiens-démocrates (CDU) et son parti frère bavarois (CSU) à se ranger derrière cette proposition.
 
La modification de la constitution doit permettre à l’État fédéral de soutenir financièrement les missions des communes et des régions. Récemment, l'Association allemande des villes et communes (DStGB) avait réclamé une meilleure protection contre la chaleur pour les hôpitaux et les maisons de retraite. « Les hôpitaux ont besoin de climatisation pour les patients, mais aussi pour le personnel soignant. Nous constatons ici un besoin d'investissement considérable, qui s'élèverait, selon des estimations approximatives, à au moins 20 milliards d'euros », avait affirmé son président, Ralph Spiegler, au journal Rheinische Post.
 
Les chrétiens-démocrates, à qui la gauche reproche actuellement de négliger l’environnement et de remettre en cause des dispositions écologiques, restent sceptiques et demandent à voir. Leur soutien serait indispensable mais il ne suffirait pas car une révision constitutionnelle implique une majorité des deux tiers au parlement, ce dont chrétiens et sociaux-démocrates ne disposent pas. Les Verts, qui ironisent sur un tournant sur le tard du SPD, soutiennent le projet. Ils sont rejoints par les organisations de défense de l’environnement qui exigent que ce changement symbolique s’accompagne de mesures concrètes.

RFI

Vendredi 21 Août 2026 - 10:41