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IA au Kenya: derrière les entreprises de sous-traitance, l'essor d'une nouvelle classe ouvrière

Au Kenya, la société Sama, sous-traitant de Meta, a annoncé mi-avril 2026 le licenciement de plus d’un millier d’employés à Nairobi après la rupture de son contrat avec le groupe américain. Cette décision survient dans un contexte déjà tendu, renforcé en février par les révélations sur l’accès à des contenus intimes via les lunettes connectées de Meta. Sans lien officiel établi, ouvriers, chercheurs et ONG évoquent un récit qui tend à faire porter aux travailleurs la responsabilité de la rupture.



Un partenariat déjà « empoisonné » 
Depuis 2022, d’anciens modérateurs de chez Sama accusent l’entreprise de licenciements abusifs, de faibles rémunérations et d’un manque de soutien psychologique face à l’exposition répétée à des contenus violents ou traumatisants. Près de 200 ex-modérateurs ont engagé des poursuites judiciaires au Kenya. Certains se sont regroupés au sein de l’African Content Moderators Union, un syndicat créé après plusieurs vagues de licenciements. 

En 2024, la justice kényane s’est déclarée compétente pour examiner ces plaintes — un revers important pour Meta, qui contestait jusqu’ici la juridiction locale. Une autre procédure, portée par l’organisation kényane Katiba Institute, accuse également l’algorithme de Facebook de favoriser la diffusion de discours haineux dans plusieurs pays africains.  

À ces contentieux s’ajoute une évaluation internationale menée par l’initiative Fairwork, qui passe au crible les plateformes selon une dizaine de critères — droits syndicaux, rémunération, qualité du travail ou encore protections sociales. Sama y obtient un score de 3 sur 10. Un score qui renvoie à ce que les chercheurs qualifient de travail « à peine décent », « à la limite du défendable ». « Ces différentes affaires sont directement liées au partenariat entre Meta et Sama », souligne Antonio Casilli. « De ce point de vue, Sama était déjà devenu un partenaire assez “empoisonné” pour Meta. »

Derrière les lunettes de Meta, le rôle des « lanceurs d'alerte »
Un autre élément de taille, officieux cette fois, circule dans les équipes sans jamais être relié par la direction de Sama à la décision de Meta. Le 27 février 2026, plusieurs médias suédois publient une enquête, largement relayée par la presse internationale, sur les conditions de travail d’annotateurs kényans mobilisés pour entraîner des technologies liées aux lunettes connectées Ray-Ban de Meta. « J’ai vu une vidéo où un homme pose ses lunettes sur la table de chevet et quitte la pièce. Peu après, sa femme entre et change de vêtements », raconte un travailleur sous couvert d'anonymat. Un autre résume : « Nous voyons tout – des salons aux corps nus. » « Des témoignages qui constituent une violation des clauses de confidentialité », note le sociologue. Une plainte a d’ailleurs été déposée contre Meta pour violation de la vie privée et publicité mensongère.

Dans les bureaux de Nairobi, ces révélations alimentent une narration informelle des événements : celle d’employés devenus, malgré eux, des « whistleblowers », des lanceurs d’alerte accusés d’avoir parlé à la presse. « Le récit qu’ils diffusent, c’est que ce sont les employés qui ont fait fuiter des informations », raconte Claude. « Les gens étaient en colère », poursuit-elle. « Certains avaient l’impression que ceux qui avaient parlé étaient responsables du fait que plus de 1 000 personnes perdaient leur travail. » « Là-bas, quand tu dénonces quelque chose ou que tu remontes un problème, tu peux vite devenir une cible », conclut-elle.


Samedi 9 Mai 2026 - 10:48


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