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UCAD : quand le pouvoir de la «rupture» inaugure le sang… Par Félix NZALE (journaliste)



UCAD : quand le pouvoir de la «rupture» inaugure le sang… Par Félix NZALE (journaliste)
Ce qui se déroule à l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) n’est pas un accident. Ce n’est pas une bavure isolée. Ce n’est pas un simple débordement estudiantin. C’est un naufrage politique, un échec moral et une faillite de l’autorité publique sous le régime de Bassirou Diomaye Faye.

Pour la première fois depuis des décennies, l’université la plus emblématique du pays est le théâtre d’un drame irréversible : un mort, de nombreux blessés, une communauté universitaire traumatisée, et un État incapable d’assumer, encore moins d’expliquer. L’Ucad, l’Université sénégalaise en général, sanctuaire du savoir et de la contestation intellectuelle, est traitée comme un territoire ennemi. Le symbole est accablant, l’échec est total.

Le régime issu de la promesse de « rupture systémique » révèle déjà son vrai visage, celui de l’amateurisme, de la brutalité et de la fuite en avant. En quelques mois seulement, il aura réussi un exploit inédit : la mort d’un citoyen dans l’enceinte universitaire, en l’occurrence le jeune Abdoulaye Bâ, étudiant en 2ème année de médecine. Il faut le dire sans détour : c’est du jamais-vu.

Ce pouvoir qui se voulait moralement supérieur, politiquement vertueux et historiquement irréprochable est aujourd’hui rattrapé par ses propres contradictions. Ceux qui hier criaient à la dictature, à la répression et à l’État policier se murent aujourd’hui dans un silence gêné, ou pire, dans une tentative indécente de banalisation. La vie perdue à l’Ucad ne serait-elle qu’un détail embarrassant dans l’agenda du nouveau pouvoir ?

L’incapacité à prévenir la crise, l’absence totale de dialogue crédible, la gestion désordonnée des forces de sécurité et le flou entretenu autour des responsabilités traduisent une chose : le régime Diomaye gouverne à l’aveugle. Gouverner, ce n’est pas réciter des slogans de campagne ni brandir une légitimité électorale comme un bouclier moral. Gouverner, c’est protéger la vie, surtout quand l’État déploie la force.

La mort survenue à l’Ucad est une tache politique indélébile. Elle enterre définitivement l’illusion d’un pouvoir différent par nature, plus humain, plus juste, plus responsable. On ne bâtit pas la rupture sur des cadavres, ni le renouveau démocratique sur l’irresponsabilité d’État.
Si des comptes ne sont pas rendus, si des responsabilités claires ne sont pas établies, si la vérité n’est pas dite sans fard, alors le régime de Bassirou Diomaye Faye portera longtemps le poids d’un crime politique par négligence, par impréparation et par arrogance du pouvoir naissant.
L’histoire est parfois cruelle : elle retient moins les promesses que les premières fautes. Et celle-ci, commise à l’Ucad, est déjà trop lourde pour être effacée par des discours.

Par Félix NZALE (journaliste)


Mardi 10 Février 2026 - 10:58


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