« Le Forum n’est pas un lieu où des décisions se prennent », précise Fabien Cohen, secrétaire du Conseil international du Forum social mondial (FSM), alors en pleine organisation de la cérémonie de clôture. Ce sont les mouvements, de manière collective ou individuelle, qui prennent des engagements. Ce n'est pas « une structure, c’est un lieu de facilitation, on crée les conditions pour que les gens se réunissent », rajoute Fabien Cohen, très heureux que l’événement retrouve le continent africain après 15 ans d’absence.
Le sommet s'est achevé près du jardin botanique de l'université, avec une marche à l'intérieur du campus. En tête de cortège, une banderole à l'effigie de Thomas Sankara. Le comité international de son mémorial avait animé un panel plus tôt dans la journée. C'est Ouédraogo Sapawendé qui a résumé les idéaux du capitaine burkinabè, assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou. « La souveraineté de l'Afrique, c'est aussi l'unité, c'est l'anticapitalisme, c'est de faire en sorte que le pouvoir politique soit entre les mains du peuple », déclare-t-il au micro de notre correspondant à Cotonou, Jean-Luc Aplogan.
« L’idée est de créer des structures solides, dans lesquelles nous allons pouvoir parler d’une voix »
Parmi les 15 thématiques abordées lors de cette 17e édition du Forum social mondial : les migrations. Un « village » réunissant des dizaines d’associations a vu le jour durant l’événement, avec la participation notamment du réseau afro-européen Migreurop. Sarah Bachellerie fait partie de l’équipe de coordination : « On était regroupés avec 70 organisations qui travaillent sur la question migratoire. Il y avait des ateliers sur la liberté de circulation, sur la criminalisation des personnes migrantes, un autre qui réunissait les familles de disparus », précise-t-elle. Migreurop dénonce les politiques européennes migratoires hostiles aux exilés et les entraves à la liberté de circulation.
Mais lors de cette édition béninoise, Sarah Bachellerie a également voulu mettre une autre thématique en avant. « Un des constats très forts de ce Forum portait sur la mobilité intra-africaine. En effet, comme l’Europe externalise ses frontières, comme d’autres pays occidentaux, en déléguant aux pays africains le contrôle migratoire et en les poussant à adopter la même idéologie sécuritaire, cela empêche les ressortissants africains de se déplacer au sein même de leur continent », analyse la responsable.
À ses côtés, Moctar Dan Yaye, fondateur de l’association Alarme Phone Sahara, une initiative qui fait la promotion et la défense des droits des personnes en mobilité et notamment des jeunes personnes qui traversent le Sahara. Lui aussi, comme Migreurop, milite pour mettre fin à l’entrave à la mobilité. L’objectif lors de ce Forum est d'unir davantage d’associations : « On a remarqué qu’à quelques endroits sur le continent, il y a des activités qui se font, mais le fait de ne pas venir complètement ensemble ça limite les luttes. L’idée est de créer des structures solides, dans lesquelles nous allons pouvoir parler d’une voix ».
Répartir l'imposition de façon équitable
La convergence des luttes, oui, mais il faut également prendre en compte les problématiques actuelles, comme le résume Sarah Bachellerie. « On est confrontés à des défis très spécifiques autour de la criminalisation grandissante de la mobilité, des personnes qui sont détenues, il y a tout un mouvement autour des États européens qui veulent créer des centres d’expulsion hors de leurs frontières. On va donc créer un observatoire pour pouvoir suivre ce processus », note-t-elle.
Outre le débat collectif, c’est bien l’intersectionnalité rendue possible par ce type d’événements que retient Moctar Dan Yaye : « Il y a la question du changement climatique en lien avec la migration, les questions d’insécurité, notamment au Sahel. Tous ces groupes qui travaillent sur ces thématiques différentes, cela ajoute une force et permet de mettre le doigt sur ce problème global de la mobilité dans le monde ».
Côté justice fiscale, dont l’objectif est de répartir l’imposition de la manière la plus équitable possible en fonction des capacités financières, plusieurs idées sont mises sur la table. Robin Guittard fait partie de l’association CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement), il évoque une des pistes de réflexion développées durant le Forum. « On propose de passer à une taxation unitaire, c’est-à-dire estimer qu’une multinationale est une entité unique et qu’il faut la taxer sur l’activité réelle qu’elle produit, présente-t-il, avant de compléter que, si on prend l’exemple des pays africains, l’augmentation de la fiscalité équivaut à tous les encours de prêt qu’ils ont avec le FMI. »
« Nous voulions revenir en Afrique »
Des heures de discussions, des accords, la 17e édition du Forum social mondial s’est déroulée sans encombre, malgré la possibilité d’annulation de l’événement, sous contraintes gouvernementales, un contretemps qui a réduit la durée du Forum sur trois jours. « Une simple incompréhension entre le gouvernement et le conseil national d’organisation », concède Fabien Cohen.
À l’heure du bilan, le secrétaire du Conseil international est plutôt satisfait. « Nous voulions revenir en Afrique, et nous sommes toujours persuadés après le Forum que nous avons fait le bon choix, assure-t-il au téléphone, avant d’ajouter que l'on a aujourd’hui un résultat qui permet de montrer que l’état du monde est tel qu’il mérite que les peuples soient solidaires et que les problématiques posées soient à la fois intersectionnelles et en même temps que chacune ait ses propres luttes et propositions d’alternative. »
Un appel global des organismes présents à Cotonou a tout de même été lancé depuis la cérémonie de clôture du Forum, pour mettre en place une plate-forme internationale pour la souveraineté d’Haïti qui aboutirait, en 2027, à l’organisation d’une grande conférence nationale pour Haïti, dans la Caraïbe.
