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Chars Leopard: l’hésitation allemande

À l'issue d'une réunion des alliés de l'Ukraine sur la base de Ramstein, vendredi 20 janvier, aucune décision n'a été prise sur une éventuelle livraison de chars lourds. Berlin hésite à franchir le pas. Cyril Bret, chercheur à l'institut Jacques Delors, décrypte les réticences d'une partie du camp occidental.



RFI : Pourquoi l'Allemagne est-elle si réticente à autoriser la cession de char léopard à l'Ukraine ?
 
Cyril Bret : Je vois trois raisons majeures. D'abord une tradition de non exportation de défense vers des conflits armés, d'autre part une relation ancienne avec la Russie qui vise à éviter toute provocation et la nature de ses équipements peut apparaître à Moscou comme une provocation. Troisièmement évidemment, la volonté de se ranger derrière le chef de file américain qui est une tradition également stratégique allemande….
 
Tant que Washington ne bougera pas, Berlin hésitera à bouger ?
 
Exactement. Le choix est très clair avec ses équipements : soit soutenir une offensive d'ampleur ukrainienne pour prévenir une possible offensive russe, soit attendre l'attaque russe et fournir à l'Ukraine les moyens de répondre.
 
Pour le moment Washington a tranché, ce sera la réaction, pas le passage à l'offensive, et Berlin s'est aligné sur cette option.
 
Pour le Kremlin, il s’agit d’une ligne rouge ?
 
Oui, on a vu que les déclarations du Kremlin, généralement assez méprisantes finalement pour les déclarations allemandes, ont insisté sur le fait que la livraison potentielle de chars lourds, c'est-à-dire susceptibles de permettre une offensive d'ampleur et une reconquête des quatre Oblasts qui ont été annexés illégalement en septembre dernier, cette livraison de matériel lourd serait une ligne rouge.
 
Ce serait le signe que les Européens non seulement soutiennent la résistance ukrainienne mais également soutiennent une contre-offensive d'ampleur qui pourrait se porter sur les frontières russes. C'est la substance des déclarations moscovites.
 
Dans cette catégorie de chars, on voit la potentialité d'une reconquête rapide et du point de vue de Moscou, la capacité militaire également d'obtenir la supériorité sur les divisions blindées et la cavalerie russe, et donc d’une offensive qui déborderait éventuellement sur le territoire russe lui-même.
 
Si pression il y a sur Berlin, il y a également une pression sur Paris pour que la France cède ses Charles Leclerc ?
 
Voilà, c'est exactement la même équation, avec cette différence près que Paris a toujours souhaité soutenir l'Ukraine dans ses politiques défensives mais pas offensives. Mais les deux pays, la France et l'Allemagne, font à Kiev de la part de certains cercles l'objet d'un procès en faiblesse, ce qui sert évidemment les intérêts de Kiev pour pouvoir obtenir davantage de soutien, notamment sous forme militaire, et les critiques qui émanent de certains cercles militaires à Kiev sont quantitatives et qualitatives.
 
Il est assuré qu’après un an de guerre les livraisons faites par Paris et Berlin ont été dosées de manière à la fois à assurer le soutien des forces ukrainiennes mais aussi à ne pas apparaître comme une provocation trop radicale à l'égard de Moscou.
 
Il y a urgence d'obtenir ces matériels, dit le président Volodymyr Zelensky. L'Ukraine craint-elle une vaste contre-offensive russe dans les toutes prochaines semaines ?
 
Assurément. L’Ukraine se préparent à une offensive russe dès que la mobilisation aura fait son effet. La BITD (Base industrielle et technologique de défense, ndlr) des Russes s’est mise en ordre de marche il y a plusieurs mois pour passer en économie de guerre sur le long terme et d'un point de vue stratégique les autorités russes ne renonceront pas à cette opération militaire tant qu'elles n'auront pas obtenu un gain ou une victoire substantielle ou qu'elles pourront présenter comme substantielle à sa propre opinion et à ses propres cercles de décisions.

RFI

Lundi 23 Janvier 2023 - 13:12


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