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Climat : une enquête internationale du MAEJT révèle comment le dérèglement climatique aggrave de 48% la pénibilité du travail des jeunes en Afrique



À l’occasion des célébrations de la Journée de l’Enfant Africain, célébrée chaque 16 juin, l’ONG Enda Jeunesse Action International et le Mouvement Africain des Enfants et Jeunes Travailleurs ont présenté, lors d’un webinaire mondial de restitution, les résultats d’une enquête choc. Menée de manière approfondie auprès de 632 enfants et jeunes travailleurs dans 15 pays d’Afrique, notamment le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d'Ivoire, la Guinée, la Mauritanie, le Niger, la RDC, le Sénégal, la Sierra Leone, le Tchad, le Togo et le Zimbabwe, cette étude revele qu' « en Afrique, la crise climatique n’est plus une menace lointaine, c’est un accélérateur direct de la pauvreté, de la déscolarisation et de l’exploitation des mineurs ».
 

L’initiative, qui s’accompagne d’une vaste campagne de sensibilisation en ligne intitulée « les effets du changement climatique sur les droits de l’enfant en Afrique », démontre comment les vagues de « chaleur extrêmes, les inondations récurrentes et la sécheresse accentuent la vulnérabilité des plus jeunes ». Ces dérèglements affectent de plein fouet leurs conditions de vie, d’apprentissage, leur accès à l’eau potable, à l’alimentation, à la santé, à l’éducation et à la protection.
 

Une triple peine pour la jeunesse travailleuse

L’échantillon de l'enquête, qui a croisé les témoignages de plus de six cents (600) mineurs et jeunes de moins de 24 ans, se distingue par une parité parfaite avec 50 % de filles et 50 % de garçons. Les données quantitatives recueillies mettent en lumière une dégradation systémique des droits fondamentaux.

 
Les statistiques révèlent que 78 % des enfants et jeunes travailleurs interrogés ont pleinement conscience du changement climatique et observent ses effets directs dans leur environnement. Par ailleurs, 74 % des enquêtés signalent une recrudescence des chaleurs extrêmes, un chiffre qui dépasse même les 80 % chez les répondants au Niger et au Togo. Les inondations récurrentes touchent quant à elles 49 % des répondants.

 
L'impact sur l'activité quotidienne est tout aussi alarmant puisque 48 % des enfants et jeunes travailleurs affirment que cette crise rend leur travail plus lourd et plus pénible souvent ou toujours, portant une atteinte grave au droit à un travail léger et limité. De plus, 43 % des répondants font face à des risques de sécurité immédiats et déclarent que leur travail est devenu plus dangereux, tandis que 43 % constatent une baisse de la production agricole et 39 % subissent la sécheresse, deux phénomènes fortement interconnectés. Enfin, cette situation précaire pousse 36 % des personnes enquêtées à la mobilité, à l’exode ou au déplacement forcé, et 36 % d'entre elles rencontrent des difficultés majeures pour organiser leurs activités, s'exprimer ou tenir leurs réunions à cause d'obstacles logistiques ou de l'inaccessibilité des lieux.

 
« Quand la terre se durcit, le travail de la jeunesse s’alourdit »

Dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage, de l'artisanat, qui représente 50 % des activités des jeunes interrogés à travers les métiers de mécaniciens, soudeurs, tailleurs, menuisiers ou tisserands, du commerce, du travail domestique ou du bâtiment, l'impact physique est immédiat. Le durcissement des sols par la sécheresse ou les longues distances à parcourir pour obtenir de l'eau démultiplient l'effort requis pour accomplir les tâches quotidiennes.
 
Une jeune agricultrice basée au Bénin livre un témoignage poignant sur cette pénibilité accrue en expliquant que « le sol est devenu dur à cause de la sécheresse » et qu'elle doit « forcer pour creuser » la terre.
 
