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"Ayouni", le documentaire qui donne un visage aux disparus forcés de Syrie

Le dernier documentaire de la réalisatrice palestinienne Yasmin Fedda, "Ayouni", met en lumière les disparus forcés de Syrie à travers les quêtes intimes de Noura, veuve du cyberactiviste Bassel Khartabil, et de "Machi", sœur du prêtre italien Paolo Dall’Oglio, enlevé à Raqqa en 2013 et toujours porté disparu.



"Ayouni", le documentaire qui donne un visage aux disparus forcés de Syrie
"Je ne sais pas s’il est vivant. Je ne peux pas être sûre qu’il soit mort. Tant que je n’aurai pas vu son corps, je ne pourrai pas porter son deuil." Noura Ghazi a appris, en août 2017, l’exécution de son mari Bassel Khartabil Safadi, cinq ans après son arrestation à Damas et deux ans après sa disparition. Mais elle n’en sait pas plus. Ni où, ni quand, ni comment : "Avec un pistolet ? Le jour ou la nuit ?".
 
Depuis des années, cette avocate syrienne de 38 ans, militante des droits de l’Homme, remue ciel et terre, et ce aux quatre coins du monde, pour obtenir des réponses et recouvrer le "droit le plus basique de dire 'au revoir' à [son] mari".
 
Noura Ghazi partage les questions qui la hantent dans "Ayouni", le dernier documentaire de Yasmin Fedda qui sortira en streaming le 1er juillet. La réalisatrice palestinienne, lauréate d’un Bafta [équivalent britannique des César] et auteure de plusieurs films sur la Syrie, où elle a passé son enfance, a filmé Noura Ghazi dans sa quête de l’absent. Elle a suivi aussi Immacolata – dite "Machi", la sœur du père Paolo Dall’Oglio. Ce prêtre italien, qui a fondé dans les années 1980 le monastère catholique syriaque de Mar Mûsa, au nord de Damas, a été enlevé à Raqqa le 27 juillet 2013 par l’organisation État islamique. Il est depuis porté disparu.
 
Comme Bassel et Paolo, environ 100 000 personnes ont disparu en Syrie, selon Amnesty International, après avoir été arrêtées par le régime de Bachar al-Assad ou enlevées par divers groupes armés, dont l'organisation État islamique, depuis le début du conflit syrien en 2011.
 
"Machi" Dall'Oglio tient une photo de son frère, le père Paolo Dall'Oglio, enlevé en Syrie en 2013 par l'Ei et porté disparu depuis.
"Machi" Dall'Oglio tient une photo de son frère, le père Paolo Dall'Oglio, enlevé en Syrie en 2013 par l'Ei et porté disparu depuis. © Ayouni, Yasmin Fedda 2020
Un film d’auteur sur la complexité des émotions
 
Pendant six ans, Yasmin Fedda a filmé ces deux femmes qui ne se connaissaient pas mais ont été réunies par un drame commun. "J’avais commencé un projet sur le père Dall’Oglio, qui était un ami, quand nous avons appris son enlèvement. Mon film a alors pris une autre tournure", raconte la réalisatrice à France 24. De l’Irak à l’Italie, en passant par le Liban et le Royaume-Uni, elle a recueilli leurs confidences, leurs larmes, leurs questions et filmé leur combat pour la vérité et la justice.
 
"J’ai tenté de saisir la complexité de leurs émotions. En six ans, il y a eu différentes phases, allant de la colère à l’espoir, mais la recherche de la vérité les a toujours maintenues debout", explique Yasmin Fedda. Comme le dit Machi aux ravisseurs de son frère dans une vidéo postée en 2014 : "Nous espérons serrer Paolo dans nos bras mais nous sommes prêts à pleurer sa mort".
 
Ni enquête journalistique – même si les faits sont vérifiés —, ni film de campagne pour les droits de l’Homme, même si "Ayouni" est soutenu par Amnesty International et l’ONG pro-démocratie The Syria Campaign, le documentaire de Yasmin Fedda est un film d’auteur. Un documentaire qui donne à réfléchir sur les crimes de guerre à travers des histoires intimes. "Ce n’est pas qu’un film sur la Syrie et sur la stratégie guerrière des disparitions forcées, c’est aussi un film qui touche à des sentiments universels", analyse Yasmin Fedda.
 
Les "mariés de la révolution"
 
"'Ayouni' signifie les yeux en arabe", traduit Yasmin Fedda. "Mais c’est aussi un terme d’affection que l’on adresse aux gens qu’on aime. On peut donc lui donner une double lecture : soit ce que les gens voient, soit un témoignage sur l’amour".

RFI

Vendredi 26 Juin 2020 - 13:53



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