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Je parcours les publications. Je vois les gens s'indigner après le naufrage de Kébémer : déclarations, posts, communiqués… Je me retiens pour ne pas exploser de colère (Par Louise Marie Ndiaye)



Quel dommage qu'il faille un drame pour que l'on soulève encore cette question, alors que la migration devrait être au cœur des discussions. Il y a deux ans, avec le naufrage de Mbour, la réaction était la même. Quelque temps après, on oublie tout. Pourtant, le drame de la migration dure toute l'année.
 
Quand Sur les traces du migrant publie chaque jour, c'est pour sensibiliser, alerter et informer sur les dangers de l'émigration irrégulière. Mais même pour le travail que je mène seule, je n'ai reçu aucun soutien des autorités chargées de cette lutte. Et croyez-moi, ce n'est pas faute de les avoir saisies. Des promesses, sans suite. À la fin, tu te dis : je me débrouille seule, en continuant ce pour quoi j'ai tout laissé (Famille, boulot, pays). Petit à petit, j'atteindrai le maximum de cibles. Et si la deuxième partie de mon documentaire peine à être tournée, c'est parce que le budget n'est pas réuni. C'est ça, le Sénégal.
 
Si vous pensez qu'en vous réunissant autour d'une table, lors de séminaires et de conférences, en donnant parfois la parole à des gens aux chiffres caducs et au discours dépassé, vous allez combattre ce phénomène, vous vous trompez. Si vous pensez le régler en continuant de financer la surveillance des frontières plutôt que des projets de formation et d'emploi qui redonneraient à cette jeunesse l'espoir de rester chez elle, vous vous trompez lourdement. Et si vous vous tournez vers des personnes qui ne sont pas en contact direct avec le phénomène, pendant que les vrais hommes et femmes de terrain sont laissés de côté, vous vous trompez encore.
 
Un jour, un ami de la Guardia Civil espagnole m'a demandé : « Marie Louise, avec tout le travail que tu fais, tu n'es pas soutenue par le gouvernement sénégalais ? » Je lui ai répondu en souriant : « Tout ce que tu vois, je le fais moi-même. Sans soutien. » Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Général Jean Baptiste TINE, croyait tellement en ce projet. Il me disait : « C'est ce dont j'ai besoin : une sensibilisation par des faits réels. » Entre-temps, il a été remplacé et n'a pas pu le soutenir. Avec son successeur, il y avait un conflit d'intérêts. Quant au dernier, je n'ai pas essayé : j'avais saisi les secteurs concernés, sans réponse. Et d’autres entités aussi! Bref…
 
Si vous voulez atténuer ce phénomène et sauver cette jeunesse qui se meurt en mer, allez vers les personnes qu'il faut. Moi, je continue de suivre les traces de ces migrants. Seule. Pour montrer à cette jeunesse que la mer n'est pas, et ne sera jamais, la solution. STDM continuera son rôle pour impacter.
 
Mes sincères condoléances à toutes les personnes qui ont perdu un proche dans le naufrage de Kébémer.
 
Je m'arrête là : je suis trop remontée pour me contrôler si je continue. Je risque de dire des choses regrettables !
 
NB : La migration est un sujet trop douloureux pour être traité avec légèreté. Nous qui évoluons dans ce milieu vivons le traumatisme au quotidien. Ces cadavres, ces corps, ces drames rythment nos journées. Cela ne nous rend pas insensibles pour autant : notre vie est devenue un traumatisme. Alors imaginez celui de ces personnes qui arrivent marquées à vie, de celles qui échouent, de celles qui perdent leurs proches, ou de celles qui voient leurs proches disparaître sans donner signe de vie ! Et tout cela à cause de nos dirigeants africains, qui échouent depuis l'indépendance. Bon, Nopina !
 


Dimanche 8 Novembre 2026 - 19:50


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