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Comment les «experts» russes ont travaillé à cimenter et élargir l'Alliance des États du Sahel

Dans « Propaganda Machine », un consortium d'investigation autour du média panafricain The Continent et de Forbidden Stories explore des documents internes de la « compagnie » aussi appelée Africa politology, un groupe de consultants en communication et influence mis sur pied par Evgueni Prigojine et récupéré par les services de renseignement extérieur russes après la mort du fondateur de la galaxie Wagner. RFI est associée à cette enquête. Dans ce volet, explications sur les objectifs sahéliens de la « compagnie » : fortifier une Alliance des États du Sahel (AES) pro-russe naissante et l'élargir à plusieurs pays voisins.



La lecture des plus de 1 400 pages de documents internes de la « compagnie » éclaire les priorités stratégiques du groupe dans l'accompagnement du retour de la Russie en Afrique.

Si la Centrafrique demeure la vitrine de ce nouveau partenariat, avec une triple dimension - sécuritaire (lutte contre les rebelles, protection du régime), économique (accès favorisé aux ressources naturelles comme contrepartie) et informationnelle (narratif anti-occidental et anti-Ukraine) -, l'espace sahélien prend une importance prépondérante.

Dans leur rapport d'août 2023 baptisé « Sud global », les stratèges d'Africa politology préconisent une « confédération de l'indépendance » pour faire face à une « ceinture d'instabilité » construite, selon eux, par les Occidentaux. Il s'agit, selon leurs termes, de « reformater » un espace géographique allant de Dakar au Sénégal et Conakry en Guinée à Port-Soudan au Soudan et Asmara en Érythrée. Cette analyse accompagne l'émergence de l'Alliance des États du Sahel.

Après le renversement de présidents civils, des putschs « rectificatifs » ont lieu au Mali en mai 2021 puis au Burkina Faso en septembre 2022, ouvrant la voie à des collaborations sécuritaires renforcées avec Moscou, sur fond de départ accéléré des militaires français engagés dans la lutte contre le terrorisme. La chute du Niger en juillet 2023 permet aux « experts » de faire fructifier ce récit d'une alliance souverainiste qui serait visée par des ennemis internes – les groupes jihadistes, les rebellions, mais aussi toute opposition politique ou société civile critique – soutenus par des forces extérieures : l'Occident « impérialiste » et ses « valets » locaux des États côtiers, comme la Côte d'Ivoire.

Ces documents stratégiques s'alignent sur les priorités stratégiques de la Russie : « Briser l'image de l'Occident comme un partenaire sécuritaire fiable, fragiliser les opérations logistiques de l'Africom [le commandement militaire américain pour l'Afrique, NDLR] entre la Méditerranée et l'Afrique subsaharienne, obtenir de nouveaux alliés lors des votes aux Nations unies, entrer sur de nouveaux marchés pour les hydrocarbures, les armes ou les produits agricoles. »

Pour chaque pays où des campagnes sont menées, des lignes budgétaires permettent de quantifier les dépenses de communication engagées. Par exemple, pour un total de 51 300 dollars au Niger en mai 2024, ou de 64 500 dollars en septembre 2024 dans ce même pays. Figurent aussi les articles « placés » dans la presse du continent ou des posts sponsorisés sur des réseaux sociaux. Plusieurs centaines de liens sont répertoriés, en face d'une somme versée – officiellement plusieurs centaines de dollars chacun – bien que dans des cas précédents, au Tchad (lire notre enquête) ou en Centrafrique, soit apparue une différence entre le montant déclaré et la somme effectivement versée à l'organe de parution. 

RFI

Lundi 30 Mars 2026 - 09:26


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