Si le Sénégal et de nombreux pays africains sont confrontés à des crises de dette récurrentes, ce n’est pas tant parce qu’ils empruntent trop que parce qu’ils perdent le contrôle des ressources qu’ils possèdent. C’est l'argument défendu par l’économiste Ndongo Samba Sylla, qui pointe du doigt le rôle des multinationales et le système de paiement international.
« On dit souvent que les pays africains sont surendettés, mais il faut changer de perspective », a expliqué le Directeur Afrique de l'IDEAS.
Intervenant ce mardi lors d’une rencontre d’experts organisée par le réseau IDEAS-Africa Network, il estime que des pays à revenus faibles et intermédiaires ont une dette extérieure totale inférieure à la seule dette fédérale de l’Allemagne.
« Pour 129 pays, leur dette extérieure est inférieure à la dette fédérale de l’Allemagne. Ces pays ne sont pas surendettés en termes absolus. Vous pouvez voir également que le service de la dette ne représente presque rien : dans le cas de l’Afrique, c’était 20 milliards en 2014. Cela veut dire que ces pays, malgré les taux d’intérêt élevés, ne sont pas nécessairement surendettés. Mais le problème qu’ils ont, c’est qu’ils sont endettés en monnaie étrangère», a expliqué l’économiste.
Selon lui, c’est la différence avec les pays riches, les pays émetteurs qui s’endettent dans leur propre monnaie. « Quand vous vous endettez dans votre propre monnaie, généralement il n’y a pas trop de contraintes de solvabilité si vous avez une bonne banque centrale. Mais quand vous vous endettez en monnaie étrangère, vous pouvez avoir une contrainte de solvabilité parce que vous avez un risque de taux d’intérêt et un risque de refinancement. C’est ce qui explique que le Japon pourra être à 230 % et ne pourra jamais faire défaut, alors que des pays ont fait défaut à 30 % le Pérou, par exemple. Cela montre que ces ratios de dette sur PIB sont totalement absurdes », a souligné Ndongo Samba Sylla.
Réforme en profondeur du système de paiement international
Il indique que ces pays ont en réalité largement assez de devises pour rembourser leurs dettes. Simplement, ils ne les contrôlent pas. « Les pays africains ont suffisamment de réserves de change, mais ce sont les compagnies multinationales qui les contrôlent et les rapatrient sous forme de profits, dividendes et flux financiers illicites ».
L’économiste cite l’exemple du Ghana, qui entre 2000 et 2020, le service de la dette publique extérieure s’est élevé à 16 milliards de dollars mais les multinationales ont rapatrié 18 milliards de dollars de profits et dividendes sur la même période. « En tant qu’économiste du développement, si vous aviez le contrôle sur ces 18 milliards, est-ce que vous iriez emprunter à des taux d’intérêt élevés ? Certainement pas », s'est-il interrogé
Selon lui, le cas de la Zambie est encore plus frappant. En novembre 2020, le pays a fait défaut sur un paiement de 40 millions de dollars. Or, selon les estimations du FMI lui-même, un tiers des exportations de cuivre avaient disparu, représentant jusqu’à 20 % du PIB, soit environ 6 milliards de dollars. Entre 2020 et 2021, 50 à 90 % des ressources d’exportation de cuivre n’ont pas été rapatriées.
À l’inverse, des pays comme le Botswana (diamants) et la Libye (pétrole) n’ont jamais reçu de prêt du FMI ni émis d’eurobond, tout simplement parce qu’ils ont conservé un contrôle effectif sur leurs ressources naturelles.
Pour M. Sylla, la solution passe donc par une réforme en profondeur du système de paiement international et, pour les pays de la zone CFA, par la création d’une monnaie nationale émise par une banque centrale nationale, qui selon lui, permettrait au Sénégal de capter son déficit extérieur de 4 500 milliards de francs CFA comme recettes publiques, rendant l’austérité totalement inutile.
« L’austérité n’est pas seulement catastrophique, elle n’est pas du tout nécessaire si on met en place les bonnes réformes », a-t-il conclu.
« On dit souvent que les pays africains sont surendettés, mais il faut changer de perspective », a expliqué le Directeur Afrique de l'IDEAS.
