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Dieu et le maréchal d’opérette. Par Mamadou Oumar Ndiaye



Dieu et le maréchal d’opérette. Par Mamadou Oumar Ndiaye
L’Histoire retiendra que c’est le jour même où la Commission électorale à sa dévotion proclamait sa victoire dès le premier tour — avec un score « soviétique » de près de 80 % des suffrages exprimés, excusez du peu ! —, plus exactement dans la soirée que le président Idriss Déby Itno a trouvé la mort. Selon la propagande officielle, dont il y a tout lieu de douter, le « Maréchal-Président » — défense de rire ! — serait tombé « les armes à la main » en défendant l’intégrité du territoire de son pays.

Ce pied-de-nez du destin n’est en tout cas pas anodin ne serait-ce que parce que Déby avait écarté par des méthodes cavalières tous les candidats de l’opposition susceptibles de gêner sa réélection. Sa police avait même chargé, quelques jours avant le scrutin, le domicile de l’un de ses opposants et n’avait pas fait dans la dentelle : cinq morts dont la propre mère du candidat. Un détail, aux yeux de Déby.

Réélu au forceps, le vieux dictateur, qui a déjà passé 30 ans au pouvoir !, ne pourra hélas pas jouir de son sixième mandat. Encore une fois, la même nuit où sa brillantissime victoire était annoncée, il recevait deux balles qui lui ont été fatales. Et même si on s’en tient à la version officielle selon laquelle il serait tombé au champ d’honneur face aux rebelles du FACT (Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad), on ne peut s’empêcher de voir là aussi un signe du destin.

Car enfin, voilà que ce « Maréchal », qui envoyait ses légions de combattants traquer les terroristes djihadistes jusque dans notre région du Sahel, en particulier au Mali, au Burkina Faso et au Niger, après les avoir malmenés au Cameroun et au Nigeria à travers la secte Boko Haram, voilà que ce « Maréchal », donc, qui venait de mettre à la disposition du G5 Sahel un bataillon supplémentaire de 1200 soldats, voyait son pays envahi à son tour ! Une invasion qui, de toute évidence, allait sonner le glas de son régime. Comme quoi, lui qui volait au secours de ceux des autres pays, se révélait brusquement incapable de défendre le sien propre.

Qui tue par l’épée, périt forcément par l’épée… Car c’est à peu près dans les mêmes conditions — si l’offensive sur Ndjamena en cours devait aboutir à la chute du pouvoir en place — qu’en 1990 Idriss Déby Itno, à l’époque chef d’état-major général de l’armée tchadienne, avec le soutien de la France et de la Libye, avait renversé le régime de son prédécesseur Hissein Habré. Après avoir pénétré à la tête d’une colonne de pick-up — comme le scénario auquel on assiste actuellement — dans le territoire tchadien à partir du Soudan.

Justice divine
Justement, il existe un autre signe du destin qu’il faut décrypter avec la mort de Déby. C’est qu’elle intervient 48 heures après que Déby et tous ses obligés — dont l’actuel président de la Commission de l’UEMOA qui n’est autre que son ancien Premier ministre — eurent réussi au bout un lobbying démentiel à contraindre le Sénégal à renoncer à accorder une autorisation de sortie de prison pour le président Hissène Habré. Agé, malade, l’ancien homme fort du Tchad ne demandait pourtant qu’une permission de six mois — ramenée à un seul mois, celui du Ramadan — afin d’aller se soigner.

L’ONU, l’Union africaine et la noria d’ONG à la solde de l’homme qui vient de mourir avaient fait un tir de barrage pour s’opposer à cette sortie. Quarante-huit heures après avoir savouré sa victoire d’avoir fait capoter une sortie (provisoire) de son ennemi juré, Déby passait l’arme à gauche. Justice divine car, encore une fois, il n’y a de puissant que Dieu. Et seul le règne de ce dernier est éternel. En ce mois béni du Ramadan au cours duquel il s’est opposé à ce que Habré puisse jeûner chez lui, il a trouvé la mort…

Après 30 ans au pouvoir durant lesquels il a éliminé sans pitié tous ses opposants, ne se calmant que ces dernières années à la suite de la « démocratisation » de son pays et parce qu’avec les réseaux sociaux on ne peut plus trucider comme on veut — et parce qu’aussi il ne restait plus grand’monde à tuer après des décennies de purges —, Déby en était venu à se croire non seulement invincible mais aussi quelque part à oublier l’existence de Dieu.

