Dimanche, le chef de l'Etat italien a fait tomber l'édifice d'un possible gouvernement Ligue-Mouvement 5 étoiles, sous la direction de Giuseppe Conte, en raison des orientations politiques de la personne choisie pour occuper le poste de ministre de l'Economie et des Finances, l'eurosceptique Paolo Savona.
Alors que Luigi Di Maio, chef de file du M5S, réclame la destitution du président de la République, et crie au déni de démocratie - comme son allié de la Ligue -, Sergio Mattarella est finalement passé à l'étape suivante ce lundi, en chargeant Carlo Cottarelli de former une nouvelle équipe gouvernementale pour l'Italie.
Objectif : rassurer les marchés avec une orientation centriste, et proposer un gouvernement de courte durée, une équipe « technique » qui devra préparer de nouvelles élections. Le chef de l'Etat considère donc comme un échec la tentative de former une équipe sur la base des résultats des dernières législatives.
Carlo Cottarelli, 64 ans, est un ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI), doublé d'un expert des comptes publics. Il est l’incarnation de l’austérité budgétaire, dit-on en Italie. On lui a même attribué le surnom de « Ciseaux » pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques.
C'était en 2013-2014, dans le gouvernement d'Enrico Letta (centre gauche). Carlo Cottarelli avait quitté ses fonctions à l’arrivée au pouvoir de Matteo Renzi, avec lequel il ne s’entendait pas. Le président du Conseil l'avait alors nommé au FMI, au poste de directeur exécutif pour plusieurs pays dont l’Italie, Malte et la Grèce.
«Technique», «neutre», mais pro-européen et sérieux sur le budget
Ce poste au FMI, le Premier ministre nommé l'a occupé jusqu'au 2017, avant de diriger l'an passé l'Observatoire des comptes publics, un organisme rattaché à l'Université catholique de Milan. C’est à ce titre qu’il a plusieurs fois dénoncé les dérives financières du programme de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles.
Très remontées, ces deux formations ont fait savoir qu'elles n'accorderaient pas leur vote de confiance à la future équipe. Dans ce cas, « le gouvernement démissionnera (...) et sa mission principale sera de gérer les affaires courantes et d'accompagner le pays vers des élections », considère M. Cottarelli.
Mais de prévenir que si cela se produit, les législatives se tiendront « après le mois d'août ». « Je vais me présenter au Parlement avec un programme qui, si j'obtiens la confiance, inclura le vote du budget 2019. Ensuite, le Parlement sera dissous, avec des élections début 2019 », espère donc Carlo Cottarelli.
Le gouvernement, s'il obtient la confiance, restera neutre, promet-il aussi : « Je m'engage à ne pas être candidat aux prochaines élections et je demanderai le même engagement à tous les membres du gouvernement. » En revanche, il mènera « une gestion vigoureuse » des comptes publics du pays.
Et surtout, dans les mois qui viennent, si le Parlement valide son gouvernement, il estime devoir poursuivre une orientation résolument européenne et pro-euro : « Un dialogue avec l'Europe pour défendre nos intérêts est essentiel. Nous pouvons faire mieux qu'avant. Mais cela doit être un dialogue constructif. »
■ Le coup résolument politique du « vieux briscard » Mattarella
Près de trois mois après les législatives, dimanche, Sergio Matarella, 76 ans, a créé la surprise et forcé sa nature en mettant son veto à la nomination d'un ministre des Finances ouvertement hostile à l'euro, poussant le Premier ministre désigné par le Mouvement 5 étoiles et la Ligue à renoncer.
Bien que doté de pouvoirs limités, le chef de l’Etat italien est une figure respectée dans son pays. Aussi, cet Européen convaincu n’a pas hésité à faire tout ce qui était en son pouvoir pour barrer la route à un gouvernement eurosceptique. Juriste, Sergio Matarella se pose en gardien de la Constitution.
Homme de principes, le président de la République a d’ailleurs rappelé que l’article 81 de la Loi fondamentale l’empêchait d’approuver des mesures de dépenses publiques qui ne seraient pas financées, ce qui semble être le cas du programme annoncé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles.
Il avait tenté d'empêcher Berlusconi de mettre la main sur les médias
L'engagement politique de M. Mattarella remonte au début des années 1980 et à un événement tragique, la mort dans ses bras de son frère aîné, président de la région Sicile assassiné par la mafia à Palerme. Trois ans plus tard, Sergio Mattarella est élu député avec Démocratie chrétienne.
Celui qui se destinait à une carrière de professeur de droit renoncera également, en 1990, à son poste de ministre de l’Education pour protester contre l’adoption d’une loi confirmant à Silvio Berlusconi son quasi-monopole sur les chaînes de télévision privées en Italie.
Par la suite, il sera chargé de rédiger une loi électorale censée assurer une meilleure stabilité. Le texte ne convaincra pas et sera remplacé 10 ans plus tard. On voit où le pays en est. C'est donc l'heure de vérité : le rigoureux, discret, réservé président italien joue là son va-tout. Quitte à prolonger la crise.
