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Privatisation de l’hydraulique rurale : une réforme qui bat de l’aile

Pour contribuer à l’amélioration de l’efficience, de la transparence et de l’équité des politiques publiques d’eau et d’assainissement au Sénégal par une meilleure implication de la société civile, le Forum Civil a organisé ce mercredi un atelier intitulé : " Impact de la Réforme de l'hydraulique rurale sur la vie des populations". Cet atelier a vu la participation de gestionnaires des Asufor (Associations des usagers des forages ruraux) et des agents contractuels de l’hydraulique. Ils ont fait part de leur frustration de la réforme de l’hydraulique rurale, qui selon eux, est à l’origine du manque d’eau dans certaines localités.



Privatisation de l’hydraulique rurale : une réforme qui bat de l’aile
Depuis 2014, le sous-secteur de l’hydraulique rurale au Sénégal a connu un tournant important avec la création de l’Office des forages ruraux (Ofor), et l’attribution de la gestion de l’hydraulique rurale à des opérateurs privés dans le cadre de la délégation du service public. Depuis la création de l’Ofor en 2014, l’Etat s’est lancé dans la professionnalisation de la gestion de l’eau potable dans le monde rural.

Cette réforme a été décriée, remise en cause  dans certaines localités du monde rural. Gestionnaires des Asufor (Associations des usagers des forages ruraux) et des agents contractuels de l’hydraulique ont fustigé la gestion de l’hydraulique rurale par les fermiers Aquatech, Flex-Eau et Seoh (Société d’exploitation des ouvrages hydrauliques).  

Des collectifs « Aquatech dégage » se sont formés dans plusieurs localités, de Mboro à Tassette, en passant par Gossas, Koutal et Bambey, partout les populations se lèvent pour contester la délégation du service public de l’hydraulique rurale aux concessionnaires. Ils font griefs de la mauvaise qualité de l’eau servie, des pénuries d'eau fréquentes et la cherté des factures.

Les membres des Asufor ont part de leur inquiétude durant cette rencontre.  Bintou Cissé, présidente de l’Asufor de Gandigal (Mbour),  a confié que le liquide précieux se fait rare et que sa localité souffre de manque d’eau depuis la réforme. « Nous vivons amèrement cette situation, le manque d’eau nous préoccupe. Avant la réforme l’eau coulait à flot. Je faisais partie des femmes qui géraient l’Asufor, toutes les localités étaient servies, on n’avait pas de problème. Mais cette réforme nous a causé  des ennuis et nous le vivons très mal », se plaint-elle.

Yély Coulibaly, secrétaire général du syndicat des travailleurs de l’hydraulique, a étalé le  problème des agents de l'hydraulique. Selon lui, la réforme de l’hydraulique rurale de 2014 leur a rendu vulnérable. « Nous les travailleurs de l’hydraulique, cette réforme nous a affaibli et rendu pauvre. Le syndicat est composé de contractuels, des retraités, les conducteurs de forages et les bénévoles. Les agents rencontrent d’énormes difficultés », a-t-il dit.

« Nous demandons l'application du décret 2014-535 du 24 Avril 2014 fixant les règles d'organisation et de fonctionnement de l'Ofor », a- t-il ajouté.
 
Il a souligné que les agents contractuels n'ont pas d'IPM (Institut de Prévoyance Maladie) et que les cotisations IPRES et Caisse de sécurité sociale (CSS) ne sont pas versées de 2012 à 2021 (09 ans), les indemnités de risque et de salissure ne sont pas payées, de même que les heures supplémentaires.
Des collectifs de jeunes prennent la gestion
Pour les retraités, Yély Coulibaly a fait savoir qu’ils n'ont pas de pensions ni indemnités de départ à la retraite. « On leur coupe 6675 FCFA par mois, mêmes les mendiants qui sont à Dakar sont plus nantis que les retraités de l'hydraulique », a-t-il déploré.

Dans la localité de Mboro, la même situation est constatée. « On a jamais imaginé que les Mborois sortiront un jour pour manifester pour manque d’eau. Du temps des Asufor, on alimentait les forages avec des groupes électrogènes. Depuis qu’on a confié la gestion de l’eau à Aquatech, c’est là où les problèmes ont commencé, le manque d’eau est devenu fréquent, on restait trois à quatre jours sans eau. La plateforme SOS Mboro a initié une marche pour déplorer cette situation. Sur 19 forages, Aquatech ne gère que deux maintenant. Depuis sept mois, le collectif « Aquatech dégage » contrôle les forages, les jeunes ont repris la gestion des forages au détriment d’Aquatech », a dit Ndiaga Ndiaye, membre de l’Asufor de Mboro.
 
Mody Diouf, chargé de communication de l’Union du monde rural (Umr) trouve injuste la réforme de 2014. D’après lui, les forages appartiennent aux populations et qu’avant toute réforme, il fallait demander l’avis des populations. « Nous nous sommes organisés pour avoir nos forages avec nos partenaires, des habitants des villages ont cotisé, vendu leur bien pour ériger des forages. On s’est levé un bon jour pour confier la gestion à des privés, c’est de l’injustice. Il y a ce qu’on appelle le droit de préemption, qui permet de demander l’avis des usagers avant toute concession », a-t-il dit. 
 
Birahime Seck, coordonnateur du Forum Civil a, par ailleurs, demandé au Président Macky Sall de reprendre en main, la question de l’eau au niveau du monde rural. « Si ses collaborateurs, que ce soit ministère, agence ou office, lui disent que tout est rose au niveau du monde rural, ce n’est pas le cas. A chaque fois que j’ouvre les journaux, je constate des révoltes au niveau des populations du monde rural. Déjà au niveau de la presse, il  y a pas qu’une seule semaine ou il n y a pas au niveau de la télévision, ou on montre les populations du monde rural qui demandent de l’aide ou s’offusquent de la gestion de l’eau par les concessionnaires. Quand les révoltes se généralisent au niveau rural, elles n’épargneront pas le monde urbain », a-t-il averti.
 

Moussa Ndongo

Mercredi 8 Septembre 2021 - 20:23


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