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L’amour, toujours l’amour, un siècle de petites annonces du Chasseur français

Les petites annonces comme grille de lecture de cent ans d’évolution de la société française. C’est ce que propose le hors-série du Chasseur français, un magazine créé en 1885, avec « La formidable histoire des petites annonces ». Touchants, étonnants ou choquants ces messages ont la saveur du terroir hexagonal.



Depuis 1885, près de 450 000 lecteurs ont passé une petite annonce dans le Chasseur français, espérant trouver l'«l'âme soeur». Bert Werk / Flickr CC
Depuis 1885, près de 450 000 lecteurs ont passé une petite annonce dans le Chasseur français, espérant trouver l'«l'âme soeur». Bert Werk / Flickr CC

A chacun sa spécialité. Ainsi le Chasseur  français est-il moins connu depuis des décennies comme on pourrait s’y attendre pour ses articles fouillés sur la chasse au col-vert que pour ses petites annonces. Révélateurs de l’évolution de la société française, ces courts messages souvent touchants, parfois croquignolets, ont depuis plus d’un siècle été l’outil de 450 000 fidèles lecteurs pour trouver un « bon parti » comme on disait alors. 

A chaque époque, sa petite annonce. En remontant le temps à travers ce numéro hors-série « La formidable histoire des petites annonces », on mesure à quel point la France a changé. De la IIIe République à l’ére d’Internet, les cœurs se cherchent, l’amour rime avec toujours, les femmes s’affirment, les hommes espèrent… 1896, ce Toulousain se jette à l’eau : « Belle situation et fortune personnelle, 35 ans, recherche demoiselle ou veuve avec dot, aimant la campagne et les voyages. Très sérieux ». Le ton est donné et la forme ne variera guère.
 
Laconique donc, celui ou celle qui part à la quête de l’âme sœur. La pratique de l’annonce directe est parfois jugée trop brutale ; on demande alors à sa famille d’exprimer pour soi ses espoirs. Ainsi, « une famille des plus honorables » va-t-elle se substituer à « un jeune homme de 34 ans, gagnant de 6 à 8 000 francs par an, 30 000 francs de fortune, ni bien, ni mal comme physique, caractère élevé » pour lequel elle souhaite « une jeune fille aux goûts simples, distinguée, de fortune assez grande, dont il assurerait pleinement le bonheur ». On ne fait pas plus fin XIXe bourgeois, on convole dans sa classe sociale et on s’assure que la demoiselle n’est pas du genre à dilapider la fortune de son conjoint. L’argent est important et on l’affiche sans détour.
 
Grand nom contre grande fortune
Les colonnes du Chasseur français sont aussi une aubaine pour les désargentés : « Marquis, grand nom historique, épouserait demoiselle ou veuve ayant grande fortune », écrit sans détour ce trentenaire en 1902. Un autre annonce la couleur : « Célibataire rentier, 38 ans, désire connaître célibataire, même âge, rentes, pour vivre ensemble, frais communs. On ne s’ennuiera pas », promet-il. Et on veut bien le croire…
 
Au tournant du XXe siècle, ceux qui sont aux colonies profitent aussi de l’occasion pour tenter leur chance : « Grand chasseur, 34 ans, repartant Tonkin juillet prochain, désire mariage » annonce celui-ci dès janvier, histoire de se laisser le temps d’auditionner les candidates. Ce que la morale de l’époque (1910) réprouve parvient néanmoins à s’exprimer sous les auspices tolérants du magazine : « Jeune femme du monde, […] ayant éprouvé déception et revers, cherche amie affectueuse, aisée, âge indifférent ».  
 
Quand arrive la guerre de 14-18, le Chasseur français cesse de paraître. Il retrouve ses lecteurs en 1919. Les petites annonces sont alors le reflet de cette France qui a perdu 1,4 million d'hommes dans la tourmente et qui compte des dizaines de milliers de mutilés. « Grand cœur, officier défiguré, correspondrait personne douce »… « Mutilé de guerre, 27 ans, 2 760 francs pension, épouserait fille-mère, ayant fortune ».  
 
Forte du buste, sinon inutile
 

 


Avec les Années folles, on s’étourdit, Paris est une fête, où il ne fait pas bon être seul. « Savoir conduire une auto » constitue désormais un attrait certain. On va un peu plus directement au but : « Grand, brun, […] caressant, pension de guerre, marierait veuve de guerre, très caressante. Pressé. ». 
 
Parutions à éclipses pour le Chasseur français entre 1940 et 1942, puis cessation jusqu’en 1946. Les messages se font alors plus personnels, plus précis et concis ; les annonces coûtent cher. On ne se dit pas divorcé, on propose un remariage, on cherche quelqu’un aux « idées larges » et on commence à mentionner sa taille.
 
Les années 1950 et leur érosion monétaire misent sur la sécurité. Etre fonctionnaire est un atout. « CRS très sérieux » plaide un jeune homme alors qu’« une jeune femme de 42 ans rêve du bonheur avec un agent SNCF 44-50 ans ». Le vent de libération qui souffle sur la France des années 1960-1980, se ressent timidement dans les annonces du Chasseur. La profession est toujours mise en avant, on est encore « distingué », souvent « catholique ». Un audacieux se laisse même parfois aller à avoir des exigences à caractère sexuel : «Forte du buste, sinon inutile », alors que cet autre prévient « Refoulées, aigries, frigides s’abstenir ».
 
Les annonces du Chasseur français restent au fil des décennies 1990 et 2000, celles de la flambe et de la frime, bien en retrait. A la taille, s’ajoute le poids, mais on reste convenable. Le mariage reste une option, mais on précise aux « aventuriers » comme aux «collectionneuses » de s’abstenir. 

Le flux d’annonces est de moins en moins fourni dans les pages du Chasseur. Les Meetic, eDarling, Parship et autres sites de rencontres en ligne se taillent dorénavant la part du lion. A tel point que le magazine a à son tour lancé le sien, Brindamour, fin 2012.



Source : Rfi.fr
 


Dimanche 16 Février 2014 - 09:59