Le sommet s'est achevé près du jardin botanique de l'université, avec une marche à l'intérieur du campus. En tête de cortège, une banderole à l'effigie de Thomas Sankara. Le comité international de son mémorial avait animé un panel plus tôt dans la journée. C'est Ouédraogo Sapawendé qui a résumé les idéaux du capitaine burkinabè, assassiné le 15 octobre 1987 à Ouagadougou. « La souveraineté de l'Afrique, c'est aussi l'unité, c'est l'anticapitalisme, c'est de faire en sorte que le pouvoir politique soit entre les mains du peuple », déclare-t-il au micro de notre correspondant à Cotonou, Jean-Luc Aplogan.
« L’idée est de créer des structures solides, dans lesquelles nous allons pouvoir parler d’une voix »
Parmi les 15 thématiques abordées lors de cette 17e édition du Forum social mondial : les migrations. Un « village » réunissant des dizaines d’associations a vu le jour durant l’événement, avec la participation notamment du réseau afro-européen Migreurop. Sarah Bachellerie fait partie de l’équipe de coordination : « On était regroupés avec 70 organisations qui travaillent sur la question migratoire. Il y avait des ateliers sur la liberté de circulation, sur la criminalisation des personnes migrantes, un autre qui réunissait les familles de disparus », précise-t-elle. Migreurop dénonce les politiques européennes migratoires hostiles aux exilés et les entraves à la liberté de circulation.
Mais lors de cette édition béninoise, Sarah Bachellerie a également voulu mettre une autre thématique en avant. « Un des constats très forts de ce Forum portait sur la mobilité intra-africaine. En effet, comme l’Europe externalise ses frontières, comme d’autres pays occidentaux, en déléguant aux pays africains le contrôle migratoire et en les poussant à adopter la même idéologie sécuritaire, cela empêche les ressortissants africains de se déplacer au sein même de leur continent », analyse la responsable.
À ses côtés, Moctar Dan Yaye, fondateur de l’association Alarme Phone Sahara, une initiative qui fait la promotion et la défense des droits des personnes en mobilité et notamment des jeunes personnes qui traversent le Sahara. Lui aussi, comme Migreurop, milite pour mettre fin à l’entrave à la mobilité. L’objectif lors de ce Forum est d'unir davantage d’associations : « On a remarqué qu’à quelques endroits sur le continent, il y a des activités qui se font, mais le fait de ne pas venir complètement ensemble ça limite les luttes. L’idée est de créer des structures solides, dans lesquelles nous allons pouvoir parler d’une voix ».
Répartir l'imposition de façon équitable
La convergence des luttes, oui, mais il faut également prendre en compte les problématiques actuelles, comme le résume Sarah Bachellerie. « On est confrontés à des défis très spécifiques autour de la criminalisation grandissante de la mobilité, des personnes qui sont détenues, il y a tout un mouvement autour des États européens qui veulent créer des centres d’expulsion hors de leurs frontières. On va donc créer un observatoire pour pouvoir suivre ce processus », note-t-elle.
Outre le débat collectif, c’est bien l’intersectionnalité rendue possible par ce type d’événements que retient Moctar Dan Yaye : « Il y a la question du changement climatique en lien avec la migration, les questions d’insécurité, notamment au Sahel. Tous ces groupes qui travaillent sur ces thématiques différentes, cela ajoute une force et permet de mettre le doigt sur ce problème global de la mobilité dans le monde ».
Côté justice fiscale, dont l’objectif est de répartir l’imposition de la manière la plus équitable possible en fonction des capacités financières, plusieurs idées sont mises sur la table. Robin Guittard fait partie de l’association CCFD-Terre Solidaire (Comité catholique contre la faim et pour le développement), il évoque une des pistes de réflexion développées durant le Forum. « On propose de passer à une taxation unitaire, c’est-à-dire estimer qu’une multinationale est une entité unique et qu’il faut la taxer sur l’activité réelle qu’elle produit, présente-t-il, avant de compléter que, si on prend l’exemple des pays africains, l’augmentation de la fiscalité équivaut à tous les encours de prêt qu’ils ont avec le FMI. »
« Nous voulions revenir en Afrique »
Des heures de discussions, des accords, la 17e édition du Forum social mondial s’est déroulée sans encombre, malgré la possibilité d’annulation de l’événement, sous contraintes gouvernementales, un contretemps qui a réduit la durée du Forum sur trois jours. « Une simple incompréhension entre le gouvernement et le conseil national d’organisation », concède Fabien Cohen.
À l’heure du bilan, le secrétaire du Conseil international est plutôt satisfait. « Nous voulions revenir en Afrique, et nous sommes toujours persuadés après le Forum que nous avons fait le bon choix, assure-t-il au téléphone, avant d’ajouter que l'on a aujourd’hui un résultat qui permet de montrer que l’état du monde est tel qu’il mérite que les peuples soient solidaires et que les problématiques posées soient à la fois intersectionnelles et en même temps que chacune ait ses propres luttes et propositions d’alternative. »
Un appel global des organismes présents à Cotonou a tout de même été lancé depuis la cérémonie de clôture du Forum, pour mettre en place une plate-forme internationale pour la souveraineté d’Haïti qui aboutirait, en 2027, à l’organisation d’une grande conférence nationale pour Haïti, dans la Caraïbe.
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