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Sénégal-Kédougou lourdes peines pour les émeutiers : film du procès

Onze des vingt et neuf prévenus sont relaxés, huit sont condamnés à cinq ans fermes, deux à sept ans et huit autres à une peine d’emprisonnement ferme de dix ans. Parmi eux, quatre étudiants, un élève et un enseignant. Des peines qui ont suscité plus que l’émoi et l’amertume chez les parents des détenus. Les avocats décident interjeter appel tandis que des voix ont fusé de partout aussi bien à Tamba qu’à Kédougou pour s’en prendre à l’indépendance de la Justice.



La salle d'audience du tribunal de Tambacounda aura vibré de clameur pendant 14h
La salle d'audience du tribunal de Tambacounda aura vibré de clameur pendant 14h
«L’injustice est de loin préférée à la justice» pour Me Sidiki Kaba, l’un des conseils des prévenus au nombre de 29. Après un procès marathon de près de 14 heures d’horloge, le verdict est tombé. 11 personnes sont purement et simplement relaxées, 8 sont condamnées à cinq ans de prison ferme tandis que 2 ont écopé une peine de sept ans et 8 autres en ont pour 10 ans de prison.

Le réquisitoire du procureur de la République près du tribunal de Tambacounda, Serigne Bassirou Guèye a annoncé la couleur des lourdes peines. «C’est un procès historique, un procès des pilleurs du siècle, de brebis égarées pas du tout représentatifs des populations de Kédougou qui sont loin d’être xénophobes comme certains laisseront l’entendre», a-t-il plaidé. Soulignant les ambitions de l’Etat pour la région ce qui se justifie par ses investissements et son érection en région, le procureur retrace le fil des événements. «Les étudiants ont débarqué à Kédougou le dimanche 7 décembre pour mettre le feu à des pneus, tenir une série de réunions, lancer des appels à la mobilisation, créer un attroupement armé». Ce qui fond le parquet à affirmer que «ces étudiants ont savamment et longuement concocté un plan de destruction et un autre de communication qui les disculperaient difficilement».

Mort de Sina Sidibé : le procureur disculpe l’armée

Il a, ainsi, battu en brèche les arguments selon lesquels, c’est la mort de Mamadou Sina Sidibé par balle qui les aurait surexcités. «Ils ont bel et bien pillé, mis du feu à des édifices publics dont le tout nouveau tribunal départemental équipé, blessés des éléments de la force publique bien avant le drame». A ce sujet, Serigne Bassirou Guèye a dit avoir la certitude que la munition qui a mortellement fauché Sina Sidibé n’a pu être tirée par aucune des armes que détiennent les forces publiques.

Fort de ces arguments, le procureur de la République près du tribunal régional de Tambacounda, a requis la relaxe pour un groupe de 8 qui ont nié systématiquement les faits aussi bien à l’enquête préliminaire que devant la barre, 9 ans de prison pour 10 jeunes qui, selon lui, ont avoué avoir pris part aux émeutes, 10 ans pour ceux qui sont considérés comme étant les meneurs.

L’agent judiciaire de l’Etat n’a, pour sa part, réclamé que le franc symbolique pour les dommages subis par l’Etat. Il a, en outre, exalté l’unicité de l’Etat et son caractère indivisible. «Vous ne pouvez vous exclure de l’Etat en le malmenant, en insultant la République et en retour lui demander plus de considération», a-t-il fulminé avant de commenter «quel incroyable paradoxe».

La défense parle de «preuves forcées»

La défense composée essentiellement d’avocats leaders d’associations et d’organismes de défense des droits de l’homme a tenté de démonter le réquisitoire du parquet. En effet, Me Demba Ciré Bathily a assimilé ce procès à un «plan machiavélique tendant à détruire de pauvres innocents parce qu’on veut protéger des intérêts privés et masquer des débats majeurs consistant à revoir de fonds en comble la problématique des opérations minières en cours dans la région de Kédougou». Selon lui, «les preuves brandies par le parquet sont des preuves forcées. C’est renversant de voir tous ces corps lacérés qui illustrent parfaitement que ces pauvres ont subi des tortures et que le procureur veuillent faire remonter ces blessures à un demi siècle avant. Ceci atteste qu’il n’a aucune sorte de considération pour la dignité humaine», s’est-il indigné.

