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Droits humains : le Sénégal réclame une adaptation face aux évolutions de l’intelligence artificielle



À l’ouverture de la 89e session ordinaire de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), lundi 12 octobre 2026 à Dakar, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a appelé à une meilleure application des décisions, à l’indépendance de la justice et à la protection des libertés.

Dans un contexte international marqué par de profondes mutations, le ministre sénégalais a souligné les pressions que subissent certaines institutions. « Notre session s’ouvre en effet dans un contexte de profondes mutations. Le multilatéralisme, auquel le Sénégal reste attaché, est remis en cause, et des membres de la Cour pénale internationale subissent des pressions regrettables. Des crises sécuritaires éprouvent nos institutions, au Sahel comme ailleurs. Les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine pèsent sur la vie de nos populations, déjà confrontées aux changements climatiques », a-t-il déclaré.

Selon Me Moussa Sarr, ces tensions affectent les économies et retardent la réalisation des droits de l’homme. Il estime que, dans un tel contexte, l’Afrique ne pourra atteindre les ambitions de son Agenda 2063 sans un ancrage ferme dans les valeurs de la Charte africaine.

« Nous devons donc concevoir les droits de l’homme, non comme des contraintes, mais comme le prolongement de nos valeurs africaines de solidarité, de respect de la vie et de dignité humaine », a-t-il affirmé.

Le ministre de la Justice a insisté sur le fait que les droits humains ne se mesurent pas au nombre de textes adoptés, mais à leurs effets concrets sur la vie des citoyens. « Un système de protection, en effet, ne se mesure pas au nombre de ses textes ou de ses sessions. Il se mesure à ce qu’il change concrètement dans la vie des personnes. Une recommandation restée sans suite laisse la protection inachevée, et un arrêt non exécuté affaiblit la confiance des citoyens », a-t-il martelé.

Dans cet esprit, Me Moussa Sarr a décliné cinq priorités : l’application des décisions de la Commission, la protection de l’espace civique, la justice sociale et économique, l’indépendance de la justice et la prise en compte des nouveaux défis, notamment l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, le changement climatique et l’apatridie.

Le ministre a également appelé l’Afrique à faire valoir ses propres valeurs dans la régulation des nouvelles technologies et à renforcer la sensibilisation aux droits humains, notamment par leur enseignement dans les écoles et dans les langues nationales.

« L’intelligence artificielle et les réseaux sociaux bouleversent nos vies et vont plus vite que nos législations. Loin de rester en marge de leur régulation, l’Afrique doit y faire valoir ses propres valeurs », a indiqué le Garde des Sceaux. 

Quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, le défi demeure celui de l’effectivité. Pour le Sénégal, qui a contribué à l’histoire de ce texte à travers les travaux préparatoires tenus à Dakar en 1979 sous la présidence du juge Kéba Mbaye, l’enjeu est désormais de transformer les engagements juridiques en garanties concrètes pour les populations.

Moussa Ndongo

Lundi 12 Octobre 2026 - 20:57


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