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Gabon: Jean Ping reste ferme à l’égard de la Cour constitutionnelle

C’est une nouvelle étape de la contestation électorale au Gabon après la présidentielle et la réélection sur le fil d’Ali Bongo. L’opposition, le camp de Jean Ping, a donc finalement déposé un recours devant la Cour constitutionnelle. Un recours pour demander le recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote dans la province du Haut-Ogooué où Ali Bongo l’a remporté avec 95% des voix et un taux de participation de quasiment 100%. Jean Ping s’est adressé ce vendredi à ses partisans, à son quartier général, et a montré une position très ferme à l’égard de la Cour.



Selon Jean Ping, les neuf juges de la Cour constitutionnelle sont maintenant face à un choix entre la stabilité et l’instabilité du Gabon. La stabilité ce serait de déclarer Jean Ping vainqueur après un recomptage des voix du Haut-Ogooué. L’instabilité durable et profonde, selon lui, ce serait de confirmer la victoire d’Ali Bongo. D’après Jean Ping, un verdict favorable au président contraindrait le peuple à prendre son destin en mains, parce qu’il n’aurait « plus rien à perdre ». Il a ajouté qu’il se tiendrait alors à ses côtés, qu’il irait jusqu’au bout pour faire respecter la vérité des urnes.
 
L’opposant s’est adressé aux magistrats de la Cour constitutionnelle eux-mêmes, leur demandant de dire le droit, de faire preuve de grandeur, de dépasser leurs intérêts personnels. Il a rappelé qu’en déposant un recours, il se comportait en légaliste. Maintenant, il attend que le recomptage des PV bureau de vote par bureau de vote fasse jaillir la vérité et ramène la sérénité dans le pays, car, « je suis un républicain et un démocrate. Je crois en l’Etat de droit », a-t-il affirmé. Pour lui, la Commission électorale et le ministère de l’Intérieur se sont fourvoyés en affichant leur soutien au président sortant avant d’appeler Ali Bongo « le président sorti ».
 
Scène de liesse au QG de l’opposition
 
Cette allocution s’est faite devant plusieurs centaines de militants. Des partisans réunis au QG, sur fond de chants religieux, parce que la chapelle ardente installée en mémoire des victimes des violences est toujours active. Il y a une sorte de haie d’honneur qui s’est formée, acclamant les personnalités politiques une à une. Puis, lorsque le chef de file de l’opposition est arrivé en faisant le V de la victoire ça a été la liesse. Les gens ont crié : « Jean Ping président ! Jean Ping c’est dosé », ce qui est un slogan de campagne. L’hymne gabonais a été entonné à deux reprises. Puis Jean Ping est rapidement reparti après son discours dans la même ambiance.
 
Mais tout n’avait pas commencé dans ce climat. Un peu plus tôt, alors que la presse se rassemblait, un journaliste a été pris à parti. Il s’agissait d’un reporter de Gabon Télévision, la chaîne nationale qui s’appelait avant la RTG. Les gens lui reprochaient d’être inféodé au pouvoir, de ne pas être objectif. Il a même dû être exfiltré par le service de sécurité, alors que certains souhaitaient carrément le lyncher en criant « RT-PDG » du nom du parti au pouvoir. Dehors, l’homme a tenté de discuter en disant qu’il était là pour écouter le message, qu’en tant que démocrate, il pouvait aller du côté du pouvoir ou de l’opposition et qu’il était un citoyen d’abord. Un Gabonais comme les autres.
 
Pour le camp Bongo, Ping veut faire « le buzz »
 
Suite aux déclarations de Jean Ping, la réaction des autorités ne s'est pas faite attendre. Le porte-parole d'Ali Bongo, Arnauld Engandi-Alandi, les juges ne se laisseront pas influencer par les propos de Jean Ping, qu'il accuse de vouloir « faire parler de lui » mais aussi de « couardise ».
 
« Je pense que monsieur Ping aime, ce que les jeunes appellent "le buzz", faire parler de lui. Donc on va toujours aller dans de grandes tirades lyriques sans faits, critique-t-il. Ça peut être une tentative d’intimidation mais je pense que les juges qui sont à la Cour constitutionnelle ont suffisamment de vécu, d’expérience pour ne pas se laisser intimider par ce qui n’est, jusqu’ici, que des mots. »
 
Le porte-parole critique aussi la posture de l'opposant. « Qu’il s’affiche en disant "je prendrais mes responsabilités, je demanderais au peuple de ma suivre" mais de laisser, comme ça, le peuple sans chef de file en prétendre que le peuple tout d’un coup veut être animé d’une volonté et qu’il n’y aura personne pour le guider, je trouve ça un peu lâche sur les bords. Je pense que monsieur Ping dit clairement qu’il demandera au peuple de poser des actes, soit d’insurrection, de vandalisme ou toute autre chose. Mais là encore je pense qu’il faut relativiser les faits. Nous qui avons accès à certaines informations, on a bien vu comment tout ceci était planifié à coups de beaucoup d’argent, beaucoup de financement, notamment extérieurs. Je pense que pour un leader, c’est de la couardise. »


Source: Rfi.fr


Samedi 10 Septembre 2016 - 10:01


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