Le président de l’Organisation Nationale des droits de l’homme (ONDH), Me Assane Dioma Ndiaye a estimé que «les éléments de preuve brandis par le parquet ne sauraient justifier les peines prononcées par le procureur. Ils sont légers». Selon lui, «pour la première fois dans l’histoire judiciaire de la nation, un témoin, le principal à charge qu’est le commandant de la brigade de gendarmerie de Kédougou, est également partie civile». Outre les tortures, Me Assane Dioma Ndiaye s’est étonné du fait que «des déclarations de codétenus ou encore des sources anonymes puissent constituer des éléments de preuves dans un dossier aussi sérieux où l’avenir de pauvres innocents est en jeu».

Les interrogations de la défense

Le président d’honneur de la Ligue Internationale des Droits de l’Homme (FIDH), Me Sidiki Kaba a parlé «de château de cartes» qu’il a tenté de démolir. Et de s’interroger : «comment est ce qu’il est possible que dans une manifestation de plus d’un millier d’âmes, qu’on ne puisse pointer du doigt que seulement 29 personnes ?». Me Sidiki Kaba a plaidé : «condamnez les coupables, oui, mais ceux là ne le sont pas. Personne, à commencer par nous, ne saurait admettre que des institutions de la République soient saccagées».

Les plaidoiries de la défense n’ont pas eu beaucoup d’effets sur la décision du juge. Il va ainsi décider la relaxe de Rolland Kaly Boubane, Jean Pierre Yéra Bindia, Aladji Bakary Cissé (un gambien en transit qui était là au mauvais moment), tous des chômeurs, ainsi que Salif Diallo, interprète au tribunal départemental de Kédougou, Douga Fainké et Amadou Diouldé Barry, étudiants, Mallé Dansokho un commerçant, Sory Keita un plombier, Koliba Cissokho chauffeur, Ibrahima Diallo et Martin Bassène d’anciens militaires.
Pour Fatim Bâ étudiante, Lamarana Diallo, Boubacar Médoune Diop tailleurs, Dembo Bâ frigoriste, Alpha Oumar Touré sans emploi, Youssouph Sidibé chauffeur, Mady Keita marabout et Mamadou Dian Diallo mécanicien, une peine de 5 ans d’emprisonnement ferme.

La lourde main du juge

7 ans de prison ferme pour Issa Diallo dont on dit qu’il est le président du GIE «IAMK» (Insertion des Anciens Militaires de Kédougou) et Aliou Monékhata, un animateur de radio.

Et enfin une condamnation de 10 ans ferme pour Saloun Taouda, un blessé par balle qui n’a même pu se tenir debout à la barre, Alphousseynou Diallo un élève, Ithiar Bindia, Gérémy Bianquinch, Amadou Tidiane Diallo et Kally Sammuel Boubane, des étudiants, Assane Diallo enseignant et Souleymane Diallo sans emploi. Ils auront, aussi, à payer près de 17 millions de francs de préjudice.

Des peines qui ont mis à la renverse les parents des prévenus. Ils, particulièrement les mères de famille, ont éclaté en sanglots dès l’annonce du verdict.

Les familles contestent l’indépendance de la Justice

«Des familles sont disloquées, des carrières de pauvres et de brillants étudiants sur lesquels devraient pouvoir compter toute une nation sont brisées pour des droits à la vie que réclamaient les habitants de toute une région. Nous sommes profondément bouleversés et ne reconnaissons plus notre justice qui semble aller à deux vitesses», ont vociféré les membres du comité des ressortissants de Kédougou à Tambacounda.

Le président d’honneur de la FIDH est d’avis que «ce verdict n’est pas de nature à œuvrer dans le sens de l’apaisement». Tandis que le président de l’ONDH annonce que les avocats de la défense vont interjeter appel.

Pour rappel, le mardi 23 décembre dernier la région de Kédougou était à feu et à sang. Les jeunes notamment des étudiants qui réclamaient de meilleures conditions d’existence à Dakar et plus de lumière dans la gestion des ressources issues des exploitations des mines ont violement manifesté. Une manifestation qui a dégénéré et provoqué l’intervention de l’armée. Deux morts ont été officiellement enregistrés dont Mamadou Sina Sidibé par balle. Les éléments du Groupement d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) ont fait une descente à Kédougou pour procéder à des arrestations fracassantes dénoncées par les organisations de défense des droits de l’homme qui ont parlé d’actes de torture.

Boubacar Tamba (Sud quotidien)

Dimanche 11 Janvier 2009 - 19:44



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