Alors que Luigi Di Maio, chef de file du M5S, réclame la destitution du président de la République, et crie au déni de démocratie - comme son allié de la Ligue -, Sergio Mattarella est finalement passé à l'étape suivante ce lundi, en chargeant Carlo Cottarelli de former une nouvelle équipe gouvernementale pour l'Italie.
Objectif : rassurer les marchés avec une orientation centriste, et proposer un gouvernement de courte durée, une équipe « technique » qui devra préparer de nouvelles élections. Le chef de l'Etat considère donc comme un échec la tentative de former une équipe sur la base des résultats des dernières législatives.
Carlo Cottarelli, 64 ans, est un ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI), doublé d'un expert des comptes publics. Il est l’incarnation de l’austérité budgétaire, dit-on en Italie. On lui a même attribué le surnom de « Ciseaux » pour son rôle dans la réduction des dépenses publiques.
C'était en 2013-2014, dans le gouvernement d'Enrico Letta (centre gauche). Carlo Cottarelli avait quitté ses fonctions à l’arrivée au pouvoir de Matteo Renzi, avec lequel il ne s’entendait pas. Le président du Conseil l'avait alors nommé au FMI, au poste de directeur exécutif pour plusieurs pays dont l’Italie, Malte et la Grèce.
«Technique», «neutre», mais pro-européen et sérieux sur le budget
Ce poste au FMI, le Premier ministre nommé l'a occupé jusqu'au 2017, avant de diriger l'an passé l'Observatoire des comptes publics, un organisme rattaché à l'Université catholique de Milan. C’est à ce titre qu’il a plusieurs fois dénoncé les dérives financières du programme de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles.
Très remontées, ces deux formations ont fait savoir qu'elles n'accorderaient pas leur vote de confiance à la future équipe. Dans ce cas, « le gouvernement démissionnera (...) et sa mission principale sera de gérer les affaires courantes et d'accompagner le pays vers des élections », considère M. Cottarelli.
Mais de prévenir que si cela se produit, les législatives se tiendront « après le mois d'août ». « Je vais me présenter au Parlement avec un programme qui, si j'obtiens la confiance, inclura le vote du budget 2019. Ensuite, le Parlement sera dissous, avec des élections début 2019 », espère donc Carlo Cottarelli.
Le gouvernement, s'il obtient la confiance, restera neutre, promet-il aussi : « Je m'engage à ne pas être candidat aux prochaines élections et je demanderai le même engagement à tous les membres du gouvernement. » En revanche, il mènera « une gestion vigoureuse » des comptes publics du pays.
Et surtout, dans les mois qui viennent, si le Parlement valide son gouvernement, il estime devoir poursuivre une orientation résolument européenne et pro-euro : « Un dialogue avec l'Europe pour défendre nos intérêts est essentiel. Nous pouvons faire mieux qu'avant. Mais cela doit être un dialogue constructif. »
■ Le coup résolument politique du « vieux briscard » Mattarella
Près de trois mois après les législatives, dimanche, Sergio Matarella, 76 ans, a créé la surprise et forcé sa nature en mettant son veto à la nomination d'un ministre des Finances ouvertement hostile à l'euro, poussant le Premier ministre désigné par le Mouvement 5 étoiles et la Ligue à renoncer.
Bien que doté de pouvoirs limités, le chef de l’Etat italien est une figure respectée dans son pays. Aussi, cet Européen convaincu n’a pas hésité à faire tout ce qui était en son pouvoir pour barrer la route à un gouvernement eurosceptique. Juriste, Sergio Matarella se pose en gardien de la Constitution.
Homme de principes, le président de la République a d’ailleurs rappelé que l’article 81 de la Loi fondamentale l’empêchait d’approuver des mesures de dépenses publiques qui ne seraient pas financées, ce qui semble être le cas du programme annoncé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles.
Il avait tenté d'empêcher Berlusconi de mettre la main sur les médias
L'engagement politique de M. Mattarella remonte au début des années 1980 et à un événement tragique, la mort dans ses bras de son frère aîné, président de la région Sicile assassiné par la mafia à Palerme. Trois ans plus tard, Sergio Mattarella est élu député avec Démocratie chrétienne.
Celui qui se destinait à une carrière de professeur de droit renoncera également, en 1990, à son poste de ministre de l’Education pour protester contre l’adoption d’une loi confirmant à Silvio Berlusconi son quasi-monopole sur les chaînes de télévision privées en Italie.
Par la suite, il sera chargé de rédiger une loi électorale censée assurer une meilleure stabilité. Le texte ne convaincra pas et sera remplacé 10 ans plus tard. On voit où le pays en est. C'est donc l'heure de vérité : le rigoureux, discret, réservé président italien joue là son va-tout. Quitte à prolonger la crise.
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