Au-delà de l’épuisement physique, la santé et l’éducation paient un tribut exorbitant. Les données scientifiques de l’African Child Policy Forum partagées lors du webinaire démontrent qu’au « Bénin, une hausse de seulement 1°C de la température moyenne est associée à une augmentation de 23,93 % des cas de paludisme chez les enfants". On estime également que les enfants de la région du Sahel, englobant le Burkina Faso, le Niger, le Tchad, la Mauritanie, le Sénégal, le Cameroun et la Guinée, subissent une réduction de 30 % de leurs chances de terminer le cycle de l’enseignement primaire en raison des interruptions scolaires liées aux chocs climatiques et aux conflits interconnectés. Si rien n'est fait, l'accès aux soins et le droit d'apprendre à lire et à écrire, actuellement sous surveillance, basculeront dans une dégradation majeure.
 
Inondations et exode : le cercle vicieux de la précarité

Les inondations touchent désormais près d'un enfant sur deux. Au Cameroun, la situation atteint un niveau critique puisque plus de 86 % des enfants et jeunes travailleurs rapportent des inondations destructrices régulières. Ces catastrophes détruisent les cultures et poussent inévitablement les familles à l'exode. En Mauritanie et en Côte d'Ivoire, les pertes agricoles et les destructions d'habitations forcent les mineurs à fuir.
 
Une jeune fille de Côte d'Ivoire témoigne de ce déracinement forcé en racontant « qu'il y a eu des inondations et qu'ils ont dû quitter leur maison ». Ces déplacements subis arrachent les enfants à leur communauté, détruisent leurs espaces de socialisation et entravent leur droit de s'amuser. La même jeune fille ivoirienne ajoute « que nos espaces de jeu sont toujours inondés avec les fortes pluies, et cela nous empêche de nous amuser ».
 
Le danger physique est constant. À Freetown, en Sierra Leone, un adolescent témoigne de la paralysie et de la peur qui rythment désormais son quotidien en expliquant « qu'avec les fortes pluies, il ne peut plus aller aux champs car c'est devenu dangereux d'aller travailler et les inondations peuvent facilement les emporter ».
 
Bien que 29 % des enfants perçoivent parfois le dérèglement climatique comme une opportunité économique temporaire — à l’instar de ce jeune travailleur au Cameroun qui explique « quand l'eau augmente, ça pousse le sable vers la côte, et cela constitue une opportunité pour lui parce qu'il peut ramasser beaucoup plus de sable et le revendre » —, pour 69 % d'entre eux, il s'agit d'une charge supplémentaire écrasante qui fragilise des conditions de vie déjà précaires. L’étude montre une détresse particulièrement aiguë au Kenya, où sur 23 répondants, 21 rapportent des dimensions critiques menaçant simultanément leur sécurité au travail, leur droit au repos en cas de maladie, leur accès aux soins et leur liberté d'expression.
 
Urgence politique pour l’avenir des mineurs

Face à un déficit criant de financements pour la résilience dans les pays en développement, ce rassemblement virtuel, qui a réuni partenaires techniques et financiers, décideurs, autorités, médias et organisations de la société civile, a servi de tribune politique. Refusant d'être de simples victimes passives, les jeunes militants africains exigent des dirigeants des actions concrètes basées sur quatre piliers majeurs.
 
Ils réclament en premier lieu des campagnes de sensibilisation de masse pour comprendre et atténuer les effets du climat, ainsi que des formations aux techniques agricoles durables et résilientes et une initiation aux énergies renouvelables. Les enfants demandent également le déploiement de projets de reboisement et d’écologie gérés par la jeunesse. Enfin, ils réclament une place légitime autour de la table des négociations pour faire entendre leur voix.
 
Le message final de cette coalition portée par Enda International et le MAEJT est limpide. Il sera strictement impossible de résoudre la crise sociale, sanitaire et éducative sur le continent africain sans intégrer d’urgence la protection des enfants et des jeunes travailleurs dans toutes les stratégies d’adaptation et les politiques climatiques internationales. Protéger l'environnement, c'est, de fait, protéger les droits des enfants.


Jeudi 18 Juin 2026 - 15:24


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