Intervenant ce mardi lors d’une rencontre d’experts organisée par le réseau IDEAS-Africa Network, il estime que des pays à revenus faibles et intermédiaires ont une dette extérieure totale inférieure à la seule dette fédérale de l’Allemagne.
« Pour 129 pays, leur dette extérieure est inférieure à la dette fédérale de l’Allemagne. Ces pays ne sont pas surendettés en termes absolus. Vous pouvez voir également que le service de la dette ne représente presque rien : dans le cas de l’Afrique, c’était 20 milliards en 2014. Cela veut dire que ces pays, malgré les taux d’intérêt élevés, ne sont pas nécessairement surendettés. Mais le problème qu’ils ont, c’est qu’ils sont endettés en monnaie étrangère», a expliqué l’économiste.
Selon lui, c’est la différence avec les pays riches, les pays émetteurs qui s’endettent dans leur propre monnaie. « Quand vous vous endettez dans votre propre monnaie, généralement il n’y a pas trop de contraintes de solvabilité si vous avez une bonne banque centrale. Mais quand vous vous endettez en monnaie étrangère, vous pouvez avoir une contrainte de solvabilité parce que vous avez un risque de taux d’intérêt et un risque de refinancement. C’est ce qui explique que le Japon pourra être à 230 % et ne pourra jamais faire défaut, alors que des pays ont fait défaut à 30 % le Pérou, par exemple. Cela montre que ces ratios de dette sur PIB sont totalement absurdes », a souligné Ndongo Samba Sylla.
Réforme en profondeur du système de paiement international
Il indique que ces pays ont en réalité largement assez de devises pour rembourser leurs dettes. Simplement, ils ne les contrôlent pas. « Les pays africains ont suffisamment de réserves de change, mais ce sont les compagnies multinationales qui les contrôlent et les rapatrient sous forme de profits, dividendes et flux financiers illicites ».
L’économiste cite l’exemple du Ghana, qui entre 2000 et 2020, le service de la dette publique extérieure s’est élevé à 16 milliards de dollars mais les multinationales ont rapatrié 18 milliards de dollars de profits et dividendes sur la même période. « En tant qu’économiste du développement, si vous aviez le contrôle sur ces 18 milliards, est-ce que vous iriez emprunter à des taux d’intérêt élevés ? Certainement pas », s'est-il interrogé
Selon lui, le cas de la Zambie est encore plus frappant. En novembre 2020, le pays a fait défaut sur un paiement de 40 millions de dollars. Or, selon les estimations du FMI lui-même, un tiers des exportations de cuivre avaient disparu, représentant jusqu’à 20 % du PIB, soit environ 6 milliards de dollars. Entre 2020 et 2021, 50 à 90 % des ressources d’exportation de cuivre n’ont pas été rapatriées.
À l’inverse, des pays comme le Botswana (diamants) et la Libye (pétrole) n’ont jamais reçu de prêt du FMI ni émis d’eurobond, tout simplement parce qu’ils ont conservé un contrôle effectif sur leurs ressources naturelles.
Pour M. Sylla, la solution passe donc par une réforme en profondeur du système de paiement international et, pour les pays de la zone CFA, par la création d’une monnaie nationale émise par une banque centrale nationale, qui selon lui, permettrait au Sénégal de capter son déficit extérieur de 4 500 milliards de francs CFA comme recettes publiques, rendant l’austérité totalement inutile.
« L’austérité n’est pas seulement catastrophique, elle n’est pas du tout nécessaire si on met en place les bonnes réformes », a-t-il conclu.
Autres articles
-
Économie bleue : Diomaye Faye appelle à des réponses structurelles face à la pêche illicite et à la surpêche
-
Sénégal – Botswana : Diomaye Faye et Duma Boko veulent dynamiser la coopération économique
-
Dette extérieure du Sénégal : Ndongo Samba Sylla juge la situation « insoutenable » malgré le débat sur les « dettes cachées »
-
Aquaculture : Dakar veut créer plus de 6 000 emplois d’ici 2030
-
Aquaculture : le Sénégal vise 20 000 tonnes de production d’ici 2030





Économie bleue : Diomaye Faye appelle à des réponses structurelles face à la pêche illicite et à la surpêche


