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Code des communications électroniques: "L'article 27 va nous ramener à l'âge de la pierre taillée", selon Ibrahima Lissa FAYE

Une terrible menace pèse sur les utilisateurs d'Internet et les professionnels qui gagnent leur vie dans cet écosystème. Le dernier alinéa de l'article 27 va autoriser les opérateurs à bloquer, à ralentir, à filtrer l'accès des outils comme WhatsApp, Facebook, Youtube, Messenger, entre autres. En plus d'entraver la liberté d'expression et de presse, cet alinéa va aussi tuer l'innovation. Ibrahima Lissa Faye tire la sonnette d'alarme et appelle à une mobilisation citoyenne. Le président de l'Association des Editeurs et Professionnels de la Presse en ligne (APPEL) fait savoir à ses confrères les restrictions sur l'accès à Internet risquent de s'exacerber lors des élections de février 2019. Et si le texte passe, l'Etat aura les arguments légaux pour bloquer ou restreindre.



Quelles seront les conséquences si le projet de loi portant sur le code des communications électroniques venait à être adopté ?

Il faut dire que dans cette loi, il y a un article (27) qui est foncièrement contre la liberté d’expression et qui va porter un sacré coup à l’innovation, mais aussi aux médias de manière générale. Cela menacer l’accès à tout ce qui est Internet mobile et en conséquence, la communication sur whatsapp, Facebook, Messenger, Skype et Youtube. La loi va donner aux opérateurs la possibilité de pouvoir filtrer, de bloquer ou de suspendre l’accès à ces outils parce qu’il y a une congestion du réseau ou des menaces qui pourraient survenir à travers ces outils. 

Ce qui nous fait le plus peur, c’est que le jour des élections qu’on bloque ces réseaux comme ils l’avaient fait lors de la libération de Karim Wade. S’ils ne bloquent pas, ils peuvent réduire l’accès et les journalistes auront des problèmes pour envoyer leurs éléments. Les internautes aussi auront des difficultés pour faire des statuts et envoyer des vocaux ou des photos. Ça peut mettre une éternité pour passer. 

Ce sont donc la presse, les citoyens mais aussi ce qu’on appelle les facebookeurs et les créateurs de contenus sur Internet qui subiront toutes les conséquences. Aujourd’hui, de plus en plus, il y a des jeunes qui, avec leurs smartphones, font de petits contenus qu’ils mettent sur Youtube. Cela leur génère de l’argent à la fin du mois et tous ces emplois vont être menacés.

Cette loi n’est donc pas conçue pour protéger les citoyens mais juste pour des raisons politiques?

Effectivement. Aujourd’hui, le pouvoir a compris que la presse est complètement partialisée et contrôlée. Donc, il n’y a plus de menace venant d’elle. L’opposition n’est plus ce qu’elle a été, la société civile aussi. Actuellement, le seul pouvoir qui reste et qui fait peur, ce sont les réseaux sociaux. Il y a une masse critique via les messages whatsapp dans les groupes de discussions et aussi sur les pages Facebook. L’Etat se dit qu’il faut trouver une solution. Ce n’est vraiment pas pour protéger les populations, c’est juste pour des intérêts politiques, également aussi pour des intérêts économiques. 

L’Etat devait faire primer les citoyens dans sa prise de décision. Mais là, ce sont les opérateurs qui vont plus gagner au détriment des populations. L’Etat doit être là pour prendre position pour les citoyens et non pour des intérêts économiques, occidentaux ou particuliers. Avec ce texte, il va servir les opérateurs et mettre en péril la neutralité du Net pour donner le pouvoir à l’Artp et aux opérateurs. 

Le texte, de manière générale est bon, mais il y a le dernier alinéa de l’article 27 qui pose problème. Dans les articles 25 et 26, le principe de la neutralité du Net est consacré au dernier alinéa. Ils mettent des restrictions et des garde-fous qui vont menacer réellement la liberté des utilisateurs finaux, des professionnels mais également l’innovation dans ce pays. Ça va tuer l’innovation et créer davantage de problèmes que de solutions.

Comment faire alors pour stopper les dérapages sur les réseaux sociaux sans pour autant enfreindre les libertés d’expression ?

On est d’accord pour voir comment on peut encadrer tout ça, mais pas en bloquant ou en filtrant l’accès à ces réseaux. Pour ce qui est des dérapages, les citoyens sont très conscients. Quand il y a une salve contre ces contrevenants, tout le monde s’indigne et le gars est bloqué. Les gens prennent le contrepied. 

C'est-à-dire quand vous émettez des insultes ou dites du mal, là on te bloque et chaque fois, les gens te black listent. Il y a une logique qui est présente sur les réseaux sociaux qui fait qu’on ne peut pas se permettre tout ce qu’on veut. Maintenant, on ne peut interdire à un Sénégalais d’avoir un avis divergent. L’Etat doit savoir qu’il y a une tradition de liberté et donc, ce n’est pas cet article qui va nous clouer le bec. 

Nous avons une réunion pour travailler sur des plans d’actions. Nous allons mobiliser toutes les sensibilités pour créer une forte mobilisation citoyenne capable de faire comprendre aux députés que ce dernier alinéa de l’article 27 n’est pas opportun. Il n’est pas non plus adapté à nos valeurs de liberté. Et que si jamais le texte est voté comme tel, le Sénégal ne sera plus reconnu comme un pays de liberté.

avec Sudonline

Salif SAKHANOKHO

Vendredi 14 Septembre 2018 - 15:36




1.Posté par Ndiaye le 14/09/2018 18:02
Bravo c'est bien l'article 27 est necessaire dans notre pays

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