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CELIBATAIRES PAR CHOIX : Les solistes de la vie

La plupart le sont faute d’avoir pu « se caser ». Mais certains ont fait le choix du célibat, pour privilégier leur carrière ou plus simplement parce que ça leur plaît. Et ils l’assument vaille que vaille, malgré l’énorme pression sociale. Focus sur un nouveau phénomène de société, qui gagne du terrain tous les jours.



CELIBATAIRES PAR CHOIX : Les solistes de la vie

Une vie pleine de promesses. Un emploi qui paie bien dans le secteur bancaire. Une gueule d’ange. Des nanas qui défilent comme dans un concours de beauté. C’est le quotidien de Tamsir. Ce trentenaire qui déchire la vie avec toutes ses dents correspond exactement au profil de « Grand Thiof de Luxe » si couru par les filles. Le cou cerclé d’or, l’homme promène sa mise impeccable dans les coins branchés de Dakar. Pas toujours avec la même fille : « je ne suis pas un inconditionnel de la fidélité », lâche-t-il entre deux bonnes rasades de bière.

 

Toute sa vie est dans son nouveau portable flambant neuf. Son répertoire téléphonique est un ticket d’entrée au paradis sur terre. Quand le curseur fait défiler les noms de ses conquêtes féminines, le choix s’offre un spectre aussi large que l’alphabet français. A comme Awa, B comme Bijou, C comme Codou, … Z comme Zeina.

 

Il est 19 heures. Une journée de travail vient de s'achever. En éteignant son ordinateur portable, Tamsir se pose une nouvelle fois la sempiternelle question : comment diable va-t-il meubler ce début de soirée ? La salle de sport ? Ce sera pour demain. Il n'a pas encore totalement récupéré. Pas de resto ni de rencard bien intéressant à l'horizon. Au bout de quelques minutes d'hésitation, il décide finalement de rentrer chez lui, de regagner son appart plutôt coquet, décoré avec goût et au confort un peu m'as-tu-vu, avec écran Plasma, chaîne Hi-Fi, frigo avec distributeur de glaçons et tout le toutim.

 

Il se contentera peut-être de commander un hamburger ou une pizza, de piocher dans la pile de DVD piratés qui trône sur la table basse, ou de zapper en attendant que Morphée vienne le taquiner. A moins qu’une bonne surprise ne vienne le tirer de son ennui. Il a perdu son ami Salif depuis que ce dernier s’est passé la corde au cou. Ils ne vivent plus dans le même monde. Salif est devenu un procureur moralisateur qui n’a plus qu’un seul mot à la bouche : responsabilité. « Il fait partie maintenant des futurs pères de famille, des gens respectables et responsables », se moque-t-il. Son ami a maintenant d’autres préoccupations, d’autres envies et surtout, une kyrielle d’obligations. En y pensant, Tamsir se dit finalement que la vie de célibataire n’est pas si mal que cela. Une vie de liberté que rien ne saurait remplacer.

 

Le cas de Tamsir est loin d’être isolé. Ils sont de plus en plus nombreux les Sénégalais à penser que le bonheur ne vient pas par le mariage. Les raisons varient d’un bout à l’autre puisqu’on trouve du tout dans le tas. Il y a ceux qui trouvent que le mariage est devenu un acte vénal, qu’il faut être armé d’un bon paquet de fric pour trouver chaussure à son pied, que les familles se moquent de l’amour tant qu’il y a de l’argent à gagner. Ils sont soient paumés soient rebelles à l’ordre établi. On peut aussi vouloir jouer au solitaire après une première expérience de couple qui aurait tourné court. “Chat échaudé craint l'eau”, dit l'adage. Et un premier mariage mal vécu peut vacciner pour un temps contre l'envie de convoler en secondes noces. La situation est d'autant plus fréquente que, dans notre société, rien ne prépare réellement à la vie à deux. Le mariage à l'essai, comprendre concubinage ou union libre, n'étant pas encore dans nos mœurs, les jeunes mariés se jettent souvent à l'eau sans expérience ni mode d'emploi. On débarque avec les meilleures intentions du monde et des rêves plein la tête... pour se rendre rapidement compte que les choses ne sont pas si simples. Et que l'expression « ils vécurent heureux et eurent plein d'enfants » n'est qu'une figure de style, utile pour meubler la littérature enfantine. Résultat : l'augmentation du taux de divorce, surtout en milieu urbain, vient gonfler les rangs des célibataires. Il y a enfin les célibataires convaincus qui ne vivent pas leur statut comme une punition, mais plutôt comme un choix de vie. Ils sont souvent ce que l’on appelle de « bons partis », mais ne veulent surtout pas se compliquer la vie en partageant celle d’un autre.

