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Burundi: deux ans et demi de prison pour un message sur internet



Consternation au sein de la rédaction de l’hebdomadaire Iwacu au Burundi, l’un des derniers médias indépendants du pays : 4 journalistes d’Iwacu ont été condamnés jeudi dernier à deux ans et demi de prison et à une amende d’un million de francs burundais chacun. Leur tort ? Avoir voulu faire leur métier, tout simplement. Tout commence le 22 octobre dernier. Nos 4 confrères et leur chauffeur se rendent à Musigati dans la province de Bubanza pour couvrir une incursion rebelle. Quelques minutes après leur arrivée, sans même avoir pu commencer leur reportage, la police les embarque.

S’en suit un feuilleton judiciaire ubuesque que nous raconte Antoine Kaburahe, le fondateur d’Iwacu : « les journalistes et leur chauffeur se retrouvent dans un cachot insalubre, isolés, traités comme des criminels. Devant le tollé général, les conditions sont adoucies. Ils sont finalement inculpés de 'complicité d’atteinte à la sureté intérieure de l’État'. L’accusation est grave, passible de la prison à perpétuité. Mais Iwacu attend le procès avec sérénité, pointe Antoine Kaburahe. On sait qu’ils sont innocents. Pendant plus de deux mois, les journalistes végètent dans la prison de Bubanza. Arrive enfin le procès. A court d’accusations, le ministère exhume un message WhatsApp, dans lequel l’un des journalistes indiquait : « Nous nous dirigerons vers Bubanza (…) pour aider les rebelles ». Une boutade, à la limite maladroite, commente Antoine Kaburahe. (…) Jeudi dernier donc, poursuit-il, les juges se retrouvent devant un dilemme : condamner les journalistes pour une blague sur WhatsApp ? Trop gros. Le ridicule de la situation ne leur échappe pas. Les relaxer ? Ce que le droit leur commande, ils n’osent pas. Ils n’ont pas ce courage, car ce serait reconnaître qu’ils se sont trompés. (…)

« Tentative impossible d’atteinte à la sûreté de l’État »

Après plusieurs heures (de délibéré), ils trouvent enfin ! Ils vont requalifier l’infraction. De « complicité d’atteinte à la sureté intérieure de l’État », les journalistes d’Iwacu se retrouvent accusés de « tentative impossible d’atteinte à la sûreté de l’Etat ». Mais quel coup de génie !, s’exclame Antoine Kaburahe. En fait, précise-t-il, l’infraction existe bien dans le droit pénal burundais. Il s’agit de l’article 16 du Code pénal qui dit « qu’il y a tentative impossible lorsqu’un délinquant en puissance a fait tout ce qui était en son pouvoir pour commettre une infraction alors que celle-ci ne pouvait se réaliser par suite d’une impossibilité qu’il ignorait ». Ces journalistes, considérés désormais comme 'délinquants', auraient donc quitté Iwacu pour se rendre à Bubanza afin de commettre une infraction (soi-disant, aider les rebelles), mais arrivés là-bas, ils se sont retrouvés dans l’impossibilité de commettre leur forfait et ils ignoraient cela. « N’essayez pas de comprendre, s’exclame le fondateur d’Iwacu. Il n’y a rien à comprendre ». Interrogés, plusieurs spécialistes de la loi, Burundais et étrangers, sont stupéfaits. Ils disent qu’« à défaut de dire le droit, les juges de Bubanza ont été très créatifs… »

« Ne tuez pas le messager ! »

En fait, commente l’éditorialiste d’Iwacu, Léandre Sikuyavuga : « Agnès, Christine, Térence et Égide pensaient jouer un rôle essentiel en voulant faire la lumière sur une question d’actualité. Ils n’auraient pas dû être poursuivis pour le travail qu’ils accomplissaient en toute légitimité. Ils n’ont commis d’autre 'crime' que l’exercice de leur profession. (…) Iwacu va interjeter appel. » 

Jeune Afrique relate également cette affaire : JA précise que lors de cette fameuse attaque du 22 octobre, « au moins 14 rebelles du groupe burundais RED-Tabara, basé dans l’est de la RDC, ont été tués, selon la police burundaise. De son côté, le mouvement rebelle a affirmé avoir abattu une dizaine de membres des forces de défense et de sécurité. Reporters sans frontières et Human Rights Watch ont demandé à plusieurs reprises la libération des 4 journalistes. » Sans résultat.

L’information est également commentée dans les colonnes du Soir en Belgique, avec ces mots : « 'Ne tuez pas le messager', écrivait il y a bien longtemps Sophocle dans Œdipe Roi. Deux bons millénaires plus tard, s’en prendre à celui qui apporte de mauvaises nouvelles est toujours une pratique courante » : de la Chine, au Mexique, en passant donc par le Burundi.

RFI

Lundi 3 Février 2020 - 08:31



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