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Cameroun: l’Église orthodoxe russe autorisée à exercer, un pas de plus de Moscou sur le continent



Cameroun: l’Église orthodoxe russe autorisée à exercer, un pas de plus de Moscou sur le continent
Au Cameroun, le 23 janvier 2026, des décrets présidentiels signés par Paul Biya ont autorisé huit nouvelles Églises à exercer légalement dans le pays. Parmi elles, l’Église orthodoxe russe (EOR), désormais établie à Yaoundé. Une décision rapidement saluée par la hiérarchie ecclésiastique russe, qui s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à renforcer l’influence culturelle et spirituelle de Moscou sur le continent africain.

Avec l’autorisation accordée par Yaoundé, l’Église orthodoxe russe s’implante officiellement dans un pays de plus du continent. Cette reconnaissance officielle intervient quatre ans après la création, fin 2021, d’une juridiction spécifique de l’Église orthodoxe russe pour l’Afrique, un Exerchat patriarcal d’Afrique. Une initiative qui répond à une double stratégie de concurrence avec le patriarcat orthodoxe d'Alexandrie et d'influence au profit de la politique de Moscou.

L’Exarchat patriarcal d’Afrique a été institué par décision du Saint-Synode début 2019, lorsque le patriarcat de Constantinople, considéré comme l’Église mère de l’orthodoxie, reconnaît l’autonomie de l’Église orthodoxe d’Ukraine. Pour le patriarcat de Moscou, cette décision constitue un casus belli ecclésiastique. À l’époque, des clercs de huit pays s’étaient adressés au patriarche Cyrille pour demander à être reçus dans l’EOR.

L’Église russe en profite pour s'émanciper des règles en matière de compétences territoriales au sein du monde orthodoxe et crée l'Exarchat pour s'implanter sur les terres dévolues depuis des siècles au patriarcat d'Alexandrie. Deux diocèses ont alors été créés : celui d’Afrique du Nord et celui d’Afrique du Sud.

Religion et diplomatie russe, une stratégie assumée

Cette offensive religieuse accompagne la relance de la diplomatie africaine de Moscou, amorcée lors du premier sommet Russie–Afrique de Sotchi en 2019. En investissant le champ confessionnel, en mettant en avant des valeurs traditionnelles, en proposant une alternative au christianisme et au protestantisme hérités des anciens colons, l'Église orthodoxe russe poursuit des objectifs en phase avec ceux de l'État russe en matière d'influence. 

Après trois ans d’existence, l’Exarchat africain de l’Église orthodoxe russe revendique une présence dans 36 pays, avec 271 membres du clergé et 332 paroisses et communautés. Une implantation encore marginale en nombre de fidèles, mais qui se veut en expansion, pour promouvoir un discours favorable au Kremlin et former une élite russophile dans le cadre d'échanges culturels et universitaires. 
« Une progression par opportunisme »

Pour l’historien des religions et écrivain Jean-François Colosimo, spécialiste du monde orthodoxe, cette stratégie est « dangereuse » et « moralement inacceptable», car à rebours des valeurs et traditions de l'orthodoxie.

« Au départ, la progression s’est faite dans les pays où Wagner était présent. Aujourd’hui, c’est une progression par opportunisme. Partout où il y a des clercs réduits à l’état laïc pour mauvaise conduite, partout où il y a des membres du clergé achetables par l’argent, cette pseudo Église orthodoxe russe d’Afrique agit», observe-t-il.

RFI

Mercredi 4 Février 2026 - 09:32


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