 

 

 

UNE VIE A SOI

 

Cette dernière catégorie de célibataires ne veut pas perpétuer le consensus social, reproduire le modèle établi. Un modèle qui institue le mariage non seulement comme un passage obligé, mais comme une étape structurelle de la vie d'un individu : on naît, on grandit, on se marie, on a des enfants et on vieillit... Ils ont choisi d’assumer leur célibat quitte à se faire désigner du doigt par une société qui ne supporte pas qu’on n’applique point ces édits.

 

Et il faut convenir que, sur certains aspects au moins, le célibat a ses avantages, qui sont autant de motivations chez ces solistes de la vie. Certes, ces motivations sont aussi diverses que le sont les vécus des personnes concernées. Mais il existe cependant des dénominateurs communs dans le choix d'une existence au singulier. Et ce formidable sentiment de liberté n'est pas le moindre. « Être célibataire, c'est beaucoup d'avantages et peu de contraintes. C'est un statut qui offre un extraordinaire sentiment de liberté, qu'il est difficile d'atteindre autrement », résume Marie, jolie directrice marketing de 36 ans.

 

On peut comprendre cette femme pleine de vie qui a choisi d’être le propre contrôleur du volant de sa vie. D'abord, en quittant le domicile parental, on découvre pour la première fois le plein sens du mot « indépendance ». Une énorme bouffée d'oxygène que l'on n'a pas forcément envie de perdre de sitôt, en remplaçant une « autorité » par une autre, fut-elle moins appuyée et moins puissante. C'est l'Amérique : plus personne pour vous dire ce qu'il faut faire de vos jours et de vos nuits, pour vous imposer des contraintes horaires ou porter un jugement sur vos fréquentations ou votre mode de vie. Pourquoi donc s'encombrer d'un nouveau package d'obligations et d'espaces de négociation, que ce soit pour le choix de la destination des vacances ou la fréquence des dîners chez belle-maman. « Je peux, sur un coup de tête, décider de passer la soirée en ville, si cela me chante. Pensez-vous que ce soit possible pour un homme marié ? », fait remarquer, avec une satisfaction non dissimulée, Amadou, médecin de 42 ans.

 

 

LA CARRIERE D’ABORD

 

Quand l’homme marié affiche les photos familiales dans son bureau, le célibataire se la joue en solo. Pour lui, son statut est un solide atout pour sa carrière professionnelle. En effet, l'absence de contraintes familiales rime avec davantage de disponibilité : vous avez forcément plus de temps pour travailler sur vos dossiers, puisque personne ne vous attend pour le dîner et que vous n'avez pas à endurer de remarques quand vous ramenez du travail à la maison. Résultat : cela ne peut que booster votre plan de carrière. « Je me rends bien compte que si j'étais père de famille, je n'aurais jamais grimpé les échelons aussi rapidement. C'est une question de disponibilité, mais aussi et surtout de priorités. Pour moi, c'est d'abord boulot, boulot, boulot... », note Abdou Aziz, fringuant analyste financier. Même son de cloche chez Aïssatou : « Au cours de ma carrière, j'ai travaillé dans des multinationales, où il fallait batailler jusqu'à 15 heures par jour pour faire sa place. Je voyage souvent et, à 30 ans, j'avais déjà toute une équipe à gérer. Je ne crois pas que tout cela soit compatible avec une vie de famille ».

Doit-on alors penser que les célibataires n’ont pas de vie sentimentale ? Que non ! Car l’autre privilège du célibat, peut-être l'un des plus convaincants pour certains, c'est la possibilité de multiplier les rencontres et les relations. « Choisir le célibat, ce n'est pas exactement renoncer à la présence d'un partenaire. C'est également se donner la possibilité d'en avoir plusieurs », confie cet homme rompu à la tâche sentimentale. Toujours est-il que le constat se conjugue essentiellement au masculin et dans un environnement propice à la mixité et à la promiscuité entre les deux sexes. Le phénomène est plus remarquable dans les centres urbains comme Dakar où la relation entre homme et femme en dehors des liens du mariage est culturellement tolérée, même si elle reste religieusement bannie. Dans un tel contexte, le poids du besoin sexuel est de mieux en mieux géré et le statut de célibataire mieux assumé.