A preuve, le titre de général ayant été considéré par ses courtisans, laudateurs et thuriféraires comme trop petit pour refléter son immense génie militaire, il s’était autoproclamé « Maréchal » au cours d’une cérémonie loufoque. Une cérémonie à l’occasion de laquelle il avait enfilé un manteau bigarré sous les applaudissements de sa valetaille et les youyous des femmes. Un manteau qui lui donnait un air de bouffon ou de zouave, c’est selon. Jupiter commence par rendre fous ceux qu’il veut perdre, c’est bien connu…

Main basse sur la cagnotte !
Déby, donc, pendant des décennies, a utilisé la manne pétrolière de son pays, non pas pour développer ce dernier et à améliorer les conditions de vie de ses compatriotes, mais pour guerroyer en Afrique Centrale et en Afrique de l’Ouest. Bien que pays pétrolier, le Tchad est toujours l’un des pays les plus pauvres du continent. On ne peut pas en dire autant de son président qui vient de mourir !

Lorsque de l’or noir avait été découvert dans ce pays, les institutions de Bretton Woods avaient fait pression pour qu’une partie de la manne pétrolière, c’est-à-dire des revenus tirés de la vente du pétrole, fût bloquée dans un compte pour les générations futures. Déby avait fait mine de s’exécuter puis, quelques années plus tard, prenant prétexte d’impératifs sécuritaires, avait mis la main sur la cagnotte ! Il en a utilisé une partie pour se constituer un réseau d’affidés dont des ONG qu’il a manipulées par la suite pour qu’elles lui ramènent le scalp de son prédécesseur.

C’est ainsi qu’on a assisté à l’un des plus monstrueux complots de ce siècle contre un homme, le président Hissène Habré, accusé de « crimes de guerre », « crimes contre l’humanité » et « génocide » pour de supposés faits supposés avoir été commis alors pourtant que Déby était le tout-puissant et redoutable patron de tous les services de sécurité de son pays ! Comme si, à supposer que ce fût vrai, le président de la République qu’était Habré pouvait aller jusque dans les brigades de gendarmerie ou les commissariats de police pour torturer lui-même des détenus, voire les tuer.

C’est à cette fable pourtant qu’ont bien voulu croire les autorités sénégalaises, le président Macky Sall en tête, qui ont fait arrêter Habré avant d’organiser un procès kafkaïen pour le juger ! Le tout avec l’argent généreusement octroyé par Idriss Déby Itno, bien sûr.

A l’issue de ce simulacre de procès, l’homme qui avait infligé une déroute mémorable au colonel Kadhafi et tenu tête aux Français, a été condamné à la prison à perpétuité. Pendant plus de dix ans, dans les colonnes de ce journal, nous n’avons cessé de dénoncer ce complot odieux. Malheureusement, nous avons prêché dans le désert, ce désert dans lequel Déby a trouvé la mort. Mais de quel poids pouvaient peser nos écrits d’indignation face aux pétrodollars de Déby ? Personne ne nous a écoutés et le président Macky Sall a fait ce que ses deux prédécesseurs Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont toujours refusé de faire, livrer le président Habré aux charognards…

Mais puisque Dieu est le seul Juge, Il a livré lundi dernier sa sentence, qui est implacable à l’issue d’un jugement en comparaison duquel celui des Chambres africaines dites extraordinaires qui ont condamné Habré apparaît bien dérisoire… Le « Maréchal » de pacotille Déby doit en savoir quelque chose désormais…

Par Mamadou Oumar NDIAYE
PS : Ces dernières années, la manne pétrolière s’est tarie, les cours de l’or noir ont piqué du nez et, du coup, le Tchad s’est retrouvé en quasi-cessation de paiement, ne parvenant même plus à honorer les salaires de ses fonctionnaires… Le tout a poussé Déby dans une guerre don quichottesque contre… le franc CFA accusé d’être à l’origine de tous les maux

AYOBA FAYE

Vendredi 23 Avril 2021 - 11:06


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