A la Une: situation tendue à Bouaké


Les soldats ivoiriens qui se sont mutinés depuis vendredi à Bouaké, deuxième ville du pays, refusent de rendre les armes. Ils exigent toujours le versement de leurs primes. Hier, ils ont réprimé une manifestation d’habitants de Bouaké. Bilan : un mort et huit blessés…
 
Va-t-on « vers un affrontement entre l’armée et les mutins ? », s’interroge le site Afrik.com. « Ces actes d’une extrême gravité sont contraires à la mission de protection assignée aux forces armées. En conséquence, une opération militaire est en cours pour rétablir l’ordre », a déclaré hier le chef d’état-major militaire, le général Sekou Touré. Le gouvernement avait jusqu’à hier dimanche empêché une confrontation directe avec les mutins, mais la répression de la manifestation des habitants de Bouaké par ces mêmes mutins a changé la situation et un grand convoi militaire est en route pour Bouaké. »
 
Le site d’information ivoirien Le Point Sur laisse éclater sa colère : « Les mutineries à répétition dans les casernes du pays et principalement celles enregistrées dans la ville de Bouaké, centre névralgique de ces différentes humeurs militaires, achèvent de convaincre sur l’inopportunité de l’enrôlement, au sein de l’armée régulière, de plus de 8 000 ex-combattants issus des rangs de l’ancienne armée de la rébellion. […] Alassane Ouattara a-t-il eu tort d’intégrer un nombre aussi important d’ex-combattants, dont l’inculture en matière militaire sautait aux yeux ? La réponse est toute trouvée, s’exclame Le Point Sur, avec ces différents agissements qui affaiblissent son pouvoir. Les mutins ont fini par donner raison à tous ceux qui les qualifiaient d’amis encombrants de celui qui, contre vents et marées, leur a tout de même permis d’avoir malheureusement accès à la Grande muette ivoirienne. »
 
Des loups dans la bergerie…
 
Même tonalité dans la presse de la sous-région… « Quand une armée agit de la sorte, c’est qu’elle est pervertie, affirme Ledjely.com, dévoyée et même infiltrée. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, cette infiltration vient de l’intégration de certains rebelles au sein de l’armée, en guise de récompense par les nouvelles autorités. […] Les nouveaux venus, sans aucune formation préalable et ayant appris le maniement des armes par nécessité et sur le tas, n’ont qu’un seul moyen de revendication : leurs armes, déplore encore le site d’information guinéen. Réfractaires à l’encadrement, ils sont par ailleurs notoirement indisciplinés vis-à-vis de la hiérarchie. Et c’est cette espèce de loup qu’Alassane Ouattara a fait entrer dans la bergerie. Un regret qui devrait continuer à hanter sa conscience. »
 
Le quotidien Aujourd’hui au Burkina hausse encore le ton : « Y en a marre de ces Pancho Villa d’opérette ! C’est le pire des sacrilèges lorsque des militaires en arrivent à pointer leurs armes contre des frères civils ! »
 
ADO à la peine
 
Pour Le Pays, toujours au Burkina, « le président Alassane Ouattara ne doit s’en prendre qu’à lui-même. En effet, en s’engageant à payer à ces ex-rebelles cette sorte de rançon de la compromission quand ils se mutinaient en début d’année, ADO a plutôt fait preuve de laxisme et de fébrilité. Dans leur façon de gérer cette histoire de primes depuis janvier 2017, les autorités ivoiriennes ont donné l’impression à ces ex-rebelles qu’il valait mieux revendiquer à la canonnière. Le pouvoir ivoirien aurait tenu un langage de vérité aux mutins à travers des propositions réalistes et non contraignantes pour le Trésor public pour régler cette affaire de primes, qu’il ne serait pas dans cet engrenage aujourd’hui. En tout cas, pour sûr, pointe encore Le Pays, le soldat ADO est à la peine. Car, au stade actuel des choses, le président Ouattara n’a plus d’autre choix que de nouer un dialogue sincère avec les mutins. Et cela, sans folklore. Tenter de les mater serait prendre un gros risque, dans un pays qui sort à peine d’une grave crise sociopolitique. »
 
Enfin, « comme à l’accoutumée, quand la Côte d’Ivoire est enrhumée, le Burkina Faso éternue !, relève le site d’information burkinabé Wakat Séra. En effet, le trafic bloqué à cause de cette énième crise porte un cours dur aux transporteurs burkinabè. Ce sont des centaines de camions et de bus qui sont bloqués à la frontière et mettent ainsi à rude épreuve les économies ivoirienne et burkinabè. C’est clair, conclut Wakat Séra, Alassane Ouattara et la Côte d’Ivoire sont dans de beaux draps, et bien malin qui pourra prédire la fin de cette chienlit. »