 

Pour autant, le « single » endurci n'est pas forcément le coureur invétéré qu'on croit, ce joyeux drille qui tire sur tout ce qui bouge, arborant sa liste de conquêtes comme des trophées de chasse. Il n'est pas contre les relations plus ou moins suivies. Mais uniquement des relations limitées dans le temps et l'espace, sans véritable engagement. Des relations où le concept même de cohabitation est écarté. En clair, on a beau se voir fréquemment et partager sorties et autres plaisirs, c'est d'abord chacun chez soi. Car vivre ensemble, c'est souvent déjà faire un pas vers le mariage. Et là, stop ! « Entre rester célibataire en multipliant les aventures et se marier pour tromper sa femme à tour de bras, laquelle des deux situations est la plus irrationnelle, la plus illogique ? », philosophe Tamsir.

 

 LE POIDS DE LA PRESSION

 

Ils sont libres, épanouis et performants professionnellement, mais tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les célibataires convaincus. Sans parler de la solitude parfois pesante, cette liberté tant chérie a inévitablement un prix. D'abord, il faut avoir les moyens de vivre en solo. Les nombreuses sorties, les plats livrés à domicile, les activités diverses pour occuper son temps libre... ça finit par chiffrer. En plus, vivre à deux ne signifie pas dépenser deux fois plus, mais au contraire réaliser d'importantes économies et, souvent, accéder à un niveau de vie supérieur. Nos amis célibataires doivent également gérer la composition de leur cercle d'amitiés. En effet, si vous ne connaissez que des couples, difficile de les fréquenter sans avoir l'impression d'être de trop. Et inviter chaque fois une cavalière ou un cavalier différent vous vaudra rapidement l'exclusion… En vieillissant, cela risque de devenir de plus en plus problématique : vous vous retrouverez vite cerné par les mariés. Il vous restera à faire montre de solidarité et recruter parmi vos proches tous les autres célibataires. Et de toute manière, vu la conjoncture actuelle, le réservoir de secours que sont les divorcés n'est pas près de se tarir.

 

Mais le challenge le plus difficile que vous aurez à relever sera la pression inouïe qu'exerce la société et le regard peu amène qu'elle pose sur vous. Dans une société qui sacralise les liens du mariage, un tel choix de vie suscite l’indignation qui finit par faire place à l’incompréhension puis à l’accusation. « Est-ce vraiment un homme ? ». La question de la virilité de l’homme est agitée, peut-être pour pousser ce dernier à lever le doute, donc à prendre femme. Les solistes de la vie doivent vivre en permanence avec le poids de la pression.

 

Et incontestablement, cette pression s'exerce davantage sur le sexe féminin. Ne dit-on pas d'un célibataire qu'il est libre, et d'une célibataire qu'elle est esseulée, voire vieille fille. Comme si, pour une femme, il n'y avait pas de salut hors de la vie conjugale ! Une croyance d'autant plus solidement ancrée qu'elle a accompagné, voire façonné, l'éducation de la fille sénégalaise. C'est ce qui explique d'ailleurs que dans la tribu des célibataires endurcis, le quota des femmes est loin de la parité. Et aussi le fait que la plupart soient d'un haut niveau d'instruction et appartiennent à une certaine catégorie socioprofessionnelle plutôt élevée.

 

 L’HORLOGE BIOLOGIQUE

 

Il ne faut pas non plus oublier une autre contrainte, d'ordre biologique celle-là. Nous parlons de l'envie de maternité, ce besoin pressant qui sommeille sans doute en chacune d'entre elles. Et en attendant la possibilité de « faire un enfant toute seule », la maternité restera, avec cette horloge biologique qui tourne, un facteur déterminant et une motivation implacable.

 

« À la limite, je peux me mettre avec quelqu'un sans ressentir de l'amour pour lui. Car mon souhait le plus urgent est d'avoir un enfant, quitte à divorcer quelques années après », soupire Khady, infirmière de 38 ans, qui ajoute : « Notre souci entre ‘vieilles filles’, c'est le pronostic ovaire. Nous parlons constamment de notre fertilité qui diminue ». C'est certainement la raison pour laquelle les mères divorcées, ayant la garde de leurs enfants, vivent beaucoup mieux leur statut de célibataires. Elles ont déjà résolu le problème de la procréation.

 

Débarrassée de tout compte à rebours de fertilité, la gent masculine encaisse cette pression avec davantage de nonchalance et de sérénité. La paternité, symbole de continuité et de transmission, est certes une mission imposée par la famille et la société. Mais le célibataire peut toujours se rassurer avec l'idée, parfois illusoire, de pouvoir toujours se rattraper par un mariage et un enfantement sur le tard.

 



Dimanche 8 Janvier 2012 - 13:04



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