Confusion, coups de feu et scènes de panique au poste frontière de Ras Jedir entre la Tunisie et la Libye ce vendredi 1er août, à la mi-journée. Une foule d’hommes vient de tenter de forcer le passage vers la Tunisie : des Libyens, mais surtout des travailleurs étrangers, en majorité égyptienne, pour certains bloqués depuis des jours côté libyen.
Très vite, les forces armées tunisiennes sont débordées. Après des tirs de sommation libyens, c’est au tour des Tunisiens de tirer en l’air. Armés de bâtons ou d’armes à feu, militaires, policiers, mais aussi de nombreux hommes en civil, dont des habitants de la zone, repoussent l’assaut.
Depuis la veille, jeudi, la frontière entre la Libye et la Tunisie est sous haute tension. La Tunisie veut éviter de voir se reproduire le scénario de 2011 où elle avait dû accueillir des dizaines de milliers de réfugiés.
Vendredi soir, la Tunisie a aussi appelé tous ses ressortissants, entre 50 000 et 80 000, à quitter la Libye dès que possible. D’autant plus que les autorités libyennes craignent un effondrement total du système de santé.
« La plupart des infirmières étrangères veulent quitter le pays »
Les ressortissants d'Inde et des Philippines représentent une part importante des personnels de santé en Libye. 60 % pour les Philippins et 20 % pour les Indiens. Après le viol cette semaine d'une infirmière philippine par des miliciens, Manille a de nouveau appelé ses ressortissants à fuir le pays.
A l'hôpital El Alhdba el khadra (ce qui signifie « la vallée verte »), le docteur Mohamed Khalifa, chef du département d'urologie, explique que sans les personnels étrangers, l'hôpital ne pourra plus fonctionner : « Voilà ce qui se passe dans mon hôpital. La plupart des personnels étrangers, des infirmières en majorité, veulent quitter le pays. Alors ce que l'on a fait dans un premier temps, c'est de leur permettre de vivre au sein de l'hôpital. Désormais elles y restent 24 heures sur 24 ». Pourquoi ? « D'abord pour les protéger, répond le médecin. Ensuite car il n'y a pas de transports pour les amener jusqu'à l'hôpital. Les transports ne fonctionnent plus. Troisièmement, parce que l'une des infirmières philippines m'expliquait que dans son appartement, il n'y a ni eau ni électricité depuis cinq jours ! »
Proche de ses collègues, Mohamed Khalifa sait déjà qui va partir et qui est susceptible de rester : « La plupart des infirmières indiennes veulent partir de Libye. Pour les Philippines, c'est différent. Certaines d'entre elles sont en Libye depuis très longtemps. Elles ne veulent pas partir car elles aiment ce pays. Certaines se sont sacrifiées durant la première guerre en 2011. Mais il y a les autres Philippines, celles qui sont arrivées plus récemment, cette année, celles-là veulent rentrer chez elle a tout prix. »
Or si elles partent, l'hôpital sera réellement en difficulté. « 45% des infirmières viennent d'Inde et des Philippines. Et elles sont beaucoup plus efficaces que les infirmières libyennes. Ce sont sur elles que nous pouvons compter », certifie le chef du département d'urologie.
Source : Rfi.fr
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