Soudan du Sud: quelles chances pour le nouveau cessez-le-feu?

Le gouvernement et les rebelles du Soudan du Sud ont signé jeudi 21 décembre un accord de cessez-le-feu. Les tractations ont eu lieu à Addis Abeba, sous l'égide de l'IGAD, l'autorité sous-régionale. Cet accord tiendra-t-il plus longtemps que les précédents ? Le Soudan du Sud n'arrive pas à sortir d'une guerre civile entamée en 2013.



Cela fait quatre ans déjà que le Soudan du Sud est dévasté par la guerre. Quatre ans au cours desquels près d'une dizaine de cessez-le-feu ont été signés. Et jamais aucun n'a été respecté.
 
Celui-ci est censé entrer en vigueur samedi à minuit, et même si officiellement tout le monde se veut optimiste, rien n'indique que ce nouveau cessez-le-feu soit appliqué.
 
D'abord parce qu'il existe d'autres groupes rebelles que celui de l'ancien vice-président Riek Machar. Six mouvements armés ont aussi signé le texte à Addis Abeba jeudi, mais sur le terrain, les affrontements se déroulent souvent sur fond d'enjeux locaux, et de ce côté-là, rien n'est réglé.
 
Salva Kiir et Riek Machar ont-ils le pouvoir nécessaire ?
 
Autre réserve émise par plusieurs analystes : on ne sait pas vraiment si le président sud-soudanais Salva Kiir et son rival Riek Machar maîtrisent vraiment leurs troupes. La démission d'un général influent en février dernier a montré qu'il existait des tensions dans l'armée. Quant à Riek Machar, il vit depuis des mois en exil à des milliers de kilomètres, en Afrique du Sud.
 
Abraham Awolich est analyste au Sudd Institute à Juba et il pense que s'ils le veulent vraiment, le chef de l'Etat et son ancien vice-président ont les moyens de faire respecter ce cessez-le-feu. « Je pense que dans une large mesure, Salva Kiir et Riek Machar disposent toujours d'une autorité certaine sur leurs hommes. Le gouvernement contrôle largement les troupes. Et le SPLM-IO de Riek Machar obéit en grande partie à son chef. Même en exil, il a une vraie influence, et surtout plusieurs des commandants sur le terrain ont participé à la signature de ce cessez-le-feu. Eux contrôlent directement leurs forces, donc à moins que Riek Machar lui-même donne un ordre contraire, l'accord sera respecté, estime-t-il. Bien sûr, il y a quelques éléments sur le terrain qu'ils ne contrôlent pas, mais vous pouvez être sûr que la majorité des combats cesseront si les leaders le demandent. On peut dire qu'il s'agit d'un pas important vers la normalisation au Soudan du Sud. »
 
Pression diplomatique
 
Enfin, il est difficile d'évaluer la volonté réelle des différents acteurs de cette crise. Ce nouveau cessez-le-feu, comme les autres, a été signé sous la pression diplomatique, mais le jour même où les négociations commençaient, les forces gouvernementales lançaient une offensive contre une ville aux mains des rebelles.
 
Biel Boutros est le directeur de SSHURSA, l'une des principales organisations pour la promotion des droits de l'homme au Soudan du Sud, une organisation qui a participé aux négociations ces derniers jours à Addis Abeba. Selon lui, sans pression de la communauté internationale, le cessez-le-feu n’a aucune chance de tenir.
 
« Si on laisse faire les différentes parties en conflit, je ne crois pas à ce cessez-le-feu. En revanche, si la région, l'IGAD, les pays voisins, la communauté internationale font pression, s’ils demandent des comptes à ceux qui violent les droits de l'homme en prenant des mesures punitives, en les traduisant devant les tribunaux, alors ce cessez-le-feu peut tenir, croit-il. Donc il faudrait que la région et la communauté internationale maintiennent une pression forte sur les différents groupes, parce qu'aujourd'hui, comme nous l'avons rappelé à Addis Abeba, les hostilités se poursuivent. (…) Nous avons échoué à faire respecter les précédents, nous devons agir autrement cette fois-ci. »
 

Rfi.fr

Samedi 23 Décembre 2017 